Rom. XII, 13. Cf. Heb. xin, 2-3, 46; / Pet. it
ï. Rom. XV, 25-28; // Cor. viu, 1-ix, <5; Qal. ii, 10; A«t. xi. ■il- 30. À Jérusalem, la richesse était aux mains des Sadducéeos, et I christiaaisme se recrutait dans la classe la plus pauvre.
.1. Hahnacr, Mission, t. I, p. 165. Il faut lire tout ce beau chapitre consacré à « l'Évangile de l'amour et de l'assistance » (p. 127-172), un des pins complets et des plus solides d'une œuvre qui présente plus d'un paradoxe et de bien surprenantes lacunes.
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Assurément, le christianisme naissant a été cela, et par là il a dû conquérir bien des âmes : mais les chrétiens sont frères en vertu de leur foi et il n'y a de fraternité que dans la communion à la même foi : cette fraternité est donc une application, non un principe. Et aussi bien personne ne proposerait de fair<î du seul altruisme le principe générateur de la religion nouvelle et de son unité.
Faut-il le chercher dans l'organisation communautaire que le christianisme a sûrement revêtue dès l'origine? La séduction a été très forte pour les historiens, à mesure que l'on arrivait à mieux connaître l'organisation des collegfa païens, de faire de chaque communauté chrétienne une association constituée sur le modèle collégial * . Cette assimilation n'aiderait-elle pas à expliquer la formation du christianisme en Eglise?
Mais ce système a beaucoup perdu de son prestige, à mesure qu'on a examiné plus attentivement les choses. Il est apparu, en effet, que le christianisme était, non pas une religion de collèges, mais une religion de cités ^. Dès la première génération, partout où il s'établit, et par exemple dans une grande ville comme Antioche ou Rome, le christianisme ne constitue ni des synagogues distinctes les unes des autres, comme étaient les synagogues des Juifs de Rome, ni des collèges autonomes, comme étaient les coUegia païens. Il a pour lieux de réunion la maison
K. Hatch, The organization of the early Christian ehurehes (London 1888), p. 26 et suiv.
-2. Harnack, Mission, L n, p. S78. R. Kmopf, Ncuhapoatoliseher Zeitaller (Tûbingen ims), p. &1.
de tel ou tel chrétien. Tous les chrétiens de la ville, si grande soit-elle, forment une seule et même confraternité ou ÈxxXvjaîo, qui porte le nom même de la cité. Un culte comme celui de Mithra se développe par chapelles ou confréries, se scindant régulièrement quand le nombre des dévots du dieu augmente : la loi du christianisme, loi constante bien avant que le principe de l'épiscopat monarchique s'affirme partout en vigueur, est qu'il n'y a qu'une église par cité, et pareillement qu'aucune église dans le monde n'est isolée des autres. Le régime des collegia n'a rien à voir à ce fait.
Observons, en effet, que le christianisme s'est détaché des juiveries : or les juiveries avaient une formation communautaire sans avoir rien des collegia : elles existaient en vertu d'un régime légal autre que le régime légal des collegia*. Les communautés chrétiennes auraient dû se mettre au régime légal des collegia, il était trop tard, et cette légalisation était impossible.
La question s'est posée au sujet du régime légal de la propriété ecclésiastique au m* siècle : les églises possédaient maintenant des cimetières et des lieux de culte, propriété reconnue sûrement dès le temps d'Alexandre Sévère (222-235), peut-être même dès la fin du. ii* siècle. « Il était permis aux petites gens de se grouper en vue de se procurer une sépulture convenable ; ces associations pouvaient recueillir des cotisations mensuelles, posséder, tenir des réunions de caractère religieux ; elles étaient représentées par nnactor ou syndic, qualifié pour agir en leur nom. Les inscriptions attestent qu'elles pullulèrent dans tout
1. losBPH. Ant. XIV, 10, 8 : César interdit les collèges oo thiases, et autorise les lynagognes.
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l'empire. Pourquoi les groupes chrétiens n'auraient^ ils pas été admis à jouir de ces facilités ' ? » De Rossi a pensé expliquer, par cette adaptation du christianisme à la législation des collegia funeraticiaj la propriété ecclésiastique au m" siècle. Mais cette théorie de De Rossi n'a pas été admise, pas même pour le iii^ siècle où la législation qui réglementait les collegia était devenue plus accommodante. Comment, en effet, le christianisme, qui était une religion, se serait -il dissimulé sous la fiction de petits collèges funéraires? Qui aurait-on trompé? Comment le culte chrétien, avec ses réunions du dimanche et souvent de la semaine, anrait-il été couvert par une législation qui ne permettait aux collèges de se réunir qu'une fois le mois ? Comment le chrétien, qui était reçu à la communion dans toutes les églises, aurait-il été en règle avec une législation qui interdisait d'appartenir à plus d'un collège'* ?
La théorie est moins recevable encore pour les deux premiers siècles, car, à cette époque, la législation des collegia était d'une extrême rigueur, puisqu'elle considérait la formation d'un collegium illicitunt comme un crime', et puisque, pour être licite, un collège avait
\, DttcBKSNK, H\st. anc. 1. 1, p. S8d-3S4. Cf. P. Guuiu>« Textes de dtoit rMMatft (Pari3 1895). p 77^779.
