Cor. xin, 2-3. Cf. / Cor. v
Les apôtres ont, de leur vivant et dans l'œuvre de la fondation des églises, une autorité que l'on ne saurait mieux comparer qu'à celle de l'Ecriture en tant qu'ils attestent la parole du Seigneur, une autorité qui, en tant qu'elle s'attache aux avis ou aux lumières qu'ils donnent de leur propre inspiration, est comparable à celle du Seigneur qui les envoie. « Si quelqu'un se plaît à contester, nous n'avons pas cette habitude, non plus que les églises de Dieu » (/ Cor. xi, 16). En s'exprimant de la sorte, Paul donne corps à un principe d'autorité, qui est reçu évidemment partout dans les communautés chrétiennes, et aussi bien dans celles dont il n'a pas été l'apôtre premier, par exemple l'église de Rome [Rom. vi, 17). Aux mains des apôtres du Christ est une autorité sans laquelle la genèse du Nouveau Testament serait une énigme inexplicable*, et pareillement l'idée de dépôt de la foi, de règle de la foi, de tradition, de magistère, de hiérarchie.
Et, avant d'aller plus loin, ne constatons-nous pas ainsi, dans les textes et dans les faits de l'âge apostolique, le rôle historique de l'apostolat, que presque tous les critiques actuels, par une sorte de préjugé tacite, semblent s'accorder à minimiser? Ils reconnaissent, avec M. Sohm^, que le régime communautaire chrétien est ce qu'ils nomment une création primitive de l'esprit chrétien. Toutefois, à leurs yeux, ce régime communautaire a pour centre de formation, en chaque église locale, l'épiscopat, l'épiscopat d'abord plural,
1. Très bien démontré par A. Jcklicber, Binleittmg in da« N. T. 6» édit. (Leipzig 1906), p. 4-28-432.
2. Kirchenrecht, p. 4-15. Autant Hatch, Organization, p. 34 et suiv. Harnack {Mission, 1. 1, p. 3761 a dit avec bien plus de vérité : t Jede OrlentieruDg iiber den Ursprung der kirchliehen Organisation bei den Aposteln und ihrem Missionswirken einzusetzen habt- > Il est vrai que dix lignes plus loin, le même liistorienldenonce ce qu'il appelle laconceptioa magique de l'Apostolique, « ZauberbegriffderApostolischen >.
bientôt monarchique, qui donne à chaque communauté chrétienne une constitution. Mais ces formes statutaires et juridiques des premières communautés chrétiennes sont quelque chose de purement extérieur et disciplinaire : elles règlent la conduite et l'administration de la communauté, elles se superposent en quelque sorte du dehors, et ont un caractère, pour ainsi dire, politique, au sens large, ou, plus simplement, pratique. On fait de l'épiscopat plural une façon d'association cultuelle spontanée! La foi et la doctrine, au contraire, seraient fondées sur le charisme, sur le don de l'Esprit, et n'auraient rien à voir avec l'administration, jusqu'au jour où, les charismes ayant cessé, la fonction enseignante se confondra avec la fonction administrante, et oh, aux mains de l'évêque, il y aura cumul des deux offices. — Et toute cette construction serait fort spécieuse, si la première génération chrétienne n'avait été instruite et gouvernée par l'apostolat.
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Les Juifs étaient fils d'Abraham, ils étaient le peuple choisi de Dieu entre tous les peuples, ils étaient la race élue et sainte, la part du Seigneur; le Seigneur avait fait pour Israël ce qu'il n'avait fait pour aucun autre peuple par l'alliance qu'il avait contractée avec lui, par la loi sainte qu'il lui avait donnée, par les prodiges qu'il avait multipliés le long des siècles en sa faveur. Or la chrétienté s'est substituée à Israël, et, dans l'ordre de la foi, elle a été un peuple aussi, « ime race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis ' ». Il y a substitution d'un peuple à un autre dans le choix de Dieu, et la nouveauté historique est la création de ce peuple, dont l'unité est visible comme celle du judaïsme, mais du même coup spirituelle comme celle du judaïsme charnel ne l'a jamais été.
Nous saisissons ici à l'état natif, non plus le principe d'autorité que nous a révélé l'apostolat, mais l'idée et la réalité de société, à la fois visible et invisible, prenant la place de l'idée et de la réalité de peuple selon la chair et le sang.
Le christianisme ne s'est pas séparé du judaïsme à la première heure ex abrupto. Le christianisme pré-