‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 5 sur 216 · XVI INTRODUCTION POUR LA CINQUIEME ÉDITION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION POUR LA CINQUIEME ÉDITION

M. Harnack, qui marque si nettement et si courtoisement nos positions réciproques : je n'y reviendrais pas aujourd'hui, si les vues qu'elle indique n'avaient reçu des développements nouveaux dans un récent livre du même auteur, sur Les origines de la constitution de V Église et du droit ecclésiastique aux deux premiers siècles *,

M. Harnack y reste fidèle à une assertion, que présuppose sa théorie de L'Essence du christianisme ^ qui est qu'un fossé sépare Jésus et les apôtres, fossé qu'on ne peut essayer de combler sinon avec les arguments du « vieil arsenal de l'exégèse ». On ne s'attend pas à ce que je parle de l'exégèse avec un pareil détachement. Mais, sur ce point précis, je voudrais essayer de dire en quoi l'historien que j'entends être reste frappé de la valeur de textes que M. Harnack sacrifie, et de considérations qu'il néglige.

Premièrement, à ses yeux, le texte fameux de Mat. XVI, I87I9, est condamné par « toutes les règles de la critique historique » {Entstehung, p. 3). Il me paraît, au contraire, que ce texte tient étroitement à la trame du premier Evangile. — La critique, en effet, tend à reconnaître, plus catégoriquement qu'elle n'eût osé faire il y a seulement dix ans, le caractère « ecclésiastique » de l'Évangile de saint Mathieu, l'intérôt qu'il porte à l'IxxXrjffia, à une IxxXyiffi'a enseignée, et gouvernée par ceux qui l'instruisent, avant tout par l'apôtre Pierre. La promesse faite par

1. A. Harnack, Entstehung und Entwickelung der Kirchenverfas' tung uTid des Kirchenrechts in den zwei ersten Jahrhunderten (Leip'

INTRODUCTION POUR LA CINQUIÈKS SDÎTioW. ivu

Jésus à Pierre (Mat. xvi, 18-19) n'est donc pas un texte intrus, introduit subrepticement, après coup, très tardivement, dans le récit de Mathieu, comme le prétendait M. Resch; elle est en harmonie avec l'esprit du premier Evangile. Cela, personne ne l'a mieux dit que M. Wellhausen, si ce n'est M. Juelicher'. — Or le premier Evangile n'est pas un monument d'origine indécise. M. Harnack, ici mieux que personne, a montré qu'il a pour horizon prochain la Palestine, qu'il est l'œuvre de l'Eglise palestinienne libérée de la loi, favorable aux non-juifs, qu'il est un livre de communauté, un a Gemeindehuch », que la communauté y est au premier plan, et qu'on pourrait l'appeler le premier livre liturgique de l'Eglise chrétienne dégagée des attaches judéo-chrétiennes^. — La promesse de Jésus à Pierre, puis-je inférer, se replace donc, par l'Evangile de Mathieu qui nous la rapporte, dans la tradition jérusalémite remontant à la première génération chrétienne. Son historicité n'a pas contre elle, on le voit, « toutes les règles de la critique historique », elle n'a contre elle, au fond, que la limitation posée par une exégèse systématique au contenu de l'enseignement de Jésus ^.

Secondement : Supprimée l'historicité de Mat. xvi, 18-19, il ne subsiste plus, assure M. Harnack, de lien direct extérieur entre Jésus et l'Église, si embryonnaire qu'on imagine l'Église au premier instant de

\.i. WeLLBAUSEX, Einleilung in die drei «rsten Evangelien (Berlin 1909), p. 70. A. Jlelicher, Eialeitung in das Neue Testament (Tùbingen 1906), p. 26S : « Er [l'auteur du premier Évangile] hat ein katholiscbesEvangelium geschiieben und seