Col. ni,\6;Eph. v
3. Col. I, 7. Paul en personne se donne le titre de Sidtxovo; [Col. ii, ft3). Il le donne à Tychique {Eph. w, 21).
persévérer dans la foi qu'ils ont reçue, la foi telle qu'on la leur a enseignée *. Qu'ils prennent garde que personne ne les dévoie « par la philosophie et une tromperie vide, selon la tradition des hommes, selon les éléments du monde, et non selon le Christ »
Voilà ramassé en une formule sévère ce que Paul considère comme le contraire de la vérité selon le Christ qu'il prêche et que prêche Epaphras, car il ne doute pas d'avoir la même pensée qu'Epaphras en matière d'Évangile. Les « éléments du monde » sont les erreurs populaires des Gentils ; la « philosophie vide et trompeuse » est ici un commencement de gnosticisme ; la « tradition des hommes » (wapàSoaiç -twv àv6pa>Tî<ov) désigne les maîtres de cette philosophie. On inférera de ces données que les erreurs contre lesquelles Paul prémunit les Colossiens, appartiennent à quelque syncrétisme judéo-grec, ascétique et spéculatif 2. « Si vous êtes morts avec le Christ aux éléments du monde, pourquoi vous laisser endoctriner comme si vous viviez dans le monde? » On vous impose des préceptes d'abstinence qui ont couleur de sagesse, d'humilité, de mépris du corps, mais qui sont « préceptes et enseignements des hommes^ ».
1. Col. II, 7 : wî TïapeXoêeTe... xaôw; èStSà^ôïjTe. C'est l'idée de itap4iôoffiî, fondameutale chez saint Paul. Cf. Col. i, 7 (xaôà); èiiàôetê dcTtô 'E^^taippâ). ICor, w, 2 (xaÔM; Ttapéôwxa ûjiîv tô; Tiapaôôaei; xaTÉxe^e). / Thes$. it, « ; / Cor. xv, 1, 3 ; xi, «3; Gai. i, 9, 13; Phili. n, 9.
i. LiGHTFooT, Colossians, p. 71-111, et Pràt, p. 391-398, caractérisent cette première apparition du gnostioisme dans la sphère de propagande chrétienne, le gnosticisme étant indépendant du christianisme et antérieur, et ayant essayé des syncrétismes juifs, comme il en essaya de chrétiens. H est lui-même essentiellement un syncrétisme hellénique d'éléments pour une part orientaux.
3. CoL II, 30 : tl àiccOàveTE (tùv Xpi<n(j> àità xtâ\ OToixeia>v toû x(!a(iou, Ti d>; Çûvtec xô(;|i.()> 8oY(xaT(Ç£ar6(; ... 33, xaTà Ta ÈvxâX|iaTa xal ôtôaaxaXIa; twv àvSpwTtwv. — Sur les « éléments » voyez Aristide,
LEGLISE NAISi>ANT£. 119
L'Évangile, au contraire, est précepte ©t enseignement de Dieu.
C'est dans le Christ que vous avez cru, dit Paul aux Ephésiens, « après avoir entendu la parole de la vérité, l'Evangile de votre salut ; c'est en lui que vous avez cru et que vous avez été marqués du sceau du saint Esprit, qui avait été promis, et qui est une arrhe de notre héritage » {Eph. i, 13). Toujours la même méthode : prédication de l'Evangile, naissance de la foi dans le fidèle, baptême, eiïusion du saint Esprit. Par le baptême, le fidèle ressuscite de la mort du péché à une vie qui est la vie du Christ. L'Évangile est l'Evangile du salut, puisqu'on est sauvé par la foi (ii, 8). Autrefois, les fidèles d'Ephèse auxquels Paul écrit, et aussi bien tous les fidèles d'Asie à qui cette même épître s'adresse, « étaient traités d'incirconcis par ceux qu'on appelle circoncis » : ils étaient, en effet, « en dehors de la société d'Israël » ; ils étaient « sans espérance et sans Dieu (âdcot) dans le monde ^ » . Mais maintenant, ils sont « rapprochés par le sang de Jésus-Christ ». Car le Christ a renversé le mur mitoyen qui s'élevait entre circoncis et incirconcis : u Des deux peuples il en fait un... Les
Apolog. 3-6 (édiU et conameataire de GKFrcKKX, Zwfi griechische Apologeten, Leipzig 1907, p. 49-57. F. Cumont. Les religions orieniatea dai^is le paganisme romain (Paria 1906), p. 248: « Tous les écrivaios soat d'accord avec Firmicus Materous pour reconualtre que les païens adorent les élémtnts. Par là on n'entendait pas genlement les quatre substances simples dont l'opposition et les mélanges [)roduisenl tous les phénomèBM éu ■•Bds MBilblc, mais aassi les aitree et en général lea pria, cipee de te«a les corps céleales ou terrestres. > Cependant F. Piut, p. 35t. observe qae pour saint Paul {Gai. iv, 3 et 9; Col. u, 8 et 30), le mot t éléments du monde > signifie des doctrines élémentaires comme l'alphabet (<rreiXEÏa) qu'on enseigne aux entants.
