Pont. Vila Cypriam% iéi
une controverse, qui devait attendre bien longtemps encore avant d'être solutionnée en tous les problèmes qu'elle posait, puisque, en définitive, elle n'a trouvé son terme qu'au concile de Trente et au concile du Vatican.
La controverse baptismale, en effet, avait soulevé la discussion de principes qui appartiennent à la structure même de l'Église.
En première ligne, le principe de la validité des sacrements. Hors de l'Église pas de sacrements, dit Cyprien. A Rome, au contraire, on tient que hors de l'Église on peut trouver le baptême, parce que la grâce du baptême tient au rite selon lequel on l'administre : si donc des hérétiques ou des schismatiques administrent dans les formes ecclésiastiques, ils administrent validement. La doctrine de Cyprien, fondée sur la raison théologique, est une déduction de l'axiome : Hors de l'Église pas de saint Esprit. La doctrine du pape Etienne ne nie pas cet axiome, elle le coordonne à la foi, traditionnelle aussi, qui croit à l'efficacité ex opère operato du rite baptismal. Nous ne dirons pas que l'ancienneté des deux doctrines est approximativement la même, puisque tout converge à établir la priorité de la doctrine romaine, en même temps que son mieux fondé * .
1. D'Alès, p. 42-44. Cyprien se rendait compte qu'il a'avait que des raisons théologiques à opposer à la tradilioil dont se réclamait le pape Etienne. Voyez ses déclarations sur la raison opposée à la coutume iJSpittul. Lxxi, 3) et sur le devoir d'apprendre (lxxiv, 10) : « Oportet
En seconde ligne, le principe de la perpétuité du pouvoir d'ordre. Rome ne s'est prononcée que sur la question de la validité du baptême des hérétiques et n'a pas touché à la question de savoir si le pouvoir d'ordre subsiste chez les hérétiques. Mais Cyprien tranche hardiment cette deuxième question dans le sens de la négative. Ici encore, la doctrine de Cyprien est une déduction de l'axiome : Hors de l'Eglise pas de saint Esprit. Donc, conclut-il, ni sacerdoce, ni sacrifice, ni eucharistie. Un logicien conclura : le pouvoir d'ordre est donc amissible : un évéque, légitimement revêtu de l'épiscopat, en perd le pouvoir d'ordre le jour où il devient schismatique, ou hérétique, ajoutons pécheur public, ajoutons simplement pécheur. Nous avons glissé au Donatisme, au Wiklefisme, au Puritanisme. Rome n'aura pas de peine à se défendre contre ces erreurs, que condamme en principe Ba doctrine baptismale.
L'axiome : Hors de l'Église pas de saint Esprit, est donc limité, comme est limité l'axiome formulé par Cyprien : « Salus extra Ecclesiam non est ^ . » Mais Etienne professe comme Cyprien que l'Église seule peut donner le saint Esprit. Voilà pourquoi à Rome on fait réitérer par l'évêque l'imposition des mains ad accipiendum Spiritum sanctum.
Troisième principe : l'Église catholique est une. Comment M. Harnack peut-il dire que la « confédération des églises » a attendu Constantin et le régime constantinien pour être pleinement réalisée et n'a pas été formulée avant le iv"" siècle ? que l'idée
episcopos non tantum docere, sed et discere, quia erille melius docet qui cotidie crescit et proficit discendo meliora. » Tout cela singolièrement hardi, et dans la manière de Tertullien montaniste. 1. Epittul. Lxxiii, 31.
d'une Eglise unique et exclusive, embrassant tous les fidèles et fondée sur les évêques, n'est encore au temps de Cyprien qu'une pure théorie, contredite d'ailleurs parles événements^? Car, enfin, loin que Cyprien devance son temps quand il exprime l'idée de l'unité catholique avec l'insistance et l'éloquence qu'il y met, quels échos profonds sa doctrine de l'unité catholique « empirique » trouve partout ! C'est Firmilien, au nom de toutes les églises d'Asie Mineure, et au delà, qui de Césarée de Cappadoce fait écho à l'évêque de Carthage^. C'est Denys d'Alexandrie qui le porte à Rome, avec un accent de discrète remontrance, comme si Rome avait risqué d'ébranler cette unité que tous conspirent à affermir.
« Sache donc, écrit-il au pape Etienne, que l'union est parfaite, après avoir été un instant compromise ^, entre toutes les églises d'Orient et au delà. Tous les fidèles sont unanimes. Les évêques, partout, se réjouissent de tout cœur de la paix inopinément recouvrée "*, Démétrien à Antioche, Théoctiste à Césarée, Mazabbanès à Aelia, Marinos à Tyr, Héliodore à Laodicée, Hélénos à Tarse et toutes les églises de Cilicie, Firmilien et toute la Cappadoce..., les Syries tout entières et l'Arabie, auxquelles [de Rome] vous portez quotidiennement secours et auxquelles vous venez d'en envoyer, la Mésopotamie, le Pont, la Bithynie, tous pour tout dire et partout se réjouissent dans l'unanimité et la fraternité et bénissent Dieu '. » Remar-