‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 193 sur 216 · Id · texte numérisé non relu

Id

3. Hist. anc. t. I, p. 419. Nous supposons avec Benson, Harnack, Duchesne, l'affaire espagnole antérieure à la controverse baptismale. Mais il n'est pas invraisemblable que dès ce moment (automne »M) il y eût rupture entre Etienne et Cypri«n.

tomne de 254 le concile fut saisi de la requête de deux évêques espagnols, celui de Merida [Enierîta], et celui de Léon et Astorga [Legio^ Asturica). Ces deux évêques, Sabinus et Félix, avaient succédé à deux collègues, Basilide et Martial, qui avaient été déposés. Mais Basilide était parti pour Rome et avait obtenu du pape Etienne, pour lui et sans doute aussi pour Martial, une sentence de rétablissement. Le concile d'Afrique, saisi de l'affaire, la trancha en sens opposé, confirmant la déposition de Basilide et de Martial, et l'élection de Sabinus et de Félix. « Il ne nous est guère possible de décider qui avait tort ou raison », écrit M*"" Duchesne. Nous n'avons aucun document romain sur cette affaire, et seulement la lettre synodale des trente-sept évêques africains notifiant leur jugement aux fidèles des deux églises espagnoles.

Était-ce pourtant et proprement un jugement? Cyprien n'avait-il pas fait valoir auprès du pape Cornélius, à propos de Felicissimus, que les causes de cet ordre doivent être instruites sur place, afin que l'on puisse produire les témoins? Les deux églises espagnoles ont écrit à Carthage en faveur de Félix et de Sabinus ; ces deux évêques ont joint leur témoignage à celui de leurs deux églises ; l'évêque de Saragosse, « fidei cultor ac defensor veritatis », a écrit dans le même sens ^ On demande au concile de Carthage, moins de juger, que de prendre acte du jugement prononcé en Espagne, et de reconnaître les deux évêques que, en Espagne, on tient pour légitimes.

L'intérêt exceptionnel du cas réside en ceci que,

t. Bpistul. Lxvu, 6.

Rome s'étant prononcée en sens contraire, on peut supposer que les deux églises espagnoles prenaient de bonne foi la catholicité pour juge, à commencer par Carthage et le concile d'Afrique.

A Carthage, on s'y prêtait avec une égale bonne foi. Cyprien, en effet, prit parti pour Félix et Sabinus, parce que il tenait pour établi que Basilide et Martial avaient été convaincus de gravia delicta, et que, par suite, on pouvait bien les admettre à la pénitence, mais non les maintenir ou les réintégrer dans l'ordre sacerdotal, cela en vertu des décisions prises naguère par l'épiscopat universel et par le pape Cornélius : «... cum iam pridem nobiscum, et cum omnibus omnino episcopis in toto mundo constitutisy etiam Cornélius collega noster, sacerdos pacificus ac iustus etmartyrio quoque dignatione Domini honoratusy decreiferit * ». Le décret de l'épiscopat universel devait être observé. Mais, dirons-nous, il n'est pas vraisemblable que Rome pensât à violer cette loi si sage et si récente : Rome donc avait pu avoir des raisons de penser que Basilide et Martial étaient innocents des crimes dont on les chargeait. Cyprien savait par sa propre expérience que les intrigues et les factions locales n'épargnent pas l'épiscopat. Mais non, Basilide était allé à Rome plaider son innocence et avait bel et bien trompé le pape Etienne : « Romam pergens, écrit Cyprien, Stephanum collegam nostrum longe positum et gestae rei ac veritatis ignarum fefellit ^ » . Rome était trop loin, dit Cyprien : l'épiscopat universel était-il donc plus près? dirons-nous.

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