‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 105 sur 216 · Adv. Marcion. i, 19-ao · texte numérisé non relu

Adv. Marcion. i, 19-ao

a. Ibid. IV, 4.

3. H. Harnack dirait < réformé >, mais il a eu l'intuition pénétrante de ce caractère du Marcionisme, caractère qui, une fois admis, est une difficulté invincible pour la théorie ritschlienne. Dogmengeschichte, 1. 1*, p. 305 : « La conscience qu'a Marcion d'être un réformateur, et le fait d'avoir été reconnu comme tel par son Église, n'est pas encore généralement compris, quoique la tentative de Marcion même et les faits parlent assez! » Et ailleurs (p. 306) : « Dans la formation de l'Église marcionite, il y a la tentative de créer une communion œcuménique ferm^, sur la base de la religion seule. L'Église mar cionite a eu un fondateur; rfiglise calholique n'en a pas eu. •

MARCIONlSMi; ET CATHOLICISME. 285

éléments caractéristiques que nous venons d'énumérer : le marcionisme en se séparant de lui a dû, pour se poser et pour durer, se donner une régula fidei, un canon, un épiscopat monarchique ^, tout cela fondé sur l'autorité d'un apôtre, Paul. Et comme le marcionisme avait contre lui cette objection écrasante, à savoir que la grande Église était, de temps immémorial, établie dans une foi différente, il fallut au marcionisme grandir Marcion jusqu'à l'égaler à saint Paul, donner son nom au christianisme par lui réformé, l'asseoir dans le ciel à la gauche de Dieu^. Oui, vraiment, nous avons dans le marcionisme la tentative de c créer une communion œcuménique fermée » : mais pourquoi cette tentative est-elle datée et porte-t-elle le nom de Marcion, tandis que le catholicisme n'a pas de date, ni ne porte le nom de personne ^?

1. Elseb. Mart. Pal. iO, 2 : zffi xatà Mapx{a)va 7îXdt'/7iî £itÎ(TXOt:<îç Ttî sîvai Soxwv 'Affy.XiÎTT'.oç... Cf. Acta S. Pionii 21. Voyez encore Adamantius (éd. BvKHnYZEN, 1901), p. 17 : « Megethius dixit : Marcion episcopus meus fuit. Adamaulius dixit : Ex quo defunctus est Marcion, tôt episcopi, immo pseudoepiscopi apud vos fuerunt... •

2. C'est ce qui fut fait : « Alii enim aiunt, hoc quod scriptum est, sedere a destris salvatoris et sinistris, de Paulo et de Marcione dici, quod Paulus sedet a de\tris, Marcion sedet a sinistris ». Grigen. In Luc. homil. xxv. Dans la Praef. arab. ad conc. Nie. on signale que les Marcionites appellent Marcion « principem apostolorum ». Kisce- GEr., p. 273.

3. Sur le marcionisme et l'Église marcionite, on recourra désormais à H.vRNACK, Marcion, das Evangelium vom fremden Gott, eine Monographie ziir Geschichte der Grundlegung des katholischen Kirche ^Leipzigt92i}.

Excursus D

LA FIN DU JUDEO-CHRISTIAKIfiini.

Toute esquisse du développement historique de la « grande Église » serait incomplète, si elle négligeait de dire quel fut le sort du christianisme juif, du judéochristianisme, comme on l'appelle.

On a remarqué avec raison que ce terme de judéo-christianisme est fort impropre, si l'on entend dire par là que le christianisme de la gentilité n'avait rien du judaïsme, car il avait gardé l'Ancien Testament d'abord, et, en s'affirmant libéré de la Loi par l'Évangile, il n'en croyait pas moins fermement être le vrai Israël, héritier de toutes les promesses, un vrai Israël d'où il n'excluait nullement les Juifs pourvu qu'ils crussent au Christ Jésus. Dans ce sens, opposer le judéo-christianisme au catholicisme est un nonsens historique : peu de découvertes auront mieux mis en lumière ce fait, que la découverte de la Didachè. Le terme de judéo-christianisme ne s'applique proprement qu'aux chrétiens qui, nés Juifs, ont tenu la Loi pour nni abrogée et se sont trouvés par là en conflit, un insoluble conflit, non seulement avec saint Paul, mais avec tout le christianisme ^ .

Ces chrétiens juifs ont beau se rattacher à la communauté chrétienne de la première heure, à l'église-mère, ils

1. Harnack, Dogmenyeschichte, t. !•*, p. 310.— Cf. HoENNicKt, Judeu christentum, p. 367-377.

LA FIN DU JUDEO-CHRISTIANISMl!;. 287

n'en représentent pas moins la première erreur, loin qu'ils soient l'orthodoxie première. Et loin qu'ils aient eu l'influence décisive que Baur leur attribuait sur la formation du catholicisme, ils ont été peu à peu isolés par le catholicisme et réduits à rien.

