Voyez pourtant Rom. xvi, ie
2. Mat. XI, *7-30. — Le Fils de l'homme parle de son royaume qui est le royaume de Dieu, et précisément chez saint Mathieu {xiu, ftl et XVI, 28). Wellhausen, p. Vi.
3. Mat. xxiu, 37 (èiti<ruvaYaYeïv), Luc. xiu, 34 (ÈTtiauvofai). Comparer le ûlet qui ramasse («njvaYaYownp) des poissons de toute sorte {Mat. xin, 47). Mat. xu, 30 : ô |x^ (r\j\âytaw (iET* IjioO. — Remarquons que (TJvâifeiv est le même radical que oûvaÇiç et uwa.yuixf\.
4. Cf. Marc, 11, 17 ;3fo*. ix, 13. Luc. iv, 16. Mat. xxii, 9. — Holtziush, Neut. Théologie, t. I, p. 211, assimile IxxXtjtoi à èxxXTiaîo. Cf. Mat, XXH, 14 : uoXXoi eîffiv xXtitoî.
5. La hardiesse verbale de saint Paul parlant de construire l'église, s'expliquera plus naturellement comme une allusion à quelque parole du Christ connue de tous les fidèles. Hort, Thê chriêtian BeeUtia (London 1807), p. 9.
i06 L'ÉGLISE NAISSANTE ET LE CATHOLICISME.
})rédication de Jésus, c'est l'inspiration même du logion : il serait le plus ancien témoignage des prétentions de l'Église romaine à l'hégémonie de toutes les églises; il serait utie anticipation de l'état de choses qui s'est trouvé en fait réalisé dans l'Eglise, et il serait contemporain de cette réalisation K
N'est-ce pas le cas dé dire que qui. veut trop pi*ouver ne prouve pas? M. Holtzmann et M. Loisy placent la composition de l'évangile selon saint Mathieu aux environs de l'an 100 : trouveront-ils à pareille date une expression Seulement analogue de ce qii'ils appellent l'hégémonie roinaine? Ce ne serait pas une objection pour nous, théologiens, qui croyons au droit divin de la primauté romaine, mais c'en est une très grave pour des critiques qui n'y croient point, et auxquels nous sommes en droit de dire : l'époque flavienne est bien trop prématui*ée pour l'état de choses que vous supposez avoir déterminé la rédaction de ce logion, et les critiques sont plus conséquents qui déclarent ce logion interpolé dans saint Mathieu à la fin du second siècle, au temps du pape Victor, par exemple, sinon même plus tard. Puis, supposé avec M. Holtzmann et M. Loisy que l'évangile selon saint Mathieu soit contemporain du « travail de construction de l'Église », pourquoi ce travail a-t-il si peu marqué dans la rédaction définitive? Elle est du temps de Clément romain et d'Ignace, sans que nous y surprenions aucun écho du langage de ces deux leaders ? 11 n'y a pas dans l'évangile selon saint Mathieu d'autre infiltration de l'esprit ecclésiastique et de la tendance romaine que cette déclaration du Sauveur à Pierre?
« Sur cette pierre je bâtirai mon Église et le& portes de VHadès né prévaudront pas contre elle. » L'enfer est la demeure de Satan l'ennemi de Dieu, Satan le tentateur de Jésus au désert, Satan qui fait de Judas un fils de perdition.
1. LoisY, È«. sj/nop<. t. n, p. 10. Holtzmann, iVewf. Théologie, t. I, p. 210. J. Wkiss, Schriften des N. T. (Gottingen 1907), t. I, p. 344.
Paul a entendu Jésus lui dire : « Je t'envoie aux Gentils, pour qu'ils passent des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu » (Act. xxvi, 18). « Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds », dira •aint Paul aux Romains (xvi, 20), et Jésus dans saint Luc (XXII, 31) dit à Pierre : t Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment. » Toutefois les « portes de l'Hadès « ne sont pas exclusivement synonymes de Satan et de sa puissance : elles désignent aussi la mort^. Une promesse d'immortalité est faite ici à l'Église : sur elle, les portes du Schéol ne se refermeront pas, comme elles se referment sur les morts*.
Pierre est la pierre fondamentale, mais voici une autre figure de son rôle : le Christ lui donnera les clés du royaume des cieux. Cette figure des clés peut être entendue dans ce sens que Pierre sera celui qui ouvre les portes du royaume à l'Église, tandis que les portes de l'Hadès sont impuissantes contre cette Église. Isaïe fait dire par lahve à Eliacim : c Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David : il ouvrira et personne ne fermera, il fermera et personne n'ouvrira 3. » Pierre a pouvoir sur le royaume : il pourra y recevoir Corneille, comme il pourra livrer Ananie et Saphire à Satan. Pierre ouvre ou ferme l'accès du royaume des cieux, il en est sur la terre l'intendant, le majordome *.
Jésus ajoute : « Tout ce qtte tu lieras sur la terre sera
i. Sap. xTi, 13; /// M<te. ▼, M. Cf. lob. xxxyni, 17; P». ix, 3 et
cvii, 18.
2. Is. xxn, M. G. Dalmàn, Die IVorte Jetu, t. I (Leipzig 1898), p. 176 : Celui qui a les clés a'est pas le portier, mais le majordome, à qui est subordonné tout ce qui dépend du roi.
3. Rapprochez Apoc. i, 18 : Je sois le premier et le dernier; j'ai été mort, et voici que je suis vivant aux siècles des siècles; je tiens les clés dé la mort et de l'Hadès i.
4. Dalman, p. 177 : « So hat jttith Pètrus, Mat. xvi, 19 die Schliissel der HimmelsherrSchaft und ist il& Scblùsselvei-walleirbevtiiliùachtigter Hausvogt Gnttes auf Erden >.
lié dans les deux.... » Ces mots lier et délier appartiennent au langage rabbinique où ils signifient respectivement prohiber et permettre, dans le sens où un rabbin prohibe ou permet un acte selon qu'il est à ses yeux contraire ou conforme à la Loi, dans le sens où la Mischna dit que Schammaï rigoriste lie et que Hillel plus largo délie'' . Jésus s'était élevé contre les pharisiens qui « lient des fardeaux » et en chargent les épaules de ceux qui les écoutent {Mat. xxm, 2-4), tandis qu'en tant d'occasions, lui, il déliait ses disciples des rigueurs pharisaïques. Ce pouvoir de lier et de délier qu'exerçait Jésus est donné à Pierre, et Dieu dans les cieux ratifiera ses sentences. La même pensée se retrouve dans une autre déclaration de Jésus, qui s'adresse, non plus à Pierre, mais aux disciples collectivement : t En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le <îiel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel > {Mat. XVIII, 18). Cependant le pouvoir de lier et de délier ne vise pas seulement une compétence de casuistes et l'interprétation d'une loi écrite : lier et délier implique aussi bien «n pouvoir législatif et judiciaire, l'autorité pour remettre les péchés.
Tout le texte de la déclaration du Christ à Pierre fait bloc, si on peut dire : Pierre est celui qui lie et délie comme Jésus lie et délie, comme les apôtres lient et délient pareillement : il est le fondement, comme Jésus l'est aussi, comme les apôtres le sont aussi : mais il est tout cela avec primauté, puisqu'il est seul celui qui a les clés du royaume, puisqu'il est seul le majordome^.
Ce sont là des figures, des figures cependant que l'histoire des premiers jours qui suivent la passion du Sau-
i. DAtMAN, p. 47S-176.
a. A. LoisY, Ev. Synopt. t. II, p. 43, fidèle à sa théorie de l'anticipation, écrit : « Ce n'est pas sans cause que la tradition catholique a fondé sur ce texte le dogme de la primauté romaine. La conscience d* cette primauté inspire tout le développement de Matthieu, qui n'a pas eu seulement en vue la personne historique de Simon, mais aussi la succession traditionnelle de Simoa-Pierre. » J. Weiss, 1. 1, p. 345, même vue.
veur voit passer dans les faits : le pasteur a été frappé, les brebis sont en fuite, puis soudain elles se rassemblent, et elles se rassemblent autour de Pierre, qui le premier a vu le Christ ressuscité *. Ce n'est pas parce que Pierre s'appelle Céphas qu'il devient le rocher où s'appuient les disciples ralliés et confirmés, ces disciples si inquiets jadis de savoir qui était le premier et le plus grand. Si Pierre est le rocher et le majordome, la raison en est dans une économie préétablie, qui seule a pu être capable de poser ce fondement de l'autorité et de l'union.
Nous n'en avons pourtant pas fini avec les difficultés que la critique actuelle fait à la thèse ecclésiastique : M. Harnack, qui a le mérite d'avoir refusé de faire du message de Jésus un message étroitement eschatologique, n'accepte cependant pas que Jésus ait prévu la vocation des Gentils et ait parlé d'autre chose que du salut d'Israël. Un si vivant amour de Dieu et des hommes était au cœur de l'Évangile, que cet amour a entraîné les apôtres à la conquête du monde, dont leur Maître ne leur avait rien dit 2.
Pour établir cette thèse, on est obligé de récuser le témoignage du quatrième Évangile, lequel est pénétré d'universalisme autant qu'on peut le souhaiter. Le Verbe est venu dins le monde qui a été fait par lui ; il est donc venu chez lui, et les hommes ne l'ont pas reçu, mais à tous ceux qui l'ont reçu il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu {loa. i, 10-12). L'incarnation du Verbe
1. Le rôle décisif joaé par Pierre au leodemain de la passion, pour rallier les disciples et réaliser la première de toutes les églises, l'église mère, est lumineusement exposé par Weizsaecker, p. 12 et suiv. : • Petrus ist ohneFrage der erste Mann in der Urgemeinde. • Paul à sa première visite à Jérusalem ne se souciera de voir personne, hormis Pierre." Die Bedeutung des Petrus war sicherscbonvom Meister selbst erkannt, er war toq diesem schon iiber aile anderen ausgezeichnct worden. »
■i. Harnàck, Mission, t. I, p. 31 et suiv. Pour la controverse sur ce point (Spitta. Meinertz), Revue cChist. eccl. 1909, p. 861-863.
a l'adoption de l'huinanité par Dieu pour cause finale. Saint Paul n'a pas dit plus largement que Dieu était dans le Christ et en lui se réconciliait « le monde » (// Cor. V, 19). — On récuse le témoignage de saint Mathieu : « Allez, enseignez toutes les nations » (xxviii, 19), et celui àe saint Marc : * Allez par tout le monde et prêchez l'Évangile à toute créature > (xvi, 15). Autant celui de saint Luc, chez qui encore le Christ ressuscité comiQande que « le repentir et la rémission des péchés soient prédhés en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem » (xxiv, 47). Ce grand geste de Jésus, ouvrant la gentilité à l'apostolat de ses disciples, exprime, nous assure-t-on, la foi de la seconde génération chrétienne, « la foi jugeant, cinquante ans environ après la mort du Sauveur, le développement de l'œuvre évangélique < ».
On veut trouver dans les évangiles mêmes la preuve que Jésus ne pensait qu'à Israël. Mathieu met en tête des préceptes donnés par Jésus à ses missionnaires, celui-ci : « N'allez point vers les Gentils et n'entrez point dans les villes des Samaritains : allez plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël » {Mat. x, 5). Et plus loin : c Lorsqu'on vous poursuivra dans une ville, fuyez dans une autre : en vérité je vous le dis, vous n'aurez pas achevé de parcourir les villes d'Israël, que le Fils de l'homme sera venu » (X, 23). Et ailleurs : % Vous siégerez sur dou*e trônes et vous jugerez les douze tribus d'Israël » (xk, 28). M. Harnack infère de ces textes que l'évangélisation des Gentils est au delà de l'horizon de Jésus. — Il est vrai que d'autres textes prêtent à une induction opposée. En saint Mathieu, Jésus prédit à ses disciples qu'ils seront « en haine à toutes les nations » (xxiv, 9), et que « cet évangile du royaume sera prêché dans le monde entier, pour être un témoignage à toutes les nations » (xxiv, 14). En saint Marc, Jésus ne s'exprime pas diiféremment ; c Vous comparaîtrez devant les gouverneurs et les rois, à cause de moij pour