Epiilul. XXV
fût rétablie avant de rien décider*. On avait écrit dans ce sens aux évêques de Sicile, on s'était concerté avec d'autres encore, plus voisins ou plus éloignés : a ... cum quibusdam episcopis vicinis nohis et adpropinquantibus et quos ex aliis provinciis longe positis persecutionis istius ardor deiecerat, ante çonstitutionem episcopi nihil innovandum putavimus » 2. Là donc encore on ne réconcilierait que les lapsi en danger de mort, et l'on tiendrait en suspens les autres.
Cyprien ne permet à ses prêtres de rien décider sans lui, les prêtres de Rome déclarent ne rien vouloir décider tant qu'ils n'auront pas d'évêque : le droit de l'éveque est-il assez fermement affirmé à Carthage et à Rome? La « crise novatienne » s'ouvre, qui, nous assure-t-on, aurait eu pour effet d'amener saint Cyprien à définir l'église une communauté régie par son évêque, au lieu que jusque-là il avait conçu l'église comme un consortium de l'éveque, du clergé et des laïques '. On voit, rien qu'à ces déclarations tant romaines qu'africaines, antérieures à l'entrée en scène de Novatien, que l'Eglise est hiérarchiquement constituée et que la souveraineté est vraiment aux mains
\. Epistul. XXX, 5.
â. Id. 8.
3. Barnack, DogmengetchichUyt. H, p. MIM. Harnack énonce là que les textes dans lesquels Cyprieu conçoit l'église comme « constituta in episcopo et in clero et in omnibus credenlibus > sont plus anciens et représentent la vieille • Kirchenbegriff ». Non, Cyprien écrit dans YEpistul. XXXIII, 1 : • ... quando ecclesia in epi8c«po et clero et in omnibus Btantibus sit constituta, absit... ut ecclesia esse dicatur lapsorum numerns. » Cyprien veut dire qoe l'église se compose de l'éveque, du clergé et des fidèles qui n'ont point failli, par opposition aux faillis, lapsi, qui prétendent faire la loi. Mais Cyprien ne dit pas que l'oglise est fondée sur les âdéles en même temps que sur l'éveque et le clergé : la subordination de la pltb* à l'ordo, dans l'unité de chaque église, n'a jamais été en question, tant chez Cyprien qu'avant lui. Qu'on se rappelle seulement Origéne.
SAINT CYPRIEN ET ROME. 4li
de l'évêque. Sur les institutions existantes Rome prononce déjà le « Nihil innovandum ».
L'évêque est le fondement de son église, tel est le thème de la lettre xxxiii de saint Cyprien, première esquisse du De unitate. Grande est l'audace de ces lapsij écrit-il, qui ont osé m'écrire au nom de l'église, « ecclesiae nomine ». Voudraient-ils qu'on lés prît pour l'église, « ecclesiam se {>olunt esse »? Il faut choisir entre l'évêque qui veut que les /a/>sf attendent, et ces lapsi qui bravent l'autorité de l'évêque : qui donc est le fondement de l'église?
Dominus noster, cuius praecepta metuere et servare debemus, episcopi honorem et ecclesiae suae rationem disponens in euangelio loquitur et dicit Petro : Ego tibi dico quia tu es Petrtis, et super istam petram aedificabo ecclesiam meam, et portae inferorum non vincent eam, et tibi dabo ctaves regni caelorum, et quae ligaveris super terram erunt ligata et in caelis, et quaecumque solveris super terrnm erunt soluta et in caelis. Inde per temporum et successionum vices episcoporum ordinatio et ecclesiae ratio decurrit ut ecclesia super episcopos constituatur et omuif actus ecclesiae per eosdem praepositos gubemetur <.
Cyprien revendique, au nom de l'Evangile, la dignité {honor) de l'évêque : l'Eglise est établie sur les évêques, chaque église est gouvernée par son évêque, et cette constitution divine est fondée sur la parole du Christ à saint Pierre. La parole Tu es Petrus est celle qui a institué l'épiscopat, puisque le pouvoir institué en la personne de Pierre a passé aux évêques comme un héritage, «/?er successionum vices ». En vertu de ce pouvoir hérité, toute l'activité de chaque église est gouvernée par son évêque. Nul, conclurons-nous,