Saint Paul parle des < églises de Judée >, en rendant d'elles aux Thessaloniciens ce témoignage qu'elles ont souffert de la part des Juifs, de ces Juifs qui ont mis à mort le Seigneur Jésus et « nous empêchent de prêcher aux nations pour leur salut > (/ Thess. ii, 14-16). Les Actes des Apôtres signalent des communautés chrétiennes, en Galilée, en Samarie, sur la côte de la mer. Ces « églises de Judée >, louées par saint Paul, persécutées par les Juifs, n'étaient pas du même esprit que les adversaires judéochrétiens de l'apôtre. Ces adversaires cependant étaient nombreux, surtout à Jérusalem. Dès l'âge apostolique, donc, deux éléments s'opposent dans les € églises de Judée >, l'un judaïsant, l'autre universaliste.

On a rappelé souvent qu'Origène, interprétant le nombre que l'Apocalypse (vii, 4) donne des élus d'Israël, écarte l'idée que ces 144.000 élus puissent représenter des judéochrétiens : ce chiffre lui semble trop élevé, a Comme Origène écrit après deux siècles d'Évangile, son comput doit s'étendre à cinq ou six générations : on voit qu'il n'a pas l'idée de grandes multitudes » ^. Ce serait bien peu de chrétiens pour le pays de l'Évangile, si nous n'avions des raisons de supposer que les « églises de Judée », qui ne disparurent pas dans le désastre des guerres juives, étaient longtemps avant Origène grécisées.

Eusèbe a sauvé une liste des anciens évêques de Jérusalem qu'il dit s'être succédé jusqu'à la révolte des Juifs en 132. « Les deux premiers, écrit Mg*" Duehesne, sont Jacques et Siméon, avec lesquels on arrive à l'an 107; il resterait treize évêques à répartir en vingt-cinq ans; c'est beaucoup. Si l'on accepte la liste et la limite telles que les

1. DucuESNE, t. I, p. 127. Le texte d'Origëne est dans Comment, in loa. I, i.

donne Eusèbe, il sera naturel d'y voir des évoques, non seulement de Pella [où s'était réfugiée l'église de Jérusalem, en 70], mais de quelques autres colonies de la communauté primitive de Jérusalem*. >

Hégésippe, contemporain d'Irénée, rapporte que, avec Siméon, l'église de Jérusalem fut en proie aux hérésies, et que ces divisions furent déchaînées par un certain Thébouthis, « parce qu'il n'était pas devenu évêque* ». Ce Thébouthis nous reporte au temps de saint Ignace d'Antioche : à Pella comme à Antioche, l'épiscopat et l'épiscopat monarchique existait donc.

Au moment de la controverse pascale, vers 190, les évéques de Palestine se réunissent en synode sur la demande du pape Victor : leur réponse synodale atteste qu'ils ne suivent pas l'usage quartodéciman, mais l'usage dominical reçu à Rome et partout, l'Asie exceptée. Ce synode palestinien est présidé par Théophile, évêque de Césarée, et par Narcisse, évêque de Jérusalem. Eusèbe y signale la présence de Cassius, évêque de Tyr, et de Clarus, évêque de Plolémaïs. Aucun de ces noms n'est juif. Dans leur lettre à Victor, les évêques palestiniens mentionnent qu'ils sont en relations avec l'église d'Alexandrie, car ils se concertent chaque année avec elle pour la fixation de la date de Pâques. Ils demandent enfin que leur lettre soit communiquée par Rome à toute la chrétienté, xati Tiaaav îxxXrjolav 3. Donc, à la fin du second siècle, les c églises de Judée » sont associées, aussi bien que celles de Gaule, à la Catholica. On peut, à l'appui, apporter d'autres faits et plus anciens.

De Pella, est originaire cet Ariston, qui, entre 135-175,

1. DUCHESNE, t. I, p. 120. HARNACK, MtSStOn, t. I, p. 387. HOENMCKE,

p. 406-107. Sur le rôle joué dans ces églises par les membres de la famille de Jésus, voyez Duchesne, ibid. et Knopp, Nachapost. Ztitalter, ç. 2S-»8. Rien qui ressemble à un califat.

S. Hegesipf. ap. ëuseb. H. E. iv, 2^, ^.

3. EnsEB. H. E. T, 9B et 25. Le même, ibid. vt, 11, 2, à propos d'un ftiit daté de 212-213, mentionne les évêques des églises autour de Jérusalem (Harnack, Mission, t. II, o. 87), s'a«4ociant à l'élection de l'évêque de Jérusalem.

Page 1