‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 2 sur 216 · X IMUODUCTION POUR LA CINQUIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

X IMUODUCTION POUR LA CINQUIÈME ÉDITION

On n'aborde pas ces deux siècles d'histoire primitive sans s'épouvanter un peu, caries textes, si abondants soient- ils, représentent peu de chose de la vie chrétienne primitive, si variée, si complexe, ^profonde! Quelle lumière nous manquerait si, par exemple, les épîtres de saint Ignace et les apologies de saint Justin ne s'étaient pas conservées! Quelle lumière nous aurions peut-être si nous avions encore le De ecclesia de Méliton ou les Mémorables d'Hégésippe ! La découverte de la Didachè a été une révélation et a forcé de corriger bien des calculs. Autant les Odes de Salomon. La conservation des textes est un accident, tout comme leur perte. Voilà pourquoi l'histoire, pour des siècles pauvrement documentés, est une approximation révisable, à la réserve cependant de certains faits établis en pleine lumière, ou de grands traits induits de séries d'observations concordantes. Or telle est la condition de l'ecclésiologie.

Son histoire aux deux premiers siècles est faite de quelques traits, qui, fortement appuyés dès le début, vont en acquérant à chaque génération un relief plus vigoureux et plus expressif. La chrétienté, dès les apôtres, apparaît ainsi comme une religion communautaire, une fraternité, essaimant sur toute la terre sans se détendre, se formant partout en petites chrétientés pareilles, coopérantes, ayant même foi, même culte, mêmes autorités. Ce phénomène, dont la constance ne nous surprendrait pas par exemple dans le Mithraïsme, nous surprend dans le Christianisme, si peu nous sommes accoutumés à considérer le Christianisme sous ce jour. Nulle définition ne vaut celle que donne TertuUien : « Corpus sunius de conscientia religionis et disciplinae unitate et spei foedere », en entendant que toute la chrétienté est cette association

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OU corpusy et qu'en chaque chrétienté particulière U y a identité de discipline et de foi. Or cela est empiriquement le catholicisme. Et ce qui est vrai de la chrétienté contemporaine de Tertullien, est vrai de la chrétienté contemporaine de saint Clément, et aussi bien de la première génération chrétienne. La chrétienté est née catholique, y ayant identité de structure entre la chrétienté apostolique et la chrétienté des environs de l'an 200.

Qu'il y ait eu, entre les premiers jours et l'an 200 ou l'an 250, deséléments qui se sont développés, qu'il y ait eu aussi, si l'on peut parler en ligure, des tassements, qui le niera? Saint Thomas d'Aquin énonce à plusieurs reprises que les ordres mineurs étaient implicites dans le diaconat, ils en ont été détaches à leur heure, qui fut relativement tardive : d'autre part, les charismes ont disparu à leur heure aussi, la prophétie a été réglée avec un religieux souci du discernement des esprits qui l'inspiraient, et de manière à préserver le dépôt de la foi révélée, lequel après les apôtres ne devait s'ouvrir à aucun acquêt, et dont la garde était de droit divin confiée aux évoques successeurs des apôtres. Des hérésies naissaient, on les connaît par leurs noms et par leurs doctrines spécitiques : mais l'Église était ainsi formée qae ces hérésies se différenciaient d'elle en naissant, ne naissaient que pour se détacher d'elle, n'avaient d'autre action sur elle que de lui donner l'occasion de se définir plus fermement, plus clairement. Édifiée par les apôtres, l'Église ne voulait savoir que ce qu'elle tenait des apôtres : elle n'était pas une coulée amorphe, un mouvement spirituel créant en se fixant des institutions et des dogmes en fonction de la civilisation qu'il traversait, une capacité de syncrétisme illimité ;

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elle était un évangile, un apostolat, une tradition, un culte, une société hiérarchisée, une église d'églises, une unité gardée par l'unité de la cathedra Pétri, elle était consciente d'être tout cela : loin d'être une évolution automatique, elle était dès le premier jour une conservation vivante et assistée par l'Esprit de Dieu du don fait par Dieu aux hommes dans rincarnation. Elle n'est pas autre chose aujourd'hui encore.

En parlant ainsi, je vais aux conclusions doctrinales par lesquelles se prolongent les grandes lignes de mon livre, mais ces conclusions sont des conclusions, et mon enquête reste une enquête, dont personne n'a pu nier le caractère méthodiquement historique.

Dans la Theologische Literaturzeitung du 16 janvier 1909, M. Harnack a donné de VÉglise naissante un compte rendu que je crois devoir reproduire ici presque intégralement. Je ne pouvais souhaiter voir mon essai pris en considération plus attentive et plus favorable par le plus illustre historien protestant de l'heure présente.

f ... L'auteur, écrit M. Harnack, a rendu à son Église... un service de tout point signalé, car on ne saurait entreprendre avec plus de compétence la preuve de l'identité originelle du christianisme, du catholicisme et dé la primauté romaine. Ce n'est pas à l'aide d'une spéculation méta-historique et qui ne s'inquiète pas de la chronologie ies phénomènes que le livre établit cette identité. L'auteur reste sur le terrain des faits et de leurs suites, et cherche à fournir une démonstration vraiment historique.

« Que Romain égale Catholique, je l'ai déjà exposé, en qualité d'historien protestant, il 7 a vingt-deux ans, dans

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mon Manuel d'histoire des dogmes, mais avec certaines réserves que l'auteur, naturellement, s'efforce d'écarter dans la plupart des cas. Que, dans l'histoire du développement du christianisme, il faille reporter l'élément catholique à une date plus ancienne que l'histoire protestante ne l'admettait d'ordinaire, c'est ce que j'avais essayé de prouver dans cet ouvrage. Depuis lors, cette thèse a été accentuée encore davantage (par exemple dans le travail bien connu de Wernle); et des historiens protestants de l'Eglise ne seront plus choqués de cette proposition, à savoir que des éléments capitaux du catholicisme remontent jusqu'à l'âge apostolique, et ne se rencontrent pas seulement à la périphérie. Ainsi parait se fermer l'anneau, et la conception que les catholiques se font de cette histoire triomphe, sans qu'il leur en ait coûté une peine spéciale. < La fortune leur vient en dormant. »

c Pourtant il s'en faut de beaucoup, il s'en faut du tout au tout, qu'ils puissent ici chanter victoire.

< Car, premièrement, le fossé qui sépare Jésus et les apôtres n'a pas été franchi et ne saurait l'être. Deuxièmement, il en faut dire autant des apôtres par rapport aux mouvements qui se dessinaient ou s'achevaient sous leurs yeux. Troisièmement, la valeur, le champ d'action et la hiérarchie des facteurs qui agirent au sein du complexe organisme de la pensée chrétienne et des formes de la vie ecclésiastique, se sont modifiés continuellement jusqu'au milieu du troisième siècle et en ont déplacé la note dominante. Et quatrièmement, enfin, il y a un élément anormal qui agissait au début et disparut ensuite : c'est celui de la dépendance immédiate par rapport au Divin (xveOfia), et la liberté individuelle qui en résultait. A la suite de cela, l'Église, aux environs de 30, 60, 90, 130, 160 et 190, en dépit de sa continuité, n'a cessé de subir des altérations essentielles.

« Mais les faits rappelés en 3* et 4* lieu sont de telle nature qu'on peut les ignorer sans être taxé d'ignorance, au sens ordinaire du mot. Ce sont des impondérables que l'on ne saurait rapporter à des sources particulières.

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