XIV INTRODUCTION POUR LA CINQUIEME EDITION
Quant au fossé qui sépare les apôtres de tout ce qui s'est manifesté de leur temps dans l'Église, on peut le combler en invoquant leur autorité qui s'étendait sur tout ; et quant à ce qui a trait à la conformité entre Jésus et les apôtres le vieil arsenal de l'exégèse suffit toujours en apparence. Par conséquent il est possible d'établir avec d'impressionnantes preuves que la conception catholique de l'Église naissante est historiquement la vraie, c'est-à-dire que christianisme, catholicisme et romanisme forment une identité historique parfaite. C'est ce qu'a fait Batiffol, en profitant de tout le travail des protestants dans ce sens, et cela avec la solide compétence qu'on lui connaît et qui le distingue, dans un exposé calme et scientifique. < Dans cet exposé, il y a peu d'inexactitudes au sens fâcheux du mot, excepté pour ce qu'il dit de Jésus. Mais en traçant la ligne du développement historique, il a, à chaque étape, négligé les petites déviations dont l'ensemble entraîne des changements de direction de la plus notable importance. Au lieu d'une courbe, nous avons ainsi une ligne droite, que l'on pourrait, avec cette méthode, prolonger sans peine jusqu'au catholicisme du Syllabus et de l'Encyclique de 1907. Aux expressions triomphantes de l'Introduction proclamant que le catholicisme est encore aujourd'hui ce qu'il était au premier siècle, et que le protestantisme, au contraire, * peut bien prétendre à être une idéologie moderne, mais qu'il n'a en son essence rien de commun avec l'Eglise naissante >, on peut opposer le jugement historique suivant : Le catholicisme de l'an 250,'( pour ne rien dire de celui de 1908, possède, en commun avec le christianisme primitif, une série d'éléments qui font tous défaut au protestantisme. Mais ces éléments ont acquis peu à peu, dans le catholicisme, une valeur, un champ d'action, une proportion, tout différents de ceux qu'ils avaient au début. Et ils ont changé l'essence de la piété et la vie de la religion, à un tel point que le catholicisme romain peut bien prétendre à être un État antique avec une idéologie antique, mais il y a en son essence peu de commun avec la religion chrétienne naissante.