‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 122 sur 216 · Le mot est de saint Jérôme, Epistul. lxxxiv · texte numérisé non relu

Le mot est de saint Jérôme, Epistul. lxxxiv

e ';ur ce point (contre Hamack), Bardenbewer, t. il, p. 340 et 36%

notion du catholicisme que nous a donnée I renée : et, par contraste, son semimontanisme et son montanisme déclaré la confirment tout autant.

C'est ce que nous apprendra d'abord (il date de l'an 200 environ) le De praescriptione haereticorum.

Le Christianisme étant l'unité dans la conformité à une règle de foi, il est naturel que les non-conformistes fassent scandale : « Plerique hoc ipso scandalizantur quod tantum haereses (^aleant. » Ils sont trop et trop importants. Ils gagnent à leurs erreurs des fidèles que l'on savait être prudents et éprouvés : ici un évéque, là un diacre, ailleurs un docteur, même un martyre Tertullien accorde le fait, mais ne veut pas qu'on s'en émeuve. Car on ne doit pas, dit-il, juger la foi d'après les personnes qui la trahissent : le vent emporte les pailles légères, le froment qui reste est plus pur. Puis le Seigneur n'a-t-il pas été abandonné, trahi? L'apôtre Paul tout autant? Le Seigneur n'a-t-il pas prédit qu'il y aurait de faux prophètes, de faux apôtres, des antéchrists ? L'apôtre Paul ne nous a-t-il pas prémunis contre les hérésies? Qu'on ne se trouble donc pas devant ce débordement d'hérésies, puisqu'elles étaient prédites'-*.

Tertullien, entrant aussitôt dans le vif de son réquisitoire, critique l'hérésie, qui est ici le gnosticisme savant, et il lui reproche ce que nous avons vu

1. Praescr. 3 : « Quid ergo, si episcopus, si diaconus, si vidua, si vir;;o, si doctor, si etiam martyr lapsus a rcgula fuerit, ideo baereses veritalem videbuntur obtinere? »

a. Praescr. 1-6.

Irénée et Clément d'Alexandrie lui reprocher aussi, d'être une sophistique séculière^. Les erreurs des gnostiques, « natae de ingenio sapientiae saecula'ris », sont une interprétation téméraire de la nature divine et de l'incarnation. Elles sont subornées par la philosophie : Valentin a pris aux Platoniciens, Marcion aux Stoïciens et aux Epicuriens. Hérétiques et philosophes traitent les mêmes sujets, l'origine du mal, l'origine de l'homme, l'origine de Dieu. Leur méthode à tous est celle d'Aristote, de ce malheureux Aristote^.

A quoi bon toute cette pTillosopTiie 7 Saint Paul

1. Le même argament sera repris par saint Hippolyte, cité p.n EcsEB. H. E. V, 28. L'idée de voir daus les diverses erreurs gnostiques dos emprunts à la philosophie grecque est poussée à bout par les Philosophoumena (livre VII notamment), pour qui Basilide a été perverti par Aristote, Valenlin par Platon et Pythagore, Marcion par Empédocle, et ainsi des autres. Tertullien et Hippolyte entendaient réagir contre les complaisances que les apologistes grecs leurs devanciers et peut-être aussi les hellénistes juifs, avaient eues pour la sagesse grecque.

9. Praeêcr. 1 : « Miserum Aristotelem, qui illis dialecticam institoit, artificem struendi et destruendi, versipellem in sententiis, coactam in coniecturis, duram in argumentis, operariam contentionum, niolestametiamsibi ipsi,omniaretractantem, nequid omnino tractaverit!... Quid ergo Athenis et Hierosolymis? Quid Academiae et Ecclesiae? Quid haereticis et christianisT » — Rapprochez le curienx fragment grec du IlEpl èxxXTjdi'a; attribué à Anthime, évêque de Nicomédie (f 302), retrouvé et publié par G. Mercati, Note di letteratura biblica tcristiana antica (Roma 1901), p. 95-98. Ce fragment est bien plus dans la manière d'Irénée et de Tertullien que dans celle d'Origène. il débute ainsi : « Comme il y a un Dieu, un Fils de Dieu, un Esprit saint, ainsi Dieu a créé un homme unique^ un kosmos unique, et il y a une Église catholique et apostolique et un baptême pour tout le kosmos, {J.(a toÎvuv xaÔoXix:^ xal àTtO(rro).ix9) èxxXrjdîa êffTi xa6' Skrm olxou[i£'Tri;, qui garde la foi aujourd'hui encore qu'elle a reçue des apôtres. Elle est appelée catholique parce qu'elle est répandue dans le monde entier... Mais les hérésies n'ont reçu [leur doctrine] ni des apôtre«, ni des disciples des apôtres, ni des évêques successeurs des apôtres..., et elles ne sontpointélablies partout..., et leurs églises ne sont point appelées catholiques. » L'auteur montre alors qu'elles remontent aux Sadducéens, à Simon, etc. et que tous les hérésiarques ont emprunte leurs doctrines aux philosophes, notamment à Platon, à Aristote et à Hermès Trismégiste.

nous a prévenus contre ses séductions. Et saint Paul la connaissait bien cette sagesse humaine « affectatricem et interpolatricem veritatis », il l'avait vue à l'œuvre à Athènes ^ Nous n'avons rien de commun avec elle.

Viderintqui stoïcum et platonicum et dialecticum christianismum protulerunt. Nobis curiositate opus non est, post Christum lesum ; née inquisitione, post euangelium. Cum credimus, nihil desideraraus ultra credere : hoc enim prins credimus, non esse quod ultra cretiere debeamus 2.

Irénée pensait de même, quand il se réclamait de la foi nue, par opposition aux gnostiques qui aspirent à la science parfaite et qui méprisent la simplicité des « psychiques ». Tertullien, en bon africain, donne à cette pensée une forme absolue et outrancière. Il ne veut pas qu'on lui oppose la parole évangélique : « Cherchez et vous trouverez. » Garonne cherche que quand on n'a pas encore trouvé : ayant trouvé la foi, nous n'avons plus qu'à la conserver. Que si nous avions quelque chose encore à chercher, est-ce aux hérétiques que nous devrions nous adresser, chez qui tout est étranger ou contraire à « notre vérité », à notre régula fidei ^. Tertullien cite en les traduisant en son style les articles de cette régula fidei, le symbole baptismal de Carthage''. Voilà, poursuit-il, la règle instituée par le Christ, la règle qui ne sou-

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