l;Le mot «éeo; manque aux Septante et ne se rencontre qu'ici âans fî N. T. Saint Paul vent dire que les Gentils ne connaissent pas Dieu, eux qui adorent les « éléments ». Hak>àck, Der Vorwurf àet Atheismu» (1905), p. 3-4.
lîO L'ÉGLISE NAISSANTE ET LE CATHOLICISME.
deux, il les façonne, en lui, en un homme nouveau... Les deux, il les réconcilie à Dieu en un corps unique par la croix. » La même paix est apportée aux incircoiicis, qui étaient loin, et aux circoncis, qui étaient proches : les uns et les autres ont désormais accès par la foi auprès du Père « dans un seul et même Ksprit ». Les incirconcis ne sont plus des étrangers, des pérégrins, mais des citoyens d'une même cité, des gens de la maison de Dieu, « bâtis sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ étant la pierre angulaire, sur qui toute bâtisse bien équilibrée s'élève pour devenir temple saint dans le Seigneur, sur qui vous êtes édifiés pour devenir habitacle de Dieu en esprit^ ».
Cette phrase laborieuse remémore la parole du psaume (cxvii, 22) sur la pierre rejetée par les bâtisseurs, qui a été prise ensuite comme pierre d'angle, image fixée dans un logion du Christ 2. Un édifice se oonstruit, qui a Jésus-Chrisl pour pierre d'angle, les apôtres et les prophètes de l'Evangile pour fondement. Les fidèles sont édifiés sur cette fondation, l7coixoSo(ji.yi0évT£ç, ils sont liés les uns avec les autres dans la construction, <juvotxoSo|xeïc6e*, et l'édifice
1. Eph. II, il -22. Les Incirconcis étalent exclus tïj; TioXiTeîa; xoù 'Iffpay)X, iU étaient des (^01 par rapport au peuple de Dieu. Le Christ a fait ta àjjiçÔTepa Iv. Le Christ a créé toù; 8O0 èv aÙTcô el; ëva xatvàv âvOpwnov, un homme fait de corps et d'esprit. Le Christ réconcilie à Dieu Toùc à(j.<poTépovc êv évt aù>^a.x\., un corps qui est le sien. Les deux ont accès à Dieu, ol àfiç^Tepoi èv évl TiveujtaTt. Dès lors plus de Çévoi, plus de Tiapoixoi, mais des crvvTroXïxoi. Remarquez la compénétratipn do la notion de cité visible et de corps mystique. — Sur le droit de cité et les étrangers domiciliés dans les cités grecques, voyez Chapot, Prov. d'Asie, p. 148 et suiv.
2. Marc. XII, 10; Moi. xxi, « ; Luc. xx, 17. Cf. Act. iv, 11 et / P«t. 11,7.
3. Cf. Heb m, <J : Xpiato;... o5 otxo; l<y(iev :?iaeT;. L'auteur de l'épître aux Hébreux veut dire que les chrétiens sont désormais à l'ex-
L'ÉGLISE NALSSANTE. 121
total est a un temple saint dans le Seigneur », un habitacle de Dieu en esprit. L'image exprimée par le mot oîxoSo(x>î, qui perd son relief dans le mot « édification », est une image chère à saint Paul et elle a pour lui toute sa valeur : il écrivait aux Romains que si, ayant prêché l'Évangile partout de Jérusalem jusqu'à rillyrie, il n'était pas encore venu à eux, la raison en était qu'il mettait son honneur à prêcher l'Evangile là où le Christ n'avait pas encore été nommé, « afin de ne pas bâtir sur le fondement qu'un autre aurait posé » (Rom. XV, 20). Paul applique l'image de l'oîxoôofjiii, non à la conversion ou au progrès du fidèle individuellement, mais à l'édification collective, comme est la fondation d'une église, son instruction, son amendement, et tout autant l'accroissement de la foi dans le monde entier.
