‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 40 sur 216 · A. I.OISY, Les Évangiles Synoptiques, t. II, p · texte numérisé non relu

A. I.OISY, Les Évangiles Synoptiques, t. II, p

-2. Voyez Lacras';e, Le sens du christianisme (Paris 1918), p. 230-203.

ne faut pas donner ce qui est saint, des pourceaux à qui il ne faut pas jeter les perles, < vos perles, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds, et que, se tournant contre vous, ils ne vous déchirent » [Mat. vu, 6). Il y a des maisons et des cités sur lesquelles les disciples devront secouer la poussière de leurs sandales, parce que maisons et cités ne les auront point accueillis {Marc, vi, 11). Il y a des auditeurs qui entendent le message de Jésus, et d'autres qui ne l'entendent pas : « A vous il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu, mais pour eux, qui sont dehors, tout est paraboles » (Marc, iv, 11). Dès ce monde, on distingue donc ceux qui connaissent le royaume, et ceux qui sont dehors.

Ceux qui connaissent le tx^yntime sonr autour cre Jésus un nombre bien humble au début. Jésus voit les siens comme un troupeau, dont il est le pasteur : quel petit troupeau! t Ne crains pas, petit troupeau : car il a plu à votre Père de vous donner le royaume » (Luc. xu, 32). L'image du troupeau rappelle l'image de la couvée rassemblée sous les ailes de la poule {Luc. xiii, 34). Il n'est pas d'image qui soit mieux dans la manière des paraboles de Jésus, et qui ait une meilleure marque d'authenticité. Jésus prédit que sa passion va scandaliser ses disciples, disperser les brebis du troupeau dont il est le pasteur : « Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées » (Marc. XIV, 27), dit-il, en s'appliquant une parole du prophète Zacharie. Le troupeau est distinct du royaume.

Et dans le troupeau voilà bien, ce semble, un commencement d'Église. L'Évangile n'a pas été un esprit sans corps, ses premiers adeptes étaient visibles et formaient groupe. Si fort qu'on puisse soupçonner un historien catholique de découvrir trop tôt les premiers linéaments de l'ecclésiologie, n'est-on pas en droit de reprocher à un historien protestant comme M. Harnack de tendre toujours à retarder le moment où vraiment ils apparaissent? M. Harnack consent à ce que la première communauté chrétienne, celle qui < se forme à Jérusalem », ait été une t assemblée

de frères », un « culte rendu à Dieu en commun », mais il voit là seulement « l'ombre mystérieuse de l'Église céleste » * : pourquoi dissocier le fait de cette fraternité et de cette religion en commun de l'idée d'Église, sinon parce qu'on entend, comme malgré soi, sauvegarder le dogme protestant de l'invisibilité de l'Église? Ailleurs ^, le même historien signale la formation d'une société, mais seulement « au delà du cercle étroit des apôtres, au delà, de ce groupe des Douze qui entouraient Jésus > : pourquoi dissocier cette société, formée, visible, et le groupe des Douze, alors qu'il est indubitable que les Douze ont été le centre autour duquel s'est formée cette société? On nous (lit que Jésus était seulement le Maître, et les disciples, lies disciples, et que Jésus n'avait pas fondé le groupe des Douze comme une* union au service de Dieu », ce qui est jouer sur les mots, car, en réaJité, les Douze, qui sont des disciples du Maître, se distinguent cependant des autres disciples, et les Douze sont si bien déjà une « union », que, le Maître disparu du milieu d'eux, ils sont immédiatement le centre autour duquel, sans hésitation, sans contestation, tous les disciples se rallient. Là, reconnaît M. Harnack, « se trouve le germe des temps qui suivent ». Mais ce germe ne préexistait- il pas?

M. Loisy a ici vu le réel plus nettement que M. Harnack. La « société » à sa naissance est à identifier avec les Douze et les disciples fidèles. Qu'on la réduise tant qu'on voudra , elle reste un nombre, elle apparjût distincte du monde qui l'entoure : elle est un « groupe circonscrit, parfaitement reconnaissable, très centralisé aussi et même hiérarchisé dans la plus entière fraternité. Jésus est le centre et le chef, l'autorité incontestée. Les disciples ne sont pas autour de lui comme une masse confuse; parmi eux le Sauveur a distingué les Douze et les a associés luimême, directement et effectivement, à son ministère;

4. L'et$ene« du christianisme, trad. fr. (Paris 190S), p. SS4. «. Id. p. 469. Cf. Mi— ion, t. I, p. 3i.

Page 1