‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 189 sur 216 · Munich 208 et Troyes S · texte numérisé non relu

Munich 208 et Troyes S

et dicit : Una est columba mea, perfecta mea, una est matri suae, electa genitrici suae. Hanc ecclesiae unitatem qui non tenet, tenere se fidera crédit ? Qui ecclesiae renititur et resistit, qui cathedram Pétri super quem fundataesl ecclesia deserit, in ecclesia se esse confidit?

Tel est le texte imprimé par Paul Manuce à Rome : les mots en italique, écrit Benson, sont c d'une plume qui professait la doctrine cardinale du siège de Rome », et l'introduction de ces mots dans le texte a dénaturé toute la pensée de Cyprien ! Continuons cependant notre enquête.

Voici parallèlement le texte B et le texte A* :

Et eidem post resurrectionem dicit : Pasce oves meas.

Super illum aedificat ecclesiam et illi pascendasoves mandat.

Et quamvis apostolis omnibus parem tribuat potestatem

unam tamem cathedram con-

stituit, et unitatis originem atque rs^-

tionem sua auctoritate dis-

posuit.

Hoc erant utique et ceteri quod

fuit Petrus,

sed primatus Petro datur et una ecclesia et cathedra una monstratur.

Super unum aedificat ecclesiam.

Et quamvis apostolis omnibus post resurrectionem suam parem potestatem tribuat et dicat : Sicut misit me Pater, et ego mitto vos. Accipite Spiritum sanctum : si cuius remiseritis peccata, remittentur illi : si cuius tenueritis tenebuntur, tamen ut unitatem manifestaret

unitatis eiusdem originem ab uno incipientem sua auctoritate disposuit.

Hoc erant utique et ceteri apostoli quod fuit Petrus, pari consortio praediti et honoris et potestatis, sed exordium ab unitate proficiscitur

ut ecclesia Christi una mon- «tretar.

1. Jepréviens, pour la clarté du débat, que KocH intervertit lei aigle» Il appelle A le texte que j'appelle B et inversement.

Et pastores sunt omnes, sed greximusostenditur, qui ab apostolis omnibus unanimi consensione pascatur.

Quara unam ecclesiam etiam in cantico canticorum Spiritus sanctus ex persona Domini désignât et dicit : Una est columba mea, perfecta mea, una est matri suae, electa genitrici suae.

HancetPauliunitatemquinon Hanc ecclesiae unitatem qui tenet,tenere se fidem crédit? non tenet, tenere se fidem

crédit?

Qui cathedram Pétri super Qui ecclesiae renititur et requem fundata ecclesia est sistit, deserit, in ecclesia se esse confldit? in ecclesia se esse confidit? Super unum aedificat» etc. Quando et beatus apostolus

Pau lus hoc, etc.

Si l'on veut bien collationner ces trois textes, on acquiert d'abord la certitude que le texte C est une combinaison habile de A et de B. Ce texte C est une sorte de texte de conciliation.

Le texte A est ce que les critiques anglais appellent une conflation : étant donné pour un même texte deux leçons, le copiste peut opter pour l'une ou pour l'autre, il peut aussi les reproduire toutes les deux bout à bout. Ici, le copiste du manuscrit archétype avait deux rédactions parallèles du même passage, et, pour n'avoir pas à opter, il les a copiées l'une à la suite de l'autre.

De ce premier examen critique il résulte que ce qu'on prenait pour une interpolation, c'est-à-dire pour une addition introduite par violence dans le texte authentique, n'est pas une interpolation, mais une variante. Or cette variante remonte haut dans l'antiquité ecclésiastique. La double rédaction que nous conserve le texte A, est donnée par des manuscrits (celui de Munich et celui de Troyes) dont l'archétype commun peut être du vi^ ou du vn« siècle. On a des points de repère plus fermes encore : le

texte A est cité par le pape Pelage II à la fin du vi® siècle, le texte 5 par Pacien et saint Jérôme à la fin du iV siècle ^

On devra à Dom Chapman d'avoir montré que le texte A ne renferme pas un mot, pas une expression, qui n'appartienne à la langue et à l'usage de Cyprien, pas un mot, pas une expression, qui ne se retrouve ailleurs dans l'œuvre de Cyprien -. Si bien que l'on devra dire que le faussaire a réussi un admirable fac-similé de Cyprien, ou qu'il n'était autre que Cyprien en personne. Cette seconde hypothèse est d'autant plus plausible que l'auteur du texte A manie le vocabulaire de Cyprien avec une liberté qui n'est pas celle d'un imitateur savant, opérant comme un marqueteur^. Dom Chapman peut donc conclure avec vraisemblance que le texte A représente une édition du De unitatc différente de l'édition que représente le texte B, toutes les deux données par saint Cyprien.

Il n'y a pas à chercher bien loin, ajoute Dom Chapman, pour déterminer le moment où ces d'eux éditions différentes ont eu l'occasion d'être publiées. Un mois ou deux après le concile de Carthage de mai 251, Cyprien reçoit la nouvelle du retour des confesseurs romains à la communion de Cornélius : il leur avait envoyé l'épitre XLVI pour les exhorter à revenir au vrai bercail, il leur adresse son épltre LIV, avec ses deux livres De lapsis et De unitate. Le De lapsis les éclairerait sur la légitimité de l'indulgence combattue par Novatien, et, si nous en croyons Dom Chapman, le De unitale, « composé contre Felicissimus, devait servir contre un schisme quelconque ». Cyprien sentit le besoin de « refaire le passage central du iv"^ chapitre, afin d'adapter à Rome ce qui s'appliquait à Carthage >. Avec combien plus de force, en effet, « ne ferait-il pas appel à leur sentiment de l'unité, s'il leur montrait que ce n'était

1. Voyez ma note « Un remploi du De unitate », Remie biblique, <920, p. 569-571. On peut mè'.ne reconnaitie B dans VEpis'.ula al Gailos episcopos, 'J, du pape Damase.

2. Chapman, t. XIX, p. 3o4-3',{. Sur le cursus liabituel à Cyprien et qui se retrouve dans la prétendue interpolation, voyez L. Laurand, dans la. Berliner philologisclie Wochenschrift, 1909, p. lOie.

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