SuBTON. NerOfit
l'égluk naissante* s
Nous pouvons conclure.
Les événements de l'an 64 témoignent que, à cette date, le christianisme est, de notoriété publique, distinct du judaïsme, et que non seulement il n'est plus protégé par ïes lois protectrices du judaïsme, — « sub umbraculo insignissimae religionis, certe Ucitae * », — mais qu'il est frappé d'une prohibition légale prononcée directement contre lui et dont Néron est l'auteur. Cette législation prohibitive est comme l'état civil du christianisme .
i. TsRTUix. Apologet. «1.
Par le fait que, au cours de la première génération chrétienne, il s'est mis hors du judaïsme, le christianisme ne peut compter sur Tunité de race pour fonder sa propre unité, pas plus qu'il ne peut la fonder sur l'observance de la Loi qu'il tient pour abolie. Va-t-il donc être un nombre incertain, une clientèle dispersée et sans lien comme l'est le prosélytisme des pr-osélytes « craignant Dieu » ? Mais il n'aurait été, à ce compte, qu'une poussière, aussi incapable de perpétuité que les propagandistes, qui, h la façon des cyniques, pullulaient dans toutes les cités grecques ou à Rome ^ .
Le résultat n'eût pas été différent, si le christianisme de la première génération avait été un mouvement « spirituel » analogue à ce que sera un jour le Montanisme.
Qu'il y ait eu dans les premières communautés chrétiennes une exceptionnelle effusion de « charismes » {le mot est de saint Paul), charismes de poussée tantôt surnaturelle, tantôt paraissant telle, c'est ce qui est bien connu. On les rencontre à maintes
1. Vojei Omgkn. Contra CtUum, m, 80, où Celse et Origëne sont d'acoord pour signaler ces propagandistes qu'on rencontre à tous les carrefour». Stit la propagande philosophique populaire, Wf.ndla.wd, p. 39 et aniv.
pages des Actes : l'Esprit donne des ordres; l'Esprit prophétise l'avenir; l'Esprit se manifeste en visions, en songes, en extases, en prières, en chants; l'Esprit se répand en dons étranges, parfois désordonnés et inexplicables, comme le don des langues. L'auteur de l'épître aux Hébreux se représentait rétrospectivement la première prédication du christianisme comme fondée sur le témoignage de ceux qui avaient entendu le Seigneur, mais aussi sur la collaboration de a Dieu confirmant leur témoignage par des signes, des prodiges, et toutes sortes de miracles, ainsi que par les dons du saint Esprit, répartis selon sa volonté ^ ».
Le fait est cependant indubitable que le christianisme était ainsi constitué qu'il réagissait de lui-même contre l'entraînement de ces charismes ^ . Saint Paul, dont on ne peut douter certes qu'il crût à la coopération de l'Esprit à son apostolat et qu'il crût à une réelle action de l'Esprit dans les charismes, ne tient pas ces manifestations de l'Esprit pour souveraines et indiscutables : il les tient, au contraire, pour subordonnées à deux principes, d'abord la foi reçue et authentique, ensuite l'édification commune. « Quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous
1. Heb. Il, 3-4. Sur les charismes de l'âge apostolique en général, oa lira F. Prat, Théologie de saint Paul, t. I (Paris 1908), p. 48«-t84. Sur la distinction historique du charisoie et du ministère, au premier siècle, H. Brdoers, Die Verfaasung der Kirc/ie bis zum Jahre 175 n. Chr. (Mainz 1904), p. 63-103.
3. Voyezdanscesens H. Gukkel, Die Wirkung«ndes heiligen Gei$tet (Gftttingen 1899), p. 66-71, et Harnack, Miuion, t. I, p. 172-178. — Le charisme qui, dans les deux premières géDérationg chrétiennei, a ua rôle prépondérant, eat le charisme des prophètes. Hais plus on grandit ce rôle, plus manifeste apparaît l'autorité qui le règle et devant laquelle il s'efiface.
avons annoncé, qu'il soit anathème » {Gai. i, 8)*. « Je vous déclare que nul, s'il parle par l'Esprit de Dieu, ne dit : Jésus est anathème » (/ Cor. xii, 3). Toute l'instruction de saint Paul aux Corinthiens sur les dons de l'Esprit et leur usage, serait ici à rappeler (7 Cor. XII, 1-xiv, 40). Il exhorte les chrétiens de Corinthe à aspirer aux charismes, dons de l'Esprit, « surtout à celui de prophétie ». Il appréhende l'allure désordonnée et les formes inintelligibles de la glossolalie ou don des langues. Le prophète parle aux hommes, est compris d'eux, les édifie, les encourage, les console, tandis que personne ne comprend le fidèle qui parle en langues. Le bon sens de l'apôtre ne s'accommode pas de ces stériles manifestations :
/ Cor. xrv. • Voyoru, frères, de quelle utilité vous serais je, si Je venais à vous, parlant en langues, et si je ne vous parle pas par révélation, ou par science, ou par prophétie, ou par doctrine?'' Si les objets inanimés qui rendent un son, comme une flûte ou une harpe, ne rendent pas de sons distincts, comment connaitra-t-on ce qui est Joué iur la flûte ou sur la harpe ?^ Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat? ...<o Quelque nombreuses que puissent être dans le monde les diverses langues, il n'en est aucune qui consiste en sons inintelligibles... ** Si je prie en langues, mon esprit est en prière, mais mon intelligence
1. T.e mot àvaOTjua signifie dans le grec classique offrande dédiée à uu dieu, à un temple. Puis, et il s'écrivit à\iQt\i.i, il a signifié dans le grec conimaD, dans la langue des inscriptions notamment, ce qui est voué aux dieux infernaux, maudit par conséquent. Les Septante s'en servent pour traduire l'hébreu ^erem, ce qui est maudit et condamné à être retranché ou exterminé. Le mot anathème s'est ainsi fixé dans son sens historique de maudit, rejeté, voué à la destruction.