«. Marcias. Institution, lib. III {Digest. lib. XLVII, tlt. XXII, fr. 4): < Mandatis principalibus praecipitûr praesidibus provinciaruin, ne patiantur esse collegia sodalicia, Deve milites collegia in castris habeant. Sed permittitur tenuioribus stipem menstruant confefre, dam tamen semel in meuse coeant, ne sub praetextil boiusmodi illlcituni coUegiam coeat. Quod non tantum in Urbe, sed et in Italia et in provinciis locam habere diviis quoque Severus rescripsiU Sed religionis causa coire non prohibentur, dum tamen per hoc non Dat contra senatus consoltum, quo illicita collegia arcentur. Non licet autem ampiius quam anum collegiom licitum habere, at est constitutura et a divis fratribus : et si quis in duobas fuerit, rescriptum est eli^ere eum oportere in quo magisessevelit... > 0. Lenel, Iuri$ contultorumreliquiae, t I (Leipzig 1S89), p. 194.
%. Uu>uM. De officio proconsul, lib. VI {Digest. lib. XLVII, tit. XXU,
besoin de l'autorisation souveraine de l'empereur ou du sénat ^ Jamais communauté chrétienne sollicita-t-elle pareille autorisation? L'aurait-elle pu, puisque le christianisme était exclu de la possibilité d'être autorisé comme collège par le fait qu'il était prohibé comme religion, religio illicita ?
Nous ne dirons donc pas qu'une communauté chrétienne était un collège et que la chrétienté était une fédération de collèges : le christianisme était, au sens romain, une religio. Mais il était de l'essence de cette religio d'être un lien social entre ses membres : « Corpus sumus », dira Tertullien, vers l'an 200, usant du mot corpus qui est le mot juridique pour désigner une association, « Corpus sumus de conscientia religionis, et disciplinae unitate^ et spei foedere^ . »
fr. 2) : « Quisquis illicitum collegium usurpaveril, ea poena tenetur, qua tenentur qui hominibus armatis loca publica vel templa occupasse iudicati sunt. » Lenei., t. II, p. 972.
1. GAIU8, Edictum provinciale, lib. III {Digeat. lib. III, tit. IV, fr. 1) : « Neque societas neque collegium neque haiusmodi corpus passim omnibus habere conceditur : nam et legibus et senatus consultis et principalibus constitulionibus ea res coercetur. Paucis admodum in causis concessa sunt huiusmodi corpora : ut ecce vectigalium publlcorum sociis permissum est corpus habere, vel aurifodinarum, vel argentilodinarum et salinarum. Item collegia Romae certa sunt, quorum corpus senatus consultis atque constitutionibui principalibus confirmatum est, veluti pistorum et quorundam aliorum, et naviculariorum, qui et in provinciis sunt. Quibus «utem permissum est corpus habere collegii societatis sive cuiusque alterius eorum Domine, proprium est ad exemplum rei publicae habere res communes, arcam communem et actorem sive syudicum, per quem tamquam in re publica, quod communiter agi fierique oporteat, agatur flat... . Le- NEL, t. I, p. 194. — Cf. StETON. Caes. 42 : « Cuncta collegia praeter antiquitus constituta dis{raxit. » Aug. 32 : « Collegia praeter antiqua et légitima dissolvit. .
2. Apologet. 39. Rapprocher Origen. Contra Celsum, i, 1 : Celse accuse le christianisme de former des associations secrètes et illicites : <iuv8t)xoî xpuêSifiv Ttpbç àXXVjXou; Jiotoufievtov XP'<^^'*^*^^ itapà xà vevoîxt<T(Jt£va, Sri twv «ruvOrixâiv al jjiév tlai çavepaC, ôîiai %axà v<$(iou; "^i^yoyxai, al 6è àçaveî;, ôcai irapà xà vevo{itff{iéva(TuvTeXoOvTat. Car des associations les unes sont au grand jour, celles qui se constituent conformément aux lois; los autres sont secrètes, celles qui sont contraires aux lois. Celse écrivait vers 180. Dans l'Octaviu$ de Minutius
La divine originalité du christianisme était en ceci, qu'il inaugurait dans le monde, — non pas un mouvement charismatique et prophétique, moins encore une angoisse eschatologique, — non pas une fraternité et une mutualité d'aide et d'amour au-dessus de tout exclusivisme de race, — mais, TertuUien vient de nous le dire admirablement, ime révélation religieuse, une règle des mœurs, un contrat d'espérances, tout cela indivis et vécu en commun entre les « fidèles », les « frères », les « élus », de chaque église et de toutes les églises. Pareil corpus n'avait à sa naissance aucune existence légale ; quand la loi s'occupa de lui, ce fut pour le proscrire comme un crime capital; loin de se dissoudre, il résista, et rien n'y fit. C'est le phénomène catholique, cela, et nous avons à en dégager le vrai principe.
Félix le christianisme est dénoncé par radvereaire comme une factio illieita, comme une profana coniuralio, comme une eruenda et exeeranda consemio ((klav. 8 et 9). Toujours l'idée d'association et de eonapiralion.
81 le ehristianisme s'est présenté quelquefois comme une « philosophie > et ses fidèles comme des • philosophes >, on peut dire que c'est là simplement un argument qu'ont Tait valoir les premiers apologistes, appliqués à relever la supériorité du christianisme par rapport aux religions du paganisme, et à réclamer de l'État la liberté qu'il accordait aux écoles philosophiques. Hais en soi le christianisme n'était pas assimiiat^e à une philosophie, ni ses églises à des éeoles. C'est ce que montre bien Harnàck, Mission, t. I, p. «7-218. Sur le rôle des di8daxaXoi chrétiens aux deux premiers siècles, tbid., p. 398-307. Voyez encore Harhack, Entttehung UTid Entwiekelung der Kirchenverfaisung und de» KirchenrechU (Leipzig, 1910), p. 76-79.