Coron
4. Girard, Textêê, p. ITS : « Tf. Claudius Caesar Augustus Germanicus pontifex maximus... dicit... » Le ton de Tertullien laisse croire que la formule • Ego et moechiae » etc. n'est sans doute pas donnée dans tes termes authentiques.
de Gratien, au iv* siècle, un titre paient En un mot, TertuUien s'applique avec une verve insolente à séculariser la décision de l'évêque de Rome, et, si on peut dire, à l'impérialiser, par dérision.
Mais, dira-t-on, qu'importe à ce prêtre carthaginois la décision d'un évéque qui n'est pas celui de Carthage ?
Le pamphlet de TertuUien n'en est que plus significatif. S'il s'émeut, en effet, de l'édit de l'évêque de Rome, n'est-ce pas la preuve qu'un semblable édit est de nature à retentir dans toutes les églises? La « potentior principalitas » entre en jeu. Mieux encore, on devine que l'évêque de Rome la revendique et en fait état. TertuUien l'appelle « episcopus episcoporum » ^,
1. Voyez Tertuli. Monog. H: « Pontifex Maximus et Flaminica... » Bodché-Leclercq, art. « Pontifices », p. 578, du Dict. des antiq. de Dàreuberg et Saglio.
3. D'ÀLÈs, TertuUien, p. 917, ne croit pas que Galliste se soit donné le titre A'episcopus episcoporum. — De pudic. xiii, 7, TertuUien appelle Callisle « benedictus Papa ». Mais à cette époque le mot papa est donné aux évéques et exprime la déférence filiale de celui qui l'emploie. La première attestation qu'on trouve à Rome de son application à l'évêque de Rome, est dans une inscription du temps du pape Marcellin (f 304) : « Cubiculum... iussu pLa]p[ae] sui Marccllini diaconus isteSeverusfecit... » DeRossi, Inscriptienes christ. Urbis Romae, t. I, p. cxv. Antérieurement, aucun évêque de Rome u'est appelé papa, bien que nous ayons beaucoup de lettres adressées à des évéques de Rome. Du moins, on peut citer la lettre des martyrs lyonnais à Eleuthère, qu'ils nomment Ttâtep 'EXeùôepe (Euseb. H. E. v, 4, 2)- Mais il est vrai que, quand le clergé de Rome écrit à saint Cyprien, il le qualifie de pape (inter Cyphian. Epistul. xxx, inscr. et 16; xxxi; XXXVI); les confesseurs carthaginois font de même {Epistul. xxni). Le clergé romain écrit à celui de Carthage : t Didicimus secessisse benedictum papatem Cyprianum... » (Epistul. vni, 1). Saint Augustin est maintes fois traité de papa dans les lettres qui lui sont adressées. Saint Jérôme donne ce titre à des évéques comme saint Épiphane, Jean de Jérusalem, Théophile d'Alexandrie, saint Athanase, Chromatius d'Aquilée, mais aussi à des évéques de Rome comme Anastase et Damase. Comparer la signature des inscriptions damasiennes de Furius Dionisius Filocalus. Dès le temps de saint Cyprien, l'évêque d'Alexandrie est appelé pape comme l'évêque de Carthage (voyez Eoseb. H. E. vu, 7, 4 : ToO (xaxap(ou ncxna iwuiw 'HpaxXôl, dans uae épHre de son successeur, Denys). Cf. Benson, p. 29 31 , et plus loin p. 3B3.
non que Tévêque de Rome ait pris ce titre, mais parce que son édit dans sa teneur doit prétendre faire la loi aux autres évêques.
Ces invectives de Tertullien sont une charge contre la primauté romaine : le gallicanisme est né en Afrique ! Elles sont aussi, et plus encore, une charge contre toute hiérarchie épiscopale. Ou plutôt, Tertullien distingue entre ce qu'il appelle discipline et ce qu'il appelle pouvoir. La discipline est chose extérieure comme la politique, mais le pouvoir est chose surnaturelle. « Qu'est-ce que le pouvoir ? c'est l'Esprit, et l'Esprit c'est Dieu. Calliste revendique le f>ouvoir de remettre les péchés : bon s'il s'agissait des péchés commis contre Calliste, mais comment Calliste remettra-t-il les péchés contî*e Dieu? Que si les apôtres ont retnis de tels péchés, ils l'ont fait, non pas en vertu de la discipline, mais en vertu de leur pouvoir » [ex potestaté).
Exhibe igitur et nunc mihi, apostolice, prophétie» exempla et agnoscam divlnitatem, et vindica tibi délietorum eiusmodi remittendorum potestatem. Quod si disciplinae solius officia sortitus es, nec imperio praesidere, sed ministerio, quis aut quantus es indulgere * ?
L'évêque est-il donc héritier des pouvoirs surnaturels donnés par Dieu aux prophètes et aux apôtres? Non, répond Tertullien, son rôle est seulement de veiller au maintien de la discipline. Mais, dit Calliste, l'Église a le pouvoir [potestas] de remettre les péchés. Assurément, répond Tertullien, et notre nouvelle prophétie proclame ce pouvoir.
1. Depudieit. xxi, 5-6. Nous avons vu ailleurs le qualificatif iitofftoXixôç attribué aux disciples immédiats des apôtres, aiusi à saint Polycarpe (Euseu. //. E. iir, 36, 10).
350 L'ÉGLISE NAISSANTE Bï LE CATHOLICISME.
De tua nunc sententia quaero, unde hoc ius ecclesiae usurpes. Si quia dixerit Petro Dominus : Super hanc petram aedificabo ecclesiammeam, tibi dabo claves regni caelestiSj vel Quaecunque alligaveris vel solveris in terra erunt alligata vel soluta in caelis, idcirco praesumis et ad te dérivasse solvendiet alligandi potestatem, id est ad omnem ecclesiam Pétri propinquam ^ ? Qualis es, evertens atque commutans manifestam Domini intentionem personaliter hoc Petro conferentem^?
Comment Calliste ose-t-il s'arroger le pouvoir de l'Église? Est-ce en vertu de la parole dite à Pierre? De quel droit Calliste travestit-il l'intention évidente du Sauveur qui a parlé à Pierre pour lui conférer un privilège qui lui devait être propre, à lui seul? « Je te donnerai les clés », non pas à l'Église. Les clés sont un symbole du ministère apostolique qui a été celui de Pierre ^, tel qu'il est raconté au livre des Actes.
Quel sera donc le pouvoir conféré par le Christ à l'Église, à toute église ?
Quid nunc et ad Ecclesiam et quidem tuam, psychiceT Secundum enim Pétri personam spiritalibus potestas ista conveniet aut apostolo aut prophetœ. Nam et ipsa Ecclesia proprie et principaliter ipse est Spiritus, in quo est trinitas unius divinitatis, Pater et Filius et Spiritus sanctus. Illam ecclesiam congregat, quam Dominus in tribus posuit. Atque ita exinde etiam numerus omnis, qui in
i. On peut induire de là que le pape Calliste, pour justifier le pouvoir des clés qu'il revendiquait, tirait argument du texte Mat. xvi, 18-19. C'est la première fois que le lait se produit dans l'Iiistoire, dit M. Harnack (Dogmeng. t. I*, p. 492). Soit, mais Tertullien ne conteste pas que l'Église soit fondée sur Pierre, il l'accorde ; « Omnis ecclesia Pétri propinqua », qu'on traduira : « A toute l'église qui touche à Pierre », ou (avec M. de Labriolle) : « Toute l'église qui se rattache à Pierre .. Tertullien conteste que le pouvoir des clés ait passé à aacune église en tant que telle. Cf. Scorpiace, 10.