‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 26 sur 216 · Mission, t. I, p. «74-2T · texte numérisé non relu

Mission, t. I, p. «74-2T

î. Voyez Aet. xv, «-23, où Barsabas et Silas sont dépêchés ainiri à Antiocbe par l'église de Jénisalem. Voyez aossi la lettre qu'ils portent (23-29). Le cas de Tychique est le même, dans Eph. vi, 41-2Ï. LtiiusB Naissante. 4

rôle : « Un serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni un «TtoaroXoç plus grand que celui qui l'envoie » {loa, xiu, 16).

Deuxièmement, le mot apôtre, qui est et reste encore un nom commun, s'achemine à sa signification historique par l'expression « apôtre de Jésus-Christ », qui est l'expression chère à saint Paul. En tête de la plupart de ses épîtres, c'est la qualité dont il accompagne son nom : « Paul, apôtre du Christ Jésus, appelé par la volonté de Dieu » (/ Cor. i» 4) ; « Paul, apôtre du Christ Jésus, par la volonté de Dieu » [Il Cor. I, 1); « Paul, apôtre du Christ Jésus, par la volonté de Dieu » [Eph. i, 1). Autant en tête des épîtres pastorales. Quand Paul met dans la suscription d'une épître, avec son nom, celui de quelqu'un de ses collaborateurs, il a grand soin de ne pas leur donner, à eux, une qualité qui ne leur appartient pas. Il écrit en tête de l'épître aux Philippiens : « Paul et Timothée, serviteurs du Christ Jésus > [Phili. I, 1). Aux Colossiens : « Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Timothée. [son] frère » [Col. i, 1). Aux Thessaloniciens : « Paul et Silvanos et Timothée », sans plus (/et II Thess. I, 1). Aux Corinthiens : « Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Timothée, [son] frère » (// Cor. i, 1), Le qualificatif d'apôtre du Christ n'est pas, comme celui de « serviteur du Christ », l'expression d'une qualité morale, mais d'une mission exceptionnelle.

Paul cependant ne revendique pas pour lui seul cette qualité d'apôtre du Christ : il la reconnaît, en effet, à d'autres, « les autres apôtres », parmi lesquels iléhumère « les frères du Seigneur et Céphâs », et aussi Barnabe (/ Cor, ix, 6-7). Au contraire, Ti-

L'EGLISB NAISSANTS. il

mothée n'est nulle part donné comme an apôtre, pas plus qu'ApolIos, pas plus, quoi qu'on en ait dit, que Silvanos. Pour Andronicos et Janias {Rom. xvi, 7), il y a doute : « Saluez Andronicos et Junias, écrit saint Paul, mes compatriotes et mes compagnons de captivité, qui sont très considérés parmi les apôtres /èn^ffijuoi Iv Toiç iirorcoX«K), et qui ont été avant moi dans le Christ » . Nous inclinons à penser, avec Lightfoot et Harnack *, qu'Andronicos et Junias deux chrétiens juifs de naissance, convertis avant Paul, appartenant donc aux chrétiens de la première heure, missionnaires de la Dispersion, emprisonnés un temps on ne sait en quelle cité, comme saint Paul l'avait été maintes fois {Il Cor. xi, 23), sont du nomhre des apôtres, plutôt que « considérés aux yeux des apôtres ».

On part de là pour induire que, au jugement de saint Paul, le nombre des apôtres a pu être un nombre large, et saint Paul, en effet, le donne à entendre. « Dieu, écrit-il aux Corinthiens, a établi dans l'Eglise premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, d'assister, de gouverner, de parler diverses langues. Tous sont-ils apôtres ? tous prophètes? tous docteurs? tous thaumaturges? » (/ Cor, XII, 28-30). C'est le Christ, dit-il ailleurs, qui a « fait les uns apôtres, les autres prophètes, d'autres évangélistes, d'autres pasteurs et docteurs, en vue du perfectionnement des saints, pour l'édification du corps du Christ » {Eph. iv, 11-12).

Acceptons l*hypothôse que le nombre des apôtres

t. liMTroot, Gàlatiàiu, p. tê, feAiuiACK, Miéàimt^ L I, p. 969. Ôb peut M dem«Bder, il estnsi, «i Jvôiu est an bomtnè on ane femme. T. Zabn, Einlèitung in dM N. T. t. I> (1906), p. t97 et suiv.

a été un nombre large au même titre que celui des prophètes, des docteurs, des thaumaturges de la première génération chrétienne ^ S'ensuivra-t-il que l'apostolat soit un pur charisme, don individuel de l'Esprit? On nous assure que telle est la conception que saint Paul a de rapostolat. Mais s'il en est ainsi, en quoi l'apôtre va-t-il dififérer du prophète? D'où viendra à l'apôtre la primauté constante que lui attribue saint Paul dans la hiérarchie dénombrée là? Des critiques récents croient distinguer un « apostolat paulinien », qui serait une vocation personnelle immédiate, procédant de Dieu, conférant un domaine missionnaire, et l'autonomie spirituelle dans ce domaine 2 : il n'y a rien de ce langage dans les épîtres paulines. Supposé néanmoins que cette définition fût de l'histoire, pourquoi cet apostolat ne s'est-il pas perpétué? Pourquoi personne n'a-t-il hérité de l'apostolat en tant que tel, alors que les prophètes et aussi bien les prophétesses se perpétuaient, au moins un temps? Et comment ne pas supposer que la primauté de l'apostolat, dont personne n'a hérité, tenait à une circonstance de fait qui ne pouvait pas se reproduire?

Saint Paul nous en instruit mieux que personne, car il a eu à défendre sa qualité d'apôtre contre une campagne, tenace et peu bienveillante, menée un peu

i. Cf. Origbii. tn Num. homil. xxvn, Il : « Visus, inquit [Paulus], est illls undecim, deinde apparuit et omnibus apostolis. In quo ostendit esse et alios aposlolos, exceptis. illis duodecim. > Même sentiment dans Comment, in Rom. x, 21, au sujet d'Andronicos et de Juiiias. Chez Irénée (Haer. n, 21, 1) et chez Tertutlien {Marciim. iv, 44), les soixante-dix disciples sont appi;lé» « apôtres ».

â..H.M0NMER, La notion de l'apostolat, des origine» à Irénée (Pari» iOOS), p. 9&.

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