lotENAL. Sat. XVI, 99-l(»6 (Reinach, p. aW-MS
1. losEPH. Antiq. xx, S, 4. Schuerer, t. HHtP. 169. LàgRangk, p.S80.
DISPEKSIUN ET CHHETIKNTE. 19
times » *. Quand Pierre reviendra à Jémsalem, on lui reprochera vivement d'être entré chez un homme étranger au peuple et impur : « Tu es entré chez, des hommes incirconcis et tu as mangé avec eux ^ ! »
Voilà trois cas très caractéristiques du prosélytisme large, par opposition au prosélytisme de la justice : le prosélyte au sens large n'est pas circoncis et n'observe pas la Loi dans sa rigueur, mais il fait profession de monothéisme, mais il est pieux, c'està-dire qu'il répudie le paganisme, mais il pratique les préceptes moraux de la Loi, et observe quelquesunes de ses prohibitions : cependant, si grande que soit la bonne volonté qu'il a pour les Juifs et que les Juifs lui rendent, il reste un étranger et un impur. Cette sorte d'interdit ne cesse que le jour où il accepte la circoncision et toute la Loi.
Ferons-nous de cette clientèle indécise et, en dernière analyse, non reconnue par le judaïsme, une société spirituelle, une Eglise? Cette foule touchante, que le judaïsme authentique tient pour impure et étrangère, l'identifierons-nous avec le judaïsme et lui donnerons-nous le nom d'Eglise juive? Ce serait un abus de mots.
La vérité est donc, semble-t-il bien, que le judaïsme historique, celui que les pharisiens représentaient au mieux, était fondé sur l'idée de peuple et l'idée de Loi : on était ou on n'était pas enfant d'Abraham, on observait ou on n'observait pas la Loi de Dieu, toute la Loi.
Le judaïsme hellénisé eut l'intuition d'un universa-
\.Act.x, 2, *2, *4.
i. Act. XI, a.Rapprocher Soston. Domitian. ii (Keinach, p. 333).
lisme religieux, mais il le conçut moins comme une foi réformée, que comme une apologie de la foi traditionnelle, un argument pour forcer le respect des Grrecs. On l'a dit avec justesse, le judaïsme hellénisé défendait sa religion au moyen de l'hellénisme, tandis que le pharisaïsme la défendait contre l'hellénisme. Le judaïsme hellénisé n'a pas élargi l'idée du peuple de Dieu, pas plus que restreint le rôle de la Loi. Le prosélytisme, enfin, fut une application de cette apologétique, mais, comme elle, il concluait à la circoncision. Quiconque n'aboutissait pas là, était un allôphylCf un impur, car le peuple de Dieu et sa Loi étaient au-dessus de tout.
Le prosélytisme ne devait guère survivre à la ruine de Jérusalem. Le souvenir qui en subsista dans la tradition talmudique ressemble à celui que les intransigeants gardent des tentatives libérales, qu'ils ont redouté un temps de voir réussir. R. Helbo, un rabbin palestinien du m* siècle, écrira : « Les prosélytes sont aussi pénibles pour Israël que la lèpre pour l'épiderme ^ » L'opinion de Helbo n'est pas isolée.
Mais que cette clientèle de prosélytes, qui étaient attirés vers le judaïsme par sa théodicée et par sa morale, ait été un milieu — sans que ce fût le seul — préparé à comprendre l'Église, on n'en doit pas douter. L'exclusivisme puritain du judaïsme a rendu l'Église plus désirable, précisément en ce qu'il n'était pas lui-même une Église.