‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 116 sur 216 · Stromat. vi, 18 (IX, 400 B · texte numérisé non relu

Stromat. vi, 18 (IX, 400 B

2. Stromat, vu, 6 (IX, 444) : l(7Ti xà wap' ^[lîv ôuaiaffTïjpiov èvTaùOo xh inîytiov xà S9poia[j.a tùv taïç sOj^aïç àvaxei(X£Vwv, liîav ûditep l^^ov çwvYjv TT^v xoivrjv xai |xiav yvw[jlï)v. — 'H <rû(i.Trvoia Se lui iTJ; ^xxXYiaîa; ^éysTai xupîcùç.

3. Paedagog. ii, 8 (VII, 480 B) : Tfjç ffu[i.ndt(niç èxxXTioCa; crTÉçavo; ô Xpiaxo;. Stromat. m, H (1173 B) : tXxt ô xaQ' ëxacrtov i^(iûv, eîxE xal àôpôa 1^ èxx).Yi<7ia. Id. iv. 8 (127âî A) : «ôwa i\ èKxXi|aîa.

4. Paedagog. i, 5 (VIII, 969 C) : IfffJièw èxxXififfîji, Clément énonce

Ailleurs, à propos d'un texte des Proverbes :

Celui qui s'appuie sur les mensonges, celui-là fait paître les vents et poursuit des oiseaux ailés [Prov. x, 4]. Je ne pense pas que le Logos dise cela de la philosophie,... mais bien contre les hérésies. Car il ajoute : Il abandonne les sentiers de sa vigne, et il se perd dans les chemins de sa propre terre. Ce sont là [les hérésies] qui abandonnent l'Église qui est depuis le commencement^.

Ailleurs, sur l'Église considérée comme l'épouse de Dieu :

... l'épousée qui est l'Église. H faut qu'elle soit pure des pensées du dedans qui sont contraires à la vérité, et de celles du dehors qui l'assaillent. Je pai-le des sectateurs des hérésies qui voudraient la persuader de devenir adultère à son épouxunique, le Dieu tout-puissant. Le serpent a trompé Eve, Eve appelée vie : nous du moins ne transgressons pas les préceptes en nous laissant tromper par l'active perfidie des hérésies^.

Ailleurs, d'un point de vue plus philosophique :

Il y a trois états de l'âme : Vignorance, l'opinion, la science. Dans l'ignorance sont les nations [païennes], dans la science l'Eglise la véridique, dans V opinion ceux qui suivent les hérésies...

Nous savons qu'autre chose est le plaisir, que nous attribuons aux nations [païennes]; autre chose est la colère, qui est souveraine dans les hérésies; autre chose est la joie.

que nous sommes parfaits, dans l'ordre de la gnose, quand nous sommes l'Église, car il n'y a de gnose parfaite que la « gnose ecclésiastique ».

\..Slromat. i, 19 (VIII, 812 C) : xàç aipÉieii; èmppanîljet..., aSxai 8é EÎ31V al TTjv è$ àp-/ïî; à7to),£i7to'j(rai èx/.Xriaîav.

2. Stromat. mi, 12 (VIII, 1180 B) : t'ôvte IÇwôev netpaîévtwv, Toutéati Twv xà; alpéffei; [Jiexidvxwv.

qui est distinctive de l'Église; autre chose est l'allégresse, qu'il faut reconnaître à qui est gnostique selon la vérité *.

Et donc, comparée aux hérésies, l'Eglise est l'épouse légitime, chaste, fidèle : les hérésies l'assaillent du dehors. L'Eglise est la vérité : les hérésies sont l'opinion instable comme le vent.

En veut-on la démonstration ? Il est nécessaire d'en venir aux questions [soulevées par les hérétiques], et par les Écritures elles-mêmes d'apprendre apodictiquement comment les hérésies ont erré, et comment au contraire dans la vérité unique et dans la vieille Église est la gnose la plus exacte et l'hérésie réellement la meilleure...

Nous savons que les hérésies sont nécessairement ainsi appelées parce qu'elles s'opposent à la vérité. Pour le malheur des hommes, les sophistes [qus sont les hérétiques] ont pris quelques éléments à cette vérité, ils les mêlent à leurs trouvailles humaines et à leurs artifices, et ils se glorifient d'être d'une école plutôt que de l'Église^.

Laméthode de Clément s'affirme : le parti de l'Église est celui de la science (l7ri(7T'/iîJ.ri), de la science opposée à l'opinion. Clément se fait fort de le montrer par une discussion où il descendra sur le terrain commun, et dans laquelle il fera voir que de toutes les gnoses la plus exacte est la doctrine traditionnelle, que de toutes les « hérésies » l'orthodoxie est celle que nous devons préférer. La hardiesse et la nouveauté de l'attitude de Clément sautent aux yeux. Mais ces avances faites à l'hérésie, et, au fond, aux exigences

t. Stromat. vu, 16 (IX, 840) : ol âvTÏ è7rtffrTÎ(jLi[i t) èxxXYiafa i^ àXyjOiî;, ol Se âv olrJCTEi ol xatà rà; aîpicreiç.

2. Stromat. vir, 15 (IX, 528) : iv (lovig t^ àXTiOeiq: xal t^ ipx*"? ëxxXYi<Tta f^ TE àxpiSeffTâTï) yvciai; xal ^ tû 6vti àpiaxT) yvôiffiç' aù- XOÙot TOOiaxaaôai SiaTpiê^; [làXXov 9) èxxXyiaîa;.