Un édifice, une cité, analogies imparfaites, dès lors qu'il s'agit de dire l'unité organique et vivante d'un peuple qui cependant n'est pas une race de chair et de sang. Paul pense à l'unité de l'Esprit qui vit en chaque fidèle, ce n'est pas assez, il s'enhardit à concevoir l'unité de corps, les fidèles n'étant plus que les membres de ce corps, et ce corps étant le Christ^ Circoncis et incirconcis, par la foi qu'ils reçoivent et par le baptême, sont tous ensemble un corps unique, un même homme nouveau : Juifs et Grecs deviennent « membres du même corps » ((Tu<jffW[jia, Epk. m, 6).
Ce corps, qui est l'Église, a Jésus-Christ pour tête 2.
clusion des Juifs, la maison de Dieu, le peuple de Dieu. Pour saint Paul, la nouvelle maison de Dieu est en construction : tel est le sens du mot oîxo5'>[j.T), par contraste avec oixoç.
i. Rappelons que cette image de corps du Christ appliquée à l'ÉgliBC a déjà servi à saint Paul. Rom. xii, 4-8 ; / Cor. xn, 12 et 27.
2. Eph. 1,22-23: oÙTÔv Jôwxev xeço>:P|v (nrèp «dtvta rq èxxXïifftqp, iiti; £<ttIv to aâ>|J.a aÙTOv, tô nXiqp<d(jia toû xà navra èvicâaiv icXT)pou|iivou. Pour l'intelligence de ce texte difûcile, voyez Prat, p. 4*2. Dieu a
— Paul analyse l'image par lui ainsi créée. Il sait, et il l'a dit aux Colossiens {Col. n, 19), que le corps reçoit de la tête l'accroissement normal par le moyen des liens et des joints qui le rattachent à la tête. Il insiste avec les Ephésiens [Eph. iv, 15-16) : la tête donne au corps son harmonie, son unité organique, son énergie, et procure son accroissement. Ainsi les fidèles doivent croître « en union avec celui qui est la tête, le Christ ». — Autre aspect. L'homme et la femme mariés sont deux en une seule chair : mais le mari est la tête de la femme, et pareillement « le Christ est la tête de l'Église * » .
L'Église en vient ainsi à être personnifiée : elle est comme l'épouse du Christ. « Le Christ a aimé l'Église et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l'avoir purifiée dans l'eau baptismale, avec la parole, pour la faire paraître devant lui, cette Église, glorieuse, sans tache, sans ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée^ ». Cette Église, corps mystique. Christ mystique, n'est pas un être subsistant à part des membres qui le constituent : elle est un nombre qui s'accroît tous les jours, unité par unité : de là le rôle de la parole et le rôle du baptême. Ce nombre n'en est pas moins au total quelquechose d'un, d'organisé, de vivant, de visible, comme
donné le Christ comme tête souveraioe (Oicif icâvta) i l'iglise, qui est son corps, le complément de celui qui se complète entièrement en tous ses membres.
1. Eph. V, 33 : àviQp èariv xecpaX^ Tii; Y^vatxÀç «>c xai ô Xpiffib; Kjefolii T^i èxx>Ti<7ca;, aùtôi; autr^p xov ffcb|iaxe(.
2. Eph. V, 28-27 : ïva aÙTi^v à,y\,aa-ç xaOapîdo; t«^ XoÛTp<|> toO C»8aTo; èv ^TiixaTt... tva ^ i^ia xat dc(ji(i)u,o;. Le sens du mot pri|MiTi est obscur. Quelques commentateurs l'entendent de la formule dn baptême. Beau coup l'entendent de la prédication de l'Évangile qui engendre la foi. A l'appui de cette interprétation, qui nous semble préférable, voyez Rom, X, 17.
