Chapman, t. XX, p
pas d'un éyêque quelconque qu'il s'agissait, mais que c'était de la chaire de Pierre elle-même qu'ils se séparaient * » î Dom Chapman, dont, après M. Harnack, nous acceptons pleinement la conclusion sur l'attribution à saint Cyprien du texte A comme du texte B, nous permettra de différer de lui sur ce point secondaire, la date du texte A. On ne peut pas dire, en effet, que Cyprien envoie aux confesseurs romains le De lapsis et le De unitate, avec l'épître LIV,car précisément dans cette épître il exprime qu'il leur avait envoyé ces deux petits livres avant leur soumission à Cornélius. Parlant spécialement du De unitate, il dit aux confesseurs qui ont fait leur paix avec le pape : « [Hune] libellummagisac magis nunc vobis placere confido : Je suis sûr que ce petit livre vous plaît maintenant davantage, car ce que nous avons écrit vous l'accomplissez en revenant à l'Église dans l'unité de la charité et de la paix *. » Si le De unitate leur plaît davantage maintenant, on doit supposer qu'ils l'avaient reçu à un moment où il devait leur plaire moins, en d'autres termes, au moment où ils étaient encore séparés de l'unité, en révolte contre Cornélius. Et, en effet, dans cette épître LIV, Cyprien n'écrit pas aux confesseurs romains : Je vous envoie, mais : Je vous avais envoyé : < Lectis libellis qiios hic [à Carthage] nuper [au concile de mai] legeram et ad vos quoque légendes pro commiini dilectione transmiseram. > Les deux mots legeram et transmiseram insinuent une simultanéité et donnent à penser que Cyprien avait envoyé le De unitate aux confesseurs romains aussitôt après l'avoir lu au concile de Carthage '.
i. CHAPMAÎf, t. XX, p. 49.
». Epistul. LIV, i.
3. Je ne crois pas davantage que Dom Chapman ait prouvé que ie De wni7afe vise Feiicissiaius. La confrontation que Dom Chapman, t. XX, p. 30-33, institue du De unitate et deV Epistul. xlui. me semble prouver, au contraire, que, dans les arguments communs nux deux écrits, il y a substitution de Novatieu à Felicissimus. Ainsi {Epistul. sliii, 5), la phrcïse ' Pacem nunc off'erunt qui ipsi non habent pacem . qui est très juste appliquée au parti des /apsi carthaginois, ne se retrouve pas dans le De unitate (11), parce qu'elle ne s'applique pas au patli de Novatien. Mais on lit plus loin (i6td. 13} : < Quam sibi igitur pacem pro-
Le De unitate, pouvons-nous dire, est donc contemporain du concile carthaginois de mai 251, et il vise, non pas un schisme quelconque, mais directement le schisme de Novatien à Rome. Or, nous pourrons ajouter, avec Dom Chapman, que le texte A n'est pas un texte quelconque, mais un texte qui vise plus directement que le texte B la faction des schismatiques romains*.
En effet, le texte £ énonce, en y insistant, les pouvoirs donnés par le Sauveur à tous les apôtres : « ... cl dicat : Sicuimisit me Pater, et ego mitto vos : Accipite Spiritum sanctum, si cuius... » 11 ne se contente pas de dire : « Hoc erant utique ceteri apostoli quod fuit Pelrus. » 11 appuie sur cette affirmation et il la développe : € Hoc erant utique Et ceteri apostoli quod fuit Petrus,pari consortio praediti et honoris et potestatis. » Le texte 5 semble préoccupé de marquer l'égalité des apôtres et de Pierre : à tous même honor, même potestas. — Au contraire dans le texte A^ on se garde d'insister sur les pouvoirs des autres apôtres, mais on relève l'autorité de Pierre. A Pierre et à Pierre seul, il a été dit : « Pasce oves meas ». Sur Pierre, le Christ édifie l'Église. A Pierre, il confie ses brebis à paître. En la personne de Pierre, < unam cathedram conslituil ». Et le premier rang est donné à Pierre, « primatus Petrodatur ». On voit bien par là que l'église est une et qu'il n'y a qu'une cathedra. Cette unité s'impose d'une manière plus éclatante à Rome, où la cathedra épiscopale est celle de Pierre. Quiconque à Rome ne garde pas cette unité croit-il être en règle avec la foi ? € Hanc et Pauli unitatem^ qui non tenet, tenere ée fidem crédit? > Quicon-
mittunt inimici fratrum? Quae sacrificia celebrare se credunt aemuli sacerdotutn ? » Et cela prend une tout autre signification : la paix est la paix liturgique, les sacrifices sont le culte schismatique, et par « aemuli sacej'dotum » on désigne des évéques illégitimes. Comment: Dom Chapman (art. cit. p. 10) peut-il écrire : « It is not directed against an episcopal schism, but against the party of Felicissimus, a deacon » ?
2. Je ne voudrais pas tirer argument de et Pauli unilatem, qui font peut-être une c;-cographie pour ecclesiae unitatem. L'expression Pauli unitas est, en effet, d'une latinité étrange. Contre KocH, p. 164.
que à Rome abandonne cette cathedra qui est proprement celle de Pierre, celle-là même sur laquelle a été fondée l'église par le Sauveur le jour où le Sauveur a pro nonce les paroles Tu es Petrus, peut-il croire être dans l'Église? En d'autres mots, abandonner la cathedra de l'évéque est partout impie, mais plus que partout à Rome.
La conclusion que nous tirons de ces observations est la même qu'a tirée Dom Chapman : le texte A est de Cyprien (comme aussi bien le texte B) et il vise le parti de Novatien à Rome^
Mais, tandis que Dom Chapman, parce qu'il a cru que le Deunilate avait été composé contre la faction de Felicissimus, a conclu que le texte B représentait l'original et la première édition, je crois, au contraire, qu'on peut affirmer, avec des critiques comme Tillemont et Benson*, que le De unilate a été composé contre la faction de Novatien, et que le texte A représente l'original et la première édition '. B, le texte soi-disant pur, est un texte amendé par saint Cyprien : ces amendements sont des retouches, que Cyprien aura exécutées peut-être pour enlever à son argument ce qu'il avait de trop spécial au cas de Novatien, pour en rendre par là la portée plus universelle.
1. Contre l'hypothèse de Koch, Dom Cliapman (p. 8 et 9) relève très justement que la doctrine de l'interpolation (le texte A) est si • modérée -, si on la compare avec celle de saint Optât et de saint Augustin, qu'on doit l'estimer primitive : elle vise sûrement Novatien plutôt que les Donatistes. Ce n'est pas une « pro-Roman foigery », un faux fait pour servir aux Romains.