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s. De praescr. 93.
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Paul • , d'un mot qui rappelle les dures paroles de Jésus contre les Pharisiens : faute chea Pierre, faute chez les Juifs d'Antioche qui se mettent a suivre son exemple, faute enfin chez Barnabe, faute dictée par la peur de « ceux de la circoncision ». Autant dire que les Juifs convertis d'Antioche ont jusqu'ici pratiqué un christianisme libéré franchement de toute observance juive.
« Ceux de la circoncision », qui viennent d'intimider Pierre, iront plus loin et déclareront que, en abandonnant les œuvres de la Loi, et en frayant avec les Gentils, un Juif comme Paul est « un pécheur d'entre les Gentils, un prévaricateur ». Soit, Paul veut qu'ils aillent intrépidement jusqu'au bout de leur logique. On doit donc opter, déclare Paul : ou la Loi, ou le Christ, car le Christ suffit. « Si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi : ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi... Si la justice s'obtient par la Loi, le Christ est mort pour rien » {Gai. ii, 20-21). Celui qui parle ainsi n'est pas un Grec converti à l'Evangile, c'est un pharisien converti, c'est Paul, et il parle ici aussi bien pour Pierre. Le discours que Paul tient là k Pierre n'est pas une thèse dont il administre les preuves scripturaires, mais un appel à sa religion, appel qui révèle les motifs les plus profonds de la foi des deux grands apôtres, ce qui dès leur première rencontre les a unis pour toujours. Juifs tous deux de naissance, a-t-bn-dit, convaincus tous deux qu'ils
i. Gai. u, 13 : cruwTtexpiôriffov aùxw [Pierre] xai ol Xontol louSaîoi [les Juifs d'Antioche], dxnt xoî Bapva€a; owaTO^yôr, a^-cc&v t^ CrnoxpioEi. — Se rappeler que < hypocrite > dans l'EvaBgile désigne les pharisiens. Mat, VI, 2, 5, 16 etc., Luc. vi, 43 et xii, 56. Cf. Didaché, viii, 1 «t
appartenaient au peuple privilégié de Dieu, et qu'ils étaient séparés des Gentils parla Loi, qui faisait d'eux des justes, et des Gentils des pécheurs, ils en sont venus pourtant à croire que leur Loi ne les justifiait pas devant Dieu, et qu'on ne parvenait à la justification que par une seule voie, la foi au Christ, et que cette foi libérait de la Loi. La foi se substitue donc à la Loi, et la foi crée une unité vitale entre tous ceux en qui par la foi le Christ est vivant. L'hésitation pratique de Pierre à Antioche pose la question de l'unité de l'Église : la décision de Paul la résout dans le sens de l'unité, non pas par condescendance ou par politique, mais en vertu même de la foi au Christ et de sa vie surnaturelle en nous * .
Le christianisme ne se propage pas comme une philosophie d'école, ni comme une sagesse, à la façon dont le judaïsme conquérait ses prosélytes parmi les Grecs 2. Il est une théodicée et une éthique, certes. 11 est la proclamation de l'unité de Dieu, la répudiation absolue de l'idolâtrie. C'en est fini avec les idoles muettes (/ Cor. xii, 2), avec le polythéisme qui est réritablement un athéisme (/ Thess. iv, 5). Mais le christianisme est une catéchèse qui se propose en articles de foi et en préceptes d'autorité.
« Nous savons qu'une idole n'est rien dans le monde, et qu'il n'y a de Dieu qu'un seul ; car s'il est des êtres
1. Weizsaecker, p. 160-161, qai montre très bien la communauté de foi des « deux grands apôtres ».
2. Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait dans les épltres de saint Paul les thèses fondamentales d'une théodicée rationnelle et d'une morale. Rom.l, 30-3!:2;h, 14-16.
qui sont appelés dieux, pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père » (/ Cor. viii, 4-6), le Dieu vivant et vrai (/ Thess. I, 9). C'en doit être fini tout autant avec la corruption païenne. « Ne vous y trompez point : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les rapaces, ne posséderont le royaume de Dieu : voilà pourtant ce que vous étiez, quelques-uns d'entre vous, mais vous avez été lavés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu » (/ Cor. vi, 9-11). Autant de principes de théodicée et de morale qui, dans notre logique, sont les prémisses de la foi : mais un missionnaire comme Paul, fût-il dans une ville comme Corinthe, ne se préoccupe pas de les établir d'abord par la raison naturelle, et ses convertis ne font difficulté aucune de les admettre sur sa parole. Paul enseigne ce qu'il a appris : ses convertis devront garder ce qu'il leur enseigne comme on le leur'aura enseigné. La notion de dépôt de la foi est ici pleinement en acte.
« Je vous rappelle, frères, l'évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous avez persévéré, et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je vous l'ai annoncé » (/ Cor. XV, 1-2). Cet évangile se ramène, en quelque manière, tout entier à un fait dogmatique : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'ai appris moi-même, que le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures » [id. 3). Jésus est le Messie, sa mort est notre rédemption, tout cela annoncé par les Ecritures juives. Mais, de plus, le Christ mort est « ressuscité le troisième jour, conformément aux Ecritures,
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et il est apparu à Céphas, puis aux Douze... Après eux tous, il m'est apparu aussi à moi » {id. 4-7). Les Écritures qui ont annoncé le Christ seront un premier motif de crédibilité. Le témoignage des apôtres qui ont vu le Christ ressuscité en sera un second ^ « Les Juifs exigent des signes, les Grecs cherchent la sagesse : nous, nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Gentils, mais pour ceux qui sont appelés, soit Juifs, soit Grecs, puissance de Dieu » (/ Cor. i, 22-24).
