CHAPITRE DEUXIEME
Le mot aTtôcpToXoç appartient au grec classique où, pris substantivement, il a le sens d'envoyé, missus\ Ce mot ne se rencontre dans les Septante qu'une fois (7 Reg. XIV, 6). Au contraire, il est courant dans le Nouveau Testament". Et ce pourrait être un premier indice que l'apostolat est une création proprement chrétienne.
A vrai dire, le judaïsme a eu lui aussi ses apôtres, mais il y aurait erreur à les identifier, quant à leur office, avec ceux que le christianisme primitif a connus. L'txiroffToXii juive est une institution tardive : ni Josèphe, ni les sources rabbiniques anciennes, ne la connaissent. Elle paraît être postérieure à la destruction du temple et se rattacher à ce patriarcat juif, qui, à labné, reconstitua longtemps pour le judaïsme une centralisation nationale et religieuse *. Eusèbe de
1. G. DiTTENBKROER, SyUoQe inscripUonum graecarum (Leipzig 1901), t. III, p. 170, l'index au mot àïréo-toXo;.
«. LiGHTrooT, Galatians (1887), p. 94, relève le mot àrcooTToXo; 79 fois dans le Nouveau Testament, dont 68 chei saint Paul et chez saint Luc.
S. SCHCERER, t. IIH, 119.
LÉGLISB NAISSANT K. 47
Césarée rapporte que les Juifs avaient coutume de donner le nom d'àTrosToXoi aux messagers par qui ils faisaient porter à destination les lettres circulaires de leurs autorités, entendez le patriarcat de labné : évidemment cette attestation ne vaut que pour l'époque contemporaine d'Eusèbe^ Dans ce même texte, cependant, Eusèbe affirme avoir trouvé « dans les écrits des anciens » qu'à l'origine du christianisme « les prêtres et les anciens du peuple des Juifs, qui résidaient à Jérusalem, ayant libellé des lettres, les envoyèrent partout aux Juifs, pour dénigrer l'enseignement du Christ comme une hérésie nouvelle et ennemie de Dieu... Leurs iizôaxokoi donc, portant les lettres de papyrus, couraient la terre, dénigrant ce qui était dit de notre Sauveur »■. Cette affirmation d'Eusèbe, prise « dans les écrits des anciens », est empruntée à saint Justin, qui, trois fois dans le Dialogue avec le jnifTryphon, fait allusion aux « hommes choisis envoyés de Jérusalem par toute la terre pour dénoncer l'hérésie athée des chrétiens », et encore aux fc hommes choisis envoyés par toute la terre habitée, pour annoncer qu'une hérésie athée et contre la Loi avait été répandue par un certain Jésus de Galilée, imposteur : crucifié, ses disciples avaient volé son corps dans le sépulcre, la nuit, et égaraient maintenant les hommes en racontant qu'il était ressuscité des morts et monté au ciel »-. Vraisemblablement, le dire de Justin est une supposition suggérée par le récit de la démarche faite par les princes des prêtres et les pharisiens au-
\. BosEB. In Is. xviii, 1. Pareille attestation chez saint Épiphane, Haer. xxx, 4 et 11 ; dans le code théodosien, xti, «, U; chez s«diit Jérôme, In Gai. i, 4.