L'EGLISE NAlbâAiNTË. lit
Test une épouse, quelque chose de sanctifié, de glorieux, d'indéfectible, comme une épouse sainte et sans tache.
Unité et nouveauté, tout cela à la fois mystique et tangible. « Plus de mensonge les uns envers les autres, puisque vous avez dépouillé le vieil homme avec ses œuvres, et revêtu l'homme nouveau, qui, se renouvelant sans cesse à l'image deceluiqui l'acréé, atteint la science parfaite. Dans ce renouvellement, il n'y a plus ni Grec, ni Juif, ni circoncis ou incirconcis, ni Barbare ou Scythe ^ ni esclave ou homme libre ; mais le Christ est tout en tous » [Col. m, 9-11). Ailleurs, Paul avait déjà distingué l'homme intérieur de l'homme extérieur, le premier se renouvelant de jour en jour, tandis que le second dépérit chaque jour : être scythe, ou grec, ou juif, cela est extérieur, mais un même être intérieur fait l'unité de ces peuples séparés, dissemblables, ennemis, les réconcilie et les allie. « Appliquez- vous à maintenir l'unité de l'esprit dans le lien de la paix : un corps, un esprit,... un Seigneur, une foi, un baptême, un Dieu Père de tous, au-dessus de tous, [agissant] par tous, [résidant] en tous »^, entendez tous ceux qui sont réconciliés à lui par Jésus-Christ.
M. Harnack a écrit : « Le simple fait que, dès le commencement du christianisme, on a réfléchi et spéculé,
1. L« meatioa des • Scythes > donne une idée de la foi qu'on a
dès lors que le christianisme a été prêché partout déjà. Ce point est iiUi>ortant, car il est un indice que l'idée de catholicité est connexe à l'idée d'Évangile ou de xïifjYl'-* '• l'Évangile est pour l'humapité entière, et l'humanité entière l'a déjà entendu. Co/.,i, 6: -rb eJaYY£>.iov tb iiapôv eU C/|iâ; xaÔw; xai èv irav-l tw xôct[4.u). Id. 23 ; to eùaYYÉXiov TÔ xriivx^iv iv TtoKTç TÇ XT!(T£i T^ 'jtCq tûv oûpavov. Mè(he idée dans / r./<i. ui, 16, et mieux encore dans Apoc. vu, %
i. Eph. IV, 3-6, Voyez, tout le beau chapitre de Prat, p. 417-433, • l'Église, corps mystique du Christ ».
non seulement sur Dieu et le Christ, mais aussi sur l'Église, nous apprend combien fortement la conscience chrétienne était pénétrée de la persuasion que les chrétiens constituaient un nouveau peuple, le peuple de Dieu. » M. Harnack, il est vrai, se complaît à retarder, au temps de l'épître de saint Clément de Rome et de l'épître de saint Polycarpe de Smyrne, cette prise de conscience : on vient de voir par saint Paul que, avant l'an 60, c'est-à-dire avant la disparition de la première génération chrétienne, les chrétiens savaient qu'ils étaient un corps : les « spéculations » sur cette création divine qu'ils avaient foi qu'était l'Eglise s'étaient donc déjà imposées à eux. « Ces spéculations de l'époque la plus ancienne du christianisme non juif sur le Christ et l'Église, considérées comme deux conceptions corrélatives et inséparables, sont de la plus haute importance, car elles n'ont en soi rien d'hellénique, mais plutôt elles sont issues de la tradition apostolique ^ . »
L'Église objet de ces spéculations n'est pas l'Église céleste, ni simplement le « corps mystique » : M. Harnack se trompe, quand il affirme que l'unité de l'Église n'était pas visible sur terre, sous prétexte que « sur terre les membres de l'Église sent plutôt dans la dispersion » : et que l'unité n'existait qu'en tant qu'elle de vait être un jour faite « dans le royaume du Christ^ ».
A quoi on peut objecter, en effet, que les Juifs de la Dispersion appartenaient, quoique dispersés, à un Israël visible. Les textes que nous avons rapprochés ne marquent-ils pas que l'unité des chrétiens dispersés
i. Dogmengeschichte, t. I, p. 144.
