‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 44 sur 216 · LoiSY, Bv. Synopt. t. H, p · texte numérisé non relu

LoiSY, Bv. Synopt. t. H, p

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rendre témoignage devant eux. Il faut qu'auparavant », avant l'avènement du Fils de lliomme, « l'Évangile soit prêché à toutes les nations » {Marc, xm, 9-10). Jésus, encore dans saint Marc, loue la femme qui à Béthanie répand le vase de parfum sur sa tête : '< Je vous le dis en vérité, partout où sera prêché cet évangile, dans le monde entier, on racontera ce qu'elle a fait en mémoire d'elle » (xiv, 9).

Dans ce conflit de textes qu'on oppose les uns aux autres, n'est-il pas plus sage de chercher une base plus large au jugement que nous avons à porter?

Un sûr élément nous est fourni par le récit de la guérison du fils du centurion de Capharnaiim. Ce centurion i^'est pas juif, puisqu'il est soldat. Or Jésus accède à sa (limande eu égard à sa foi qu'il admire : < Je n'ai pas trouvé dans Israël même une si grande foi » {Mat. yiu, 10; Luc. vu, 9). Saint Mathieu ajoute : e C'est pourquoi je vous le dis, beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occidept, et auront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux » (viii, 11). Pourquoi Jésus ne se serait-il pas exprimé ainsi? Est-ce que le Baptiste n'avait pas dit : « JN 'essayez pas de dire : Nous levons Abraham pour père. Car je vous dis que de ces pierres çaêmes Dieu peut faire naître des enfants à Abraham > {Mat. III, 9). Pareilles affirmations sur l'appel des Gentils ^u salut sont à toutes les pages des prophètes, elles animent le messianisme postexilien, elles expliquent seules le prosélytisme * . Si ^ésus est Messie et sait qu'il l'est, pourquoi aurait-il eaclu les Gentils contrairement à l'Écriture?

Secondement, les occasions ont-elles manqué à Jésus, 4U cours de sa prédication, de constater l'endurcissement d'Israël? N'a-t-il pas à maintes reprises témoigné, comme Jean-Baptiste, que la cognée était à la racine de l'arbre? Qui donc, à défaut d'Israël, héritera du royaume f Ia pré-

1. HOLTZMANN, Ntut. Theotogio, t. I, p. 73. Hribkbti, Jesui und die Heidenintssion (Munster, i908), p. if et suit.

dication de l'Évangile apparaît dès lors inconditionnée, ei telle elle apparaît dans la parabole du semeur, où le semeur sème sans demander à la terre si elle est juive ou non. « La bonne terre ensemencée, c'est celui qui entend la parole et la comprend > (Mat. xiii, 23). Dans la parabole de l'ivraie, < celui qui sème le bon grain, est le Fils de l'homme, le champ est le monde » {Mat. xiii, 36) '.

On inférera de ces deux observations que l'Évangile n'est pas dans la pensée messianique de Jésus limité à Israël, à cet Israël surtout qui lui est rebelle : le privilège d'Israël subsiste seulement en ceci que le message évangélique lui est adressé d'abord, selon ce que dit Jésus à la Chananéenne : « Laisse d'abord les enfants se rassasier » (Marc. VII, 27). La prédication de Jésus lui-même est limitée, en fait, à la Galilée et à Jérusalem : Jésus se sait envoyé aux brebis perdues de la maison d'Israël {Mat. xv, 24), et à elles seulement. Voilà pourquoi au premier plan de l'Évangile les brebis d'Israël apparaissent seules. Mais ce plan n'exclut pas un second plan, qui serait celui de la gentilité. Les scrupules que les apôtres auront un jour à « passer aux Gentils », s'expliquent assez par la hardiesse extrême que cette démarche suppose chez un juif; mais ces scrupules ne se fondent sur aucune parole du Maître. Au contraire, sans même recourir à telle parabole, comme celle du mauvais vigneron ou celle des invités aux noces, et sans argumenter pour y voir la réprobation d'Israël et la vocation des Gentils, il suffit d'affirmer que l'Évangile n'est pas conditionné par l'idée de race. Tout homme est le prochain. Les disciples sont les enfants du Père qui est dans les cieux, qui c fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, descendre sa pluie sur les justes et les injustes » {Mat. v, 45).

Le message de Jésus, concluons-nous, n'est ni limité dans le temps par la croyance à l'imminence de la fin de

1. Sur les paraboles susceptibles d'être entendues de l'Église, on consultera Dom G. Dolan, • Tbe church in the Parables >, dans A. H. Matuew, Eccleaia or the church of CArtat (Londou, s. d. [1906]), p. 1-19.

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tout, ni limité dans l'humanité par l'exclusion des Centils. Quant à la notion d'Eglise, elle est impliquée dans la séparation que Jésus marque si nette entre ceux qui le suivent et ceux qui ne le suivent pas, les premiers formant le troupeau dont il est le pasteur. Le christianisme enthousiaste et individualiste, sans lien et sans règle, n'est pas la loi de ce troupeau. L'investiture donnée par le Sauveur à ses apôtres et à leur chef Pierre le premier, le montre bien '.

1. L'authenticité de Mat. xvi, i», a fait l'objet d'ane étude plus récente de .M. Uarnack • Der Spruch ueber Petrus als den Felsen derKirche », Sitzungsberichte de l'Académie des sciences de Berlin, 4 juillet t9is. M. H. croit que le texte premier portait ; • Tu es Pieri-e, et les portes de l'enler ne prévaudront pas sur toi ». — Toi pour elle est une leçon que l'on retrouve chez S. Ephrem et que l'on attribue au Diatessaron de Tatien. Jésus aurait voulu dire à Pierre qu'il ne mourrait pas, les portes de l'Hades signifiant la mort. Quand Pierre fut mort, on aurait corrigé le texte en y introduisant les mots « et sur cette pierre je bâtirai mon Église », interpolation due à un milieu où Pierre était vraiment le fondement de l'Église, et ce milieu serait Rome, à l'époque d'Hadrien, soit dans le premier tiers du n" siècle. — M. H. reconnaît que la tradition manuscrite ne porte aucune trace de cette interpolation supposée. Si l'on excepte Porphyre, aucun exégète à nom connu, soit avant, soit après Eusèbe, n'a vu dans notre texte que Pierre ne mourrait pas sa mort naturelle. Au chapitre xxi. 18-22, de saint Jean, il est prédit à Pierre qu'il mourra, il est même fait allusion à sa mort comme à un événement déjà arrivé. Disons donc que la supposition est sans référence que le Christ ait annoncé à Pierre qu'ilnc mourrait pas. En outre, l'expression « les portes d« l'enfer •, ou « de l'Hades » ne signifie pas la mort, exclusivement la mort naturelle. Capharaaum ne s'exaltera pas jusqu'au ciel, 5a>; oûpavoî, mais descendra jusqu'à l'Hades Ëto; fiôoy {Mat. xi, 33), rémiaiscenoe d'Isaïe (XIV, il) et d'Ezechiel (xxxii, 27). Le Christ dirait : « Tu es Pierre et tu ne mourras pas », on ne comprendrait pas la logique de cette antithèse. La solennité du • Tu es Pierre • appelle une autre suite. — De la théorie de M. Harnack, M. Kessel a donné une critique excellente dans le Pa^tor bonus de Trêves, i!)i!)-l<HO, p. 193-207, 326-3iî3 399-113, 47 1-487. Voyez aussi P. Scuepess, « L'authenticité de Afa(. xvi, 18 => dans Recherches de science religieuse, 1920, p. 269-302.

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