‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 17 sur 216 · Aet. XXV · texte numérisé non relu

Aet. XXV

l'introduction du christianisme, impulsore Chresto^ le fait que Claude rétablit l'ordre en expulsant les Juifs de Rome — et les chrétiens avec eux, témoin Aquila et Priscilla, — prouve que la police romaine ne distinguait pas encore les chrétiens des Juifs, ou ne voulait pas connaître ce qui les séparait. C'est ainsi qu'à Corinthe, vers le même temps ou bien peu après, saint Paul étant traîné par le synagogarque et les Juifs zélotes devant le proconsul, -^ Annaeus Novatus Gallio, frère de Sénèque, — et le proconsul entendant le synagogarque accuser Paul d'être un renégat de la Loi : « Juifs, dit le proconsul, puisqu'il s'agit de votre Loi, voyez vous-mêmes, je ne veux pas être juge de ces affaires ^ ».

Au contraire, dix ans plus tard, la séparation des Juifs d'avec les chrétiens était acquise. Ce qui tendrait à prouver que la clientèle du christianisme était pour la plus grande part désormais non juive de naissance, et que, par ailleurs, les Juifs eux-mêmes, non contents de faire lever la sentence d'expulsion qui les avait frappés à Rome sous Claude, avaient pu profiter de la faveur dont ils jouissaient auprès de Néron, pour prévenir le retour d'une confusion dont ils avaient durement pâti. Les événements de 64 établissent, en effet, que cette confusion était dissipée.

Le 19 juillet 64, un incendie se déclara dans les entours du grand cirque, à Rome : en six jours et sept nuits, le feu dévora le Vélabre, le Forum, une partie du Palatin. 11 se ralluma à l'autre extrémité de Rome, et trois jours durant il ravagea le Quirinal, le Viminal

1. Act. XVIII, If-n.Cf. XXIII, «p. Dans Ac<. xxiv, 8, le rhéteur Tertallos requiert le procurateur Félix contre l'apôtre Paul qu'il dénonce comme un chef de « l'hérésie des Nazaréens >, etcomme •excitantdes émeutes parmi les Juifs dans le monde entier >.

et le Champ de Mars. Au total, sur quatorze régions que comptait la ville, quatre seulement furent épargnées, celles-là entre autres (la porte Capène et le Transtévère) où les Juifs étaient le plus nombreux. Le peuple dans son affolement accusa Néron d'avoir mis le feu à Rome pour en remanier le plan. Néron, pour apaiser ces rumeurs, « offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestée pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens^ ».

On ne soupçonne pas un instant les Juifs d'être les auteurs de l'incendie de Rome, encore qu'ils aient été les plus épargnés par l'incendie. Mais on accuse les chrétiens^. Ils étaient donc notoirement et physiquement distincts des Juifs. On saisit quelques chrétiens, qui ne font point difficulté d'avouer qu'ils sont chrétiens; puis, de proche en proche, on en découvre une foule énorme : « Igitur primum correpti qui fatebantury deinde indicio eorum multitudo ingens, haud perinde in crimine incendii, quain odio humani generi» coniuncti sunt^ . » Ce nom chrétien est connu du populaire : ils sont ceux « quos per fîagilia invisos çulgus Chrestianos adpellabat ». Leur nom est odieux, chargé de crimes et d'infamies : les griefs précis que l'on a contre eux ne rappellent pas ceux que le peuple nourrit contre les Juifs. Ce n'est plus une race qui est haïe, poursuivie et qui se reconnaît aisément à ses mœurs et à sa physionomie : c'est un culte qui s'avoue [fatebantur] ou qui est dénoncé [indi~

i. Tacit. Annal, xt, 44.

2. Pour Harnack, Mission, t. I, p. 54 et 400, Néron sévit contre le christianisme à l'instigation des Juifs. Cf. Icstin. Dialog. xvii, 3.

3. Le texte vulgate esXeonvicti. Mais (sur la loi du ma. Mediceus) on corrige en eoniuneti : « Ils furent confondus, non pas istnt dans l'inculpatiOB d'incendie, que dans celle de haïr le genre humain. >

cio). Les chrétiens sont une immense multitude sans défense, alors que les Juifs restent à part, distingués par leur race et protégés par elle. Tacite, qui a écrit vers l'an 115, a eu pour source principale de son récit du règne de Néron une histoire perdue de ce règne, composée au temps de Galba et de Vespasien, c'està-dire entre 68 et 79, par Cluvius Rufus K Si le fait de la persécution de l'an 64 est pris à Cluvius Rufus, le témoignage de Tacite serait corroboré par l'autorité de sa source.

Ce témoignage trouve encore une confirmation dans un passage que l'on croit être pris à la partie perdue des Histoires de Tacite, et qui se lit dans la Chronique de Suluice Sévère. Dans un conseil tenu le 9 août 70, la veille de l'incendie du temple de Jérusalem, Titus demande s'il faut détruire le temple : plusieurs de ses officiers sont d'accord avec lui pour déclarer cette destruction opportune, afin, disent-ils, de supprimer plus pleinement la religion des Juifs et des chrétiens : « Quo plenius ludaeorum etChristianorum religio tolleretur : quippe has religiones, licet contrarias sibi, iisdem tamen ab auctoribus profectas : Christianos ex ludaeis extitisse: radiée sublata, stirpem facile perituram » *. Ici encore, et plus nettement, s'affirme avec l'origine juive du christianisme, la distinction et l'opposition des deux religions.

Il faut dire davantage, cette distinction ^ait dès 64 sanctionnée par la législation*.

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