2. Sur l'Église céleste ou Jérusalem céleste, voyez Apoc. xxi, 2, et la note de Swete, Apocalypse, in loc. Les Juifs, peuple terrestre certes, n'en attendaient pas moins la Jérusalem céleste : IV Esdr. x, 27; Apoc. Barueh, iv, 3 ; Orac. Sibt/ll. v, 420, etc.
LÉGLISE NAISSANTE. 125
est aussi actuelle que celle des Juifs? Si elle est spirituelle par sa source qui est la foi, le salut, l'Esprit, elle est visible par ses membres, baptisés d'un baptême visible, groupés en communautés visibles, en communautés reliées elles-mêmes les unes aux autres, formant une race (ys^oç) aussi notoire que celle des Grecs ou celle des Juifs. Quant à l'Ég-lise céleste, elle est aussi distincte de la chrétienté visible, que le peuple juif l'était de la Jérusalem céleste.
Interrompons l'étude des épîtres paulines pour faire place ici à l'étude de la Didachè. Nous continuerons à croire, avec Funk, qu'elle remonte aux derniers decennia du i*"" siècle chrétien et qu'elle témoigne de pensées et d'institutions incontestablement primitives, l'ensemble qu'elle présente étant complet assez pour éclairer et mettre à leur place les détails fragmentaires que nous recueillerons ensuite ' .
On ne se tromperait pas de beaucoup en supposant qu'elle s'inspire, du moins dans sa partie éthique, de ce moralisme juif dont l'épître de saint Jacques est un si remarquable écho, état d'esprit assez proche de celui du prosélytisme des {poêoujjiEvoi tov ôeo'v. Il n'y est point question de « sagesse », comme dans l'épître de saint Jacques, ni non plus de « Loi », mais bien de « crainte de Dieu ». Le fidèle devra instruire ses en-
i. BAr.DENHEWER, Gcschichte der altk. Litteralur, t. I (Freiburgl902), p. 78-80. H. Hehmf.r, Doctrine des apôtres (Paris 1907), p. xxvi-xxxv. Il faut noter que la question de la date et des sources de la D. a elé reposée par M.Armitage Robixson, Bamabas, Uermas and the Didache (London 1930).
126 L'ÉGLISE NAISSANTE ET LE CATHOLlCiSME.
fants dès leur bas âge de « la crainte de Dieu » {Did. IV, 9). Il devra commander sans amertume à ses serviteurs « qui espèrent dans le même Dieu », de peur, par de mauvais traitements, de les détourner de « craindre Dieu » (iv, 10). Peut-être ces préceptes ontils été pris à une sorte de catéchisme moral à l'usage des prosélytes : ce sont des préceptes juifs d'esprit et d'expression.
Sur ce moralisme juif se superpose le christianisme, un christianisme qui n'a rien de cet entliousiasme charismatique que quelques textes onL pu faire croire prédominant et entraînant tout dans les communautés chrétiennes primitives : c'est, au contraire, un christianisme fait de préceptes nets et autoritaires fondés sur la parole du Seigneur. « Vos prières, vos aumônes, toutes vos actions, faites-les ainsi que vous avez vu dans l'Evangile de Notre-Seigneur » (xv, 4). « Tu n'abandonneras pas les commandements du Seigneur, tu observeras ceux que tu as reçus, n'y ajoutant rien, n'y supprimant rien » (iv, 13). L'inspiration individuelle, vînt-elle de l'Esprit saint, est subordonnée à des commandements reçus, établis, souverains. « Si quelqu'un vient à vous et vous enseigne tout ce qui est dit ici, écoutez-le : mais si, à rencontre, il vous enseigne une doctrine autre et dissolvante, ne l'écoutez pas » (xi, 1-2). Il y a donc une SiSax^' ^^^ doctrine, réglée déjà et comme définie, une doctrine contre laquelle rien n'est recevable^
Tandis que l'épître de saint Jacques est adressée « aux douze tribus qui sont dans la Dispersion », la Didache est adressée aux Gentils. Mais cette Didachè
1. DoBSCHÛTz, p. 196 et suiv., p. 203 et suiv., souligne ces traits < catholicisants » ; il est vrai qu'il fait de la Didaehè comme des Pmtorales des documents plus récents que nous ne les faisons.