élernelles de la controverse, sont une tactique, et qui n'amoindrit en rien les droits de la « vieille Eglise » des presbytres à la possession du dépôt de la foi révélée.

Nous insistons à dessein sur le caractère antihérétique de l'ecclésiologie de Clément, parce que la négation de ce caractère est une thèse caressée avec complaisance par les auteurs protestants d'histoire des dogmes. A les en croire, Tertullien et Irénée sont catholiques, parce qu'ils requièrent une norme extérieure de la foi et que leur christianisme est essentiellement statutaire. Mais Clément est un protestant, ou, si on n'ose pas prononcer ce mot, on dit que Clément est un mystique : « Le christianisme de Clément est V esprit qui l'inspire, qui le guide, et qui, le plus souvent, le détermine dans le choix qu'il fait des éléments mêmes qu'il emprunte à la philosophie » ^ . Ainsi se retrouve à Alexandrie, vers l'an 200, la religion de l'esprit et le protestantisme libéral, par opposition au catholicisme cpii triomphe vers le même temps à Carthage, à Rome, à Lyon.

C'est rompre l'équilibre de la doctrine de Clément. La révélation et la philosophie se coordonnent, en effet, pour lui, sous trois termes : le premier est la philosophie, qui a pour rôle de purifier l'âme et de la moraliser, en la préparant ainsi à recevoir la foi; le second terme est la foi elle-même ; le troisième est la gnose que la vérité édifie sur le fondement de la foi 2. Cette distinction est capitale. Pourquoi vou-

4. E. DE Faye, Clément d Alexandrie (Paris 1898), p. 298 et suiv. Même vne chez C.Bigg, The Christian Platonists of Alexandria {Oxford 1S86), nolamment p. 101.

2. Stromat. vu, 3 (IX, 424 C) : çO.oaciçta yi éXXovixy) oîov TtpoxaÔaîpet

drioiis-nous que Clément sacrifie le terme central, la foi, aux deux autres? Or cette foi il ne la reçoit pas autrement que Tertullien et Irénée, nous l'avons montré, nous le montrerons encore.

// est inévitable qu'ils commettent de grandes erreurs ceux qui abordent de grands sujets, s'ils n'ont pas reçu de la Vérité elle-même le canon de la vérité. Ceux-là, perdant la droite voie^ se trompent et se trompent, et c'est justice, puisqu'ils n'ont pas un critère du vrai et du faux...

Comme un homme deviendrait animal, ainsi qu'il arriva aux victimes des philtres de Circé, celui-là cesse d'être homme de Dieu et fidèle au Seigneur, qui répudie la tradition ecclésiastique et qui embrasse les opinions des hérésies humaines... Car nous avons, nous, pour principe de la doctrine, le Seigneur, qui, soit par les prophètes, soit par l'Évangile, soit par les bienheureux apôtres, c en plusieurs manières et à plusieurs reprises > [Ileb. i, IJ, nous mène du principe à la fin de la gnose. Quant au principe, si quelqu'un suppose qu'un autre est nécessaire, véritablement le principe ne sera plus sauf... [L'Écriture du Seigneur et sa voix], tel est notre critère pour l'invention des choses \de la gnose]... Le principe est au-dessus de touH discussion*.

Clément ne parle pas ici de la propédeutique philosophique : il parle de la foi et de la gnose qui se superpose à la foi. Or, cette gnose étant pratiquée aussi par les hérétiques, quelle différence y a-t-il entre la

i7ToixoSo(ut 1^ àXY)63ta. Sur cette coordination à la philosophie, de la foi, de la gnose, voyez Bardenhewer, t. II, p. 56-58.

i. Stromat. vn, 46 (IX, 632),M.Hamack {Dogmengeschtchte,t, H, p. 41S) reconnaît, à l'occasion de ces textes, que « la conception empirique dû l'Église, en vertu de laquelle l'Église est l'institut de la vraie doctrine, est adoptée entièrement par Clément •. Mais, ajoute M. Harnack, cette conception lui sert pour la polémique, pas encore pour l'enseignement direct. Je ne crois pas que telle soit l'économie de la pensée de Clément, comme on va voir.

gnose hérétique et la gnose ecclésiastique? Les hérétiques ne respectent pas le canon de la vérité, ils n'ont pas de critère de la vérité, pa,rce qu'ils répudient la tradition ecclésiastique (Trapctooffiç IxxXïjdiaffT(x>i). Que faut-il entendre par cette tradition? C'est la Tri'ffTiç, que Clément appelle ici àpyri : c'est l'enseignement des prophètes, de l'Évangile, des apôtres; c'est l'Ecriture et la voix du Seigneur. La foi ou révélation est donc le point de départ de la réflexion, de la spéculation, en un mot de la gnose, laquelle est notre œuvre, notre apport, notre invention (e^peciç). Dans ce travail de découverte la philosophie grecque pourra d'ailleurs avoir son rôle légitime * . Cette philosophie ne fera pas perdre au fidèle sa foi, au contraire, elle fortifiera cette foi même : « Nous ne serons pas déracinés de la foi, bien plutôt, pour ainsi dire, nous y trouverons un abri plus ample et d'une certaine manière un exercice qui sera une démonstration de la foi '^ ». Mais, ne l'oublions jamais, pour Clément cette superstructure exégétique ou théologique a pour base la foi contenue dans la tradition ecclésiastique. L'enseignement du Christ est vraiment l'unique et nécessaire fondement^, et il n'y a de gnose recevable que celle que Clément appelle exxXrjaiaa-cix^ Yvtôctç^.

Celui-là seul est donc gnostique pour nous, qui aura

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