demeure sans fruit... *^ Je rends grâce à Dieu de ce que je parle en langues plus que tous tous;... ^' mais, dans Véglise,fdime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence^ afin d'instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langues... ^^ Si donc, l'église entière se trouvant réunie en assemblée, tous partent en langues, et qu'il survienne des hommes non initiés ou dès infi,dêles, ne diront-ils pas qUe vùus êtes des fous?... 2« Que faire donc, mes frétée? Lorsque vous vous assefnblez, tel d'entre vous a un cantique, tel une instruction, tel une révélation^ tel un discours en langues, tel une interprétation ^ que tout se passe de manière à édifier i..^"^ Si quelqu'un croit être prophète ou riche en dons spirituels, qu'il reconnaisse que les choses que je vous ai écrites sont des commandements du Seigneur.
En face des élans et des effusions de l'Esprit, s'affirme le droit d'une autorité qui sauvegarde l'ordre et la foi reçue, les commandements du Seigneur, l'enseignement de l'apôtre, l'édification de l'Église : « Dieu n'est pas un Dieu de désordre. » On n'a pas attendu l'apparition du Montanisme pour l'affirmer efficacement.
Pas plus qu'il n'est uniquement la religion des voies extraordinaires, le christianisme n'est uniquement la religion de la charité. On a raison d'attacher une grande valeur à la solidarité sociale que le christianisme créa entre ses membres. L'amour et l'aide que tout Juif était assuré de trouver en chaque juiverie, le christianisme l'assura à tout chrétien. Peu de paroles évangéliques ont trouvé plus d'écho dans l'âme chrétienne tjlié le lôgiûii : << J'ai ëU faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à
boire; j'étais étranger et vous m'avez recueilli ; du et vous m'avez vêtu ; malade et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » {Mat. xxv, 35-36). Rien, dans le christianisme, n'a plus frappé les païens que l'amour des chrétiens les uns pour les autres. Et on a dit justement que la tendance à l'association n'a pas été dans l'histoire du christianisme un phénomène fortuit, mais un élément essentiel, car le christianisme a dès la première heure été une fraternité ^ .
Il a hérité du judaïsme l'estime religieuse de l'aumône. L'histoire de Tabitha, au livre des Actes (ix, 36-43), semble être une réplique chrétienne de l'his toire de Tobie et un commentaire de la parole : Eleemosyna a morte libérât {Tob. iv, 11 et xu, 9). Il n'y a pas ombre de communisme dans cet esprit d'aumône, puisqu'il est souhaitable que chacun ait de quoi donner, pour le mérite et le bénéfice spirituel et le bonheur de donner {Act. xx, 33-35).
L'aumône, qui a pour loi de s'exercer avant tout envers les chrétiens {Gai. vi, 10), revêt deux formes: l'hospitalité (<^<tXo5evia), qui consiste à accueillir le frère qui passe , puis la largesse à donner et à se cotiser pour donner (xoivwvt'a). Par une organisation régulière de l'aumône on subvient aux besoins des membres indigents de la communauté locale, aux besoins des missionnaires et aux frais de la propagande, aux besoins de communautés lointaines éprouvées. Chaque communauté chrétienne paraît avoir une caisse commune, où chaque fidèle apporte chaque
1. / Thesa. IV, 9-40; Rom. xu, 4(MS. — Le eomniunitmt primitif des chrétiens, sur lequel on a tant écrit, ■'« jamais existé dans les communautéB de la getuilité, ni même dans les communautés chrétiennes juives : i'aumÔDe resta toujours libre et ]m propriété individuelle. Harnacx, Mission, t. I, p. 43t. Ë. Von DosscHiiTz, Problème des Apostoliiclien Zeitallers (Leipzig 1904), p. 39.
dimanche l'offrande qu'il peut faire (/ Cor. xvi, 1-2). Une communauté comme celle de Philippes, en Macédoine, est en situation d'ouvrir à saint Paul, alors à Rome, une sorte de compte courant auquel il peut recourir pour subvenir à ses besoins [Phili. iv, 15-16). Tel est le devoir des communautés riches : « Soyez, écrit saint Paul aux Romains, assixlus à la prière, prêts à snbyenir aux nécessités des saints, empressés à donner l'hospitalité » ^ . Les chrétiens qui sont à Jérusalem et dont la misère est grande, sont secourus par des collectes volontaires faites à leur intention dans toutes les communautés riches de la gentilité».
De communauté à communauté il y a un constant échange d'hôtes, de missionnaires, de secours, comme aussi bien de conseils, d'édification, de contrôle affectueux. Se référant aux données fournies parles épîtres ignatiennes, M. Harnack.peut écrire ces lignes qui sont aussi vraies du christianisme dés épîtres paulines : « Quelle continuité de relations réciproques entre les communautés, quelle âme commune, et quelle soUicitude fraternelle! Les secours mutuels en argent passent au second plan et s'effacent devant les tfémoignages de la solidarité personnelle qui attache les communautés entières les unes aux autres,.., qui les fait se consoler l'une l'autre, et s'aider, et partager soit leurs douleurs, soit leurs joies. Un monde se révèle de solidarité et d'amour mutuel '. "