Philosophoum. ix
3. Sur la façon dont, pour cette raison, les Donatistes tiraient à eux Cyprien, voyez Monceaux, t. II, p. 363.
4. Epistul. Lxviii, t. Cet incident doit dater du début de 235.
Cyprien dut éprouver quelque déconvenue en apprenant la conduite de l'évêque d'Arles. Quel démenti à sa théorie de l'entente cordiale de l'épiscopat universel! Que de faux évêques fussent installés à Carthage ou à Rome, la théorie ecclésiastique de Cyprien n'en souffrait pas : mais qu'un évêque légitime, comme Marcianus, et d'une grande église, comme Arles, tentât de se soustraire à une discipline instituée depuis quatre ans à peine par l'épiscopat universel, qu'il osât insulter au collège des évêques, n'était-ce pas l'indice que l'unité des unités telle que l'avait décrite Cyprien était plus précaiïe qu'il ne l'avait cru?
Cyprien, sïl avait été fidèle à la doctrine de sa lettre aux espagnols, aurait dû écrire à \d.plebs d'Arles, pour l'inviter à se séparer d'un évêque aussi hérétique que Marcianus. Il n'en fit rien. Comme sa théorie impliquait encore que le concile provincial jugeait des causes de la province souverainement, il aurait dû écrire à l'évêque de Lyon et à ses coepiscopi d'exoommunier Marcianus et de lui donner un successeur. Il n'en fit rien. La démarche à laquelle il se résolut fut bien celle que les principes posés par lui annonçaient le moins : il écrivit au pape Etienne, en lui demandant d'intervenir auprès des évêques de Gaule.
Facere te oportet plenissimas litteras ^ ad coepiscopos nostros in Gallia constitutos, ne ultra Marcianum pervicacem et superbum et divinae pietatis ac fraternae salutis inimicum*, collegio nostro insultare patiantur... Quam
1. Par • plenissimas litteras •, entendez une lettre développée et forte. Terme littéraire.
2. Par < salutis inimicam > entendez le rigorisme de Marcianus refusant de réconcilier les <ap<i. Cyprien {ibid. 3) parle des chrétiens que Marcianus a laissés mourir annis istia tuperioribus sans vouloir
vanum est, frater carissime, ut Novatiano nuper retuso et refutato et per totum orbem a sacerdotibus Dei abstento, nunc adulatores adhuc nobis patiamur inludere, et de maiestate ac dignitate Ecclesiae iudicare *.
Dirigantur in provinciam et ad plebem Arelate consifî>tentem a te litterae quibus abstento Marciano alius in loco eius substituatur*.
Significa plane nobis quis in locum Marciani Arelate fuerit substitutus, ut soiamus ad quem fratres nostros dirigera et oui scribere debeamus 3.
Dans le corps de la lettre, Cyprien énumère les raisons qui doivent porter Etienne à intervenir : on doit secourir les âmes que Marcianus abandonne et desespère par son rigorisme ; on doit maintenir la discipline sanctionnée par le pape Cornélius et par son successeur Lucius ; Etienne y est obligé plus qu'aucun autre évêque, puisqu'il est leur successeur. Après de si bonnes raisons, mais si générales, pourquoi Cyprien en personne n'intervient-il pas à Arles? Pourquoi mettre en mouvement l'évêque de Rome
les réconcilier. Marcianus était donc évêque d'Arles au moins dès 230. Cette induction contredit l'assertion de Grégoire de Tours amenant s.iint Trophime de Rome à Arles précisément en 250. 4. Id. 2.
2. Jd. 3. Benson suppose que cyprien demande à Etienne d'écrire, d'une part, aux évoques de Gaule, et, d'autre part, à la plebs d'Arles : les cvéqucs excommunieront Marcianus, tel est l'objet de la lettre que leur aura écrite Etienne, etl&plebs dontl'ovéque aura été excommunié, lui donnera un successeur. Benson, p. 318. Mais il n'est pas nécessaire de diviser l'action :1e pape écrira « in provinciam et ad plebem Arelale consistentem ». La seule question délicate est de savoir qui prononce l'excommunication de Marcianus. Nul doute que ce ne soit Rame. La sentence une fois prononcée à Rome, sera exécutée par lesévèques de Gaule etlaplebs d'Arles, qui donnerontun évêque à Arles, le siège étant tenu pour vacant. Cyprien écrit: « ... litterae quibus abstento Marciano alius in loco eius substituatur ». M. Harnack (Dogmeng. t. I, p. 433) admet que l'évêque de Rome a sur l'évêque d'Arles un pouvoir que les évéques de Gaule n'ont pas. M. Sohm {Kirchenrecht, p. 391) est du même avis. Autant Ritschl {Cyprian, p. 228).
3. Id. Ces deriMcrs mois cionnent à entendre que l'affaire de Marcianus sera bel et bien tranchée à Rome.
seuî ? La conduite de l'évêque de Carthagc, en cette affaire, est en contradiction avec ses déclarations antérieures.
N'est-ce pas l'indice que l'évêque de Carthagc, et le concile d'Afrique sous son influence, innovait précisément dans ces déclarations antérieures? Félicissimus de Carthage, quand il saisissait l'église romaine du grief de son parti contre la légitimité de l'élection de Cyprien ; Basilide, quand il en appelait à cette même église romaine, de la sentence qui l'avait déposé du siège de Léon, et déposé Martial du siège de Merida ; attestent que, soit en Afrique, soit en Espagne, on tenait compte du fait romain traditionnel, et qu'on estimait légitime d'invoquer la justice de Yecclesia principalisy en matière de déposi-lions d'évêques. L'évêque de Lyon et les autres évêques de Gaule se sont adressés à l'église romaine pour réduire, ou, au besoin, déposer l'évêque d'Arles,
— nous le savons par la lettre de Cyprien à Etienne,
— et Cyprien, par cette même lettre, appuie la démarche de l'épiscopat de Gaule auprès d'Etienne. L'évêque de Lyon est dans la tradition de saint Irénée, dont deux générations à peine le séparent : ce que nous oserions appeler l'ultramontanisme de Faustinus, de Basilide, et même du malheureux Félicissimus, est le catholicisme traditionnel bien plus authentiquement que le provincialisme inquiet et inconséquent des africains.
Le gallicanisme et le donatisme, ces deux graves erreurs sur la constitution du. catholicisme, se débattaient donc confusément dans ces démêlés : une dernière affaire va étendre la controverse à toute l'Eglise et Rome va parler. L'histoire ancienne de l'ecclésiolo gie touche à son point culminant.
Cyprien s'est fait interroger par un laïque de qualité, Magnus, auquel il répond par une épître, qui est moins une épître qu'un traité sur le cas que voici : — les hérétiques, qui ont reçu le baptême de la main des hérétiques, doivent-ils, quand ils rentrent dans l'Eglise catholique, être baptisés, non qu'il s'agisse de rebaptiser, mais pour cette raison que le baptême donné par les hérétiques, nommément par les Novatiens, est un bain profane, et que l'Église seule dispense le baptême valide? — Cyprien répond : Les hérétiques et les schismatiques n'ont, en fait de baptême, ni pouvoir, ni droite
Il s'en fallait que la question fût entière. La répudiation totale du baptême hérétique, nous le verrons, avait été prononcée par le concile d'Afrique une trentaine d'années plus tôt. En Asie Mineure, divers conciles, vers le même temps, s'étaient prononcés dans le même sens. Autant à Antioche et dans la
1. Epistul. Lxix, i : < ... an interceteros haereticos eos quoque qui a Novatiano veniunl postprofanum eius lavacrum baptizari et sauctificari in ecclesia catliolica legitiino et vero et unico ecclesiae baptisrao oporteat. De qua re... dicimus omnes omnino liaereticos et schismaticos niliil liabere potestatis ac iuris. » Cette lettre peut dater des premiers mois do 253. Voyez A. d'Alès, La question baptismale au temps de saint Cyprien, tiré à part de la Revue des q. hist. Avril
Syrie du Nord. Mais à Alexandrie, en Palestine, à Rome enfin, on admettait que le baptême proprement dit n'était pas réitérable, — cet article de foi était indiscuté, — seule la collation du saint Esprit par l'imposition des mains des hérétiques étant nulle, elle devait être réitérée par l'évêque sur l'hérétique qui demandait à entrer dans l'Église Catholique ' .
Pour que Cyprien se fût fait interroger par Magnus, il fallait que cette dissension de Rome et de Carthage, sur un article qui touchait à une condition du salut, fût un sujet de scrupule pour bien des fidèles. De là le soin que met l'évêque de Carthage à éclairer Magnus. Il énumère les raisons scripturaires qui justifient l'usage africain. Le texte le plus fort est sans doute celui où le Christ dit : Si ecclesiam contempserit sit tibi tanquam ethnicus et publicanus (Mat. XVIII, 17). On conclura de ce texte que les hérétiques et les schismatiques doivent être considérés comme des païens et des publicains, eux qui, en révolte contre l'Église, dressent de faux autels, instituent d'illégitimes évêques, offrent des sacrifices sacrilèges, mentent sur tout ce qu'ils promettent^.
Cyprien ne s'est pas laissé enfermer dans la casuistique de la question posée : il a immédiatement vu l'ampleur du débat qui s'ouvre. Tandis que, dans le De unitate, il le restreignait systématiquement, ne voulant envisager que l'unité en chaque église, ici, au contraire, il ne pense plus qu'à l'Église universelle.
Il n'y a qu'une Église, en effet, et de cette Église
1. DicHKSNE, t. I, p. 42-2-4â3. Saltkt, Le» réordinations (Paris 1907), p. 11-li.