L'FGLISE NAISSANTE. 127
est celle du Seigneur, c'est-à-dire de Jésus-Christ, et le message en est confié aux douze apôtres. Le rôle assigné aux apôtres est d'être ceux qui annoncent et qui certifient la doctrine de celui qui seul enseigne. Les Douze ne sont plus considérés comme envoyés seulement aux douze tribus : ils s'adressent aux ?Ovy), que saint Paul naguère se réservait, laissant les circoncis aux Douze. Le centre de gravité du christianisme est déplacé : le principe de l'autorité reste le même.
La Didachè encore atteste que le christianisme n'est pas seulement une éthique et une foi, mais un culte organisé. Le christianisme a ses jeûnes réglés, le mercredi et le vendredi* « N'imitez pas les hypocrites qui jeûnent le lundi et le jeudi » (viii, 1). Ce qui revient à dire : Ne jeûnez pas le même jour que les Juifs. Tant la séparation est profonde des chrétiens d'avec les Juifs ! La Didachè poursuit sur le même ton : « Ne priez pas comme les hypocrites, mais conformément à ce qu'a ordonné le Seigneur dans son Évangile » (viii, 2). Suit le texte de l'oraison dominicale, que le chrétien devra réciter trois fois par jour. Ailleurs (vu, 1-4), la Didachè décrit le rite du baptême « au nom du Père, du Fils et du saint Esprit ». Plus loin (ix, 1-x, 7), elle décrit l'eucharistie, au sujet de laquelle elle prescrit de n'y laisser participer que « qui a été baptisé au nom de Jésus » (ix, 5). L'eucharistie se célèbre en commun, chaque dimanche (xiv, 1), Il s'agit bien là d'un culte fermé, sacramentel, auquel on ne participe qu'après une initiation elle aussi sacramentelle.
En même temps, des traits s'accusent qui étaient seulement indiqués dans les épîtres paulines de la captivité. C'est avant tout, la hiérarchie locale et assise, par opposition aux missionnaires itinérants :
« Btisez-vous donc des épiscopes et des diacres, dignes du Seigneur, des hommes doux et désintéressés, sincères et éprouvés ; ils remplissent eux aussi pour vous le ministère des prophètes et des didascales K » La communauté élève de ses membres à l'épiscopat et au diaconat, par voie d'élection. La communauté élit : ce n'est donc pas un charisme surnaturel qui désigne et investit : même, la communauté n'est pas invitée à tenir compte de pareils dons extraordinaires de l'Esprit, puisque la Didachè lui enjoint d'estimer d'abord les qualités morales de ceux qu'elle élit, leur douceur, leur désintéressement, leur sincérité : ils seront SeSoxifxa<T{Aevoi, c'est-à-dire des hommes dont la valeur sera garantie par le jugement de tous, ainsi qu'il se pratique dans l'élection des magistrats des cités grecques. La communauté élit pour elle (lautoTç), pour son service local, et non pour un ministère universel. Elle élit les épiscopes et les diacres, d'abord pour le ministère liturgique décrit dans les lignes précédentes 2, la fraction du pain célébrée le dimanche : le rapport de l'élection des épiscopes et des diacres à ce ministère est indiqué, comme l'a très bien noté M. Funk, par la conjonction o3v qui relie les deux développements ' .
1. Didach. xv, i : XeipoToviQoaTe ouv èauxoïç èîrtcrxoTiouî xat Siaxovouç... 0(jLÏv yàp XeiToupyoùffi xal aùxol tyjv ^eitoupY'.av twv TtpoçriTwv xai Siôaffxôîltov. — Le verbe x^po'^oveîv sigiiilie élire à mains levées, désigner par suffrage. — Le mot XeixoupYb. a le sens indéterminé de service ou munus : Phili. ii, 28; Heb. viii, 2; Rom. xm, 6 et xv, 16. Il s'entend aussi du service sacerdotal dans le temple : Luc. i, 23; Heb. VIII, 6; IX, 21. Sur les offices civils ou liturgies des cités grecques, Ghapot, Province d'Asie, p. 265 et suiv.