// Cor. V. ^' Quiconque est en Jésus-Christ est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées, voyez, tout est devenu nouveau. ^^ Tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par Jésus-Christ, et qui nous a confié le ministère de la réconciliation. ^' Car Dieu réconciliait le monde avec lui-même dans le Christ, ' n'imputant pas aux hommes leurs offenses, et mettant sur nos lèvres la parole de la réconciliation. '° C'est donc pour le Christ que nous faisons les fonctions de légats, Dieu lui-même exhortant par nous.
L'Evangile, ramené à cette affirmation surnaturelle, est un mystère qui s'accepte d'autorité divine. « Dieu nous a jugés dignes de nous confier l'Évangile... Nous vous avons prêché l'Évangile de Dieu... Grâces à Dieu, de ce qu'ayant reçu la divine parole que nous vous avons fait entendre, vous l'avez reçue, non comme parole des hommes, mais, ainsi qu'elle l'est véritablement, comme une parole de Dieu ^. » L'apôtre est le missionnaire et plus encore le garant de la
1. 11 y a uii troisième motif de crédibilité, les miracles qui accompagnent la prédication de l'Évangile, et le plus sensible de ces miracles est l'etluBion de l'Esprit saint dans les lidèles qui se convertissent. Voyez Rom. xv, 18-19; Gai. m, fi; / Thess. i, 8.
ï. / Thest. n, ♦, 9, *3. Cf. Il Cor. n, il; Rom. i, ».
divine autorité de l'Evangile. « Comment croira-t-on en celui dont on n'a pas entendu parler? Comment en entendra-t-on parler s'il n'y a pas de prédicateur? Comment y aura-t-il des prédicateurs s'ils ne sont pas envoyés * ? »
L'Evangile est un message divin auquel le fidèle adhère par un acte qui est un acte d'obéissance ' : toute pensée s'assujettit au Christ, l'apôtre est prêt à punir toute désobéissance. « Grâces soient rendues à Dieu, dit Paul aux Romains, de ce que, après avoir été les esclaves du péché, vous avez obéi de cœur à la règle de doctrine qui vous a été communiquée'. » Les Romains n'ont pas été évangélisés par Paul en personne : Paul n'en est pas moins assuré de l'unité de l'Évangile qu'ils ont reçu et de celui qu'il prêche.
L'Evangile est tout ensemble la prédication de ce qu'est le Christ et la prédication de la parole du Christ : « La foi vient de la prédication entendue, et ce qu'on reçoit est la parole du Christ *. » Paul ne sait rien d'autre que le « témoignage de Dieu » , c'est-
i.Rom. X, 14-1" : IIw; àxoOdoxnv xwpîç xt)pu«t(tovtoç, ncS; 8è XTjpûÇwoiv èàv |jiT^ àitO(rTa)(Sa'v ; Notez le terme de xf,pUY|xa et d'àitoarokri. Cf. Rom. I, S : iizo(rzo\i\\ elç Orcaxo^v TctaTeto;, l'apostolat pour procurer l'obéissance de la foi.
2. // Cor. X, 6-7 : alx|Aat^*»T(ÇovTeç itôcv vÔT)|ia eI; tViv ûitaxo^jv tov
XptOTOÛ.
3. Rom. VI, 17 : ÛTtYixoTnaate ix xapSiaçelç ôv itapeWOinTe tÛtiov îiSatxflç. (Cf. Col. II, 7 : ^EÔaioOjievoi t^ uidTEi xaOàx; éSiSàx^^O- Notez ici le terme de 7rap(iSo<Ti(; et de 5t5a-/iri. Sor / Cor. xv, 1-8, Prat (p. 82) observe : • Le texte est d'une importance extrême comme spécimen de catéchèse apostolique. Il nous ptrmet de conclure : 1° que les faits de la vie du Sauveur tenaient beaucoup plus de place dans la prédicatio'' de l'Apôtre [Paul] que dans ses écrits; 2" que le premier enseignemec apostolique était précis et pour ainsi dire stéréotypé, afin de bien se graver dans les mémoires dont il ne devait jamais sortir ». Noos montrerons plus loin (p. 192) l'importance de cette constatation.
4. Rom. x, 17 : 1^ irc<n'.( ii àxoTJ;, ^ 5è àxoi^ 8tà ^iQ|iaTo; XpisTOÛ. Il faut lire Xpiaioù, et non 9eoO. cf. / Pet. I, 9S : tô^TJiia [toù xupto»] TÔ eOiYYeXiffôèv et; Ouà;.
à-dire Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié *. L'objet de la foi est aussi déterminé que l'autorité divine sur laquelle il repose, et que l'autorité apostolique qui le prêche.
L'Évangile ne demande pas un assentiment purement subjectif, la foi se traduit en acte. Quand Paul dit aux païens convertis de Corinthe : Voilà les péeheurs que vous étiez, mais « vous avez été lavés, sanctifiés, justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu » (/ Cor. vi, 11), le mot (XTreXouffMffOe fait penser au baptême administré au nom du Christ et que l'effusion de l'Esprit accompagne *. On relève ailleurs des indications plus claires. Paul a appris les discussions qui déchirent l'église de Corinthe, où les uns se réclament de Paul, les autres d'ApoUos, les autres de Céphas, les autres du Christ. Pourquoi ces partis? « Le Christ est-il divisé? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés? Je rends grâce à Dieu de ce que je n'ai baptisé aucun de vous, si ce n'est Crispus et Caius, afin que personne ne puisse dire qu'il a été baptisé en mon nom ^ ». Le baptême n'est pas une ablution symbolique ou une purification légale ; il confère au fidèle un être nouveau et durable : « Vous tous, en effet, vous avez été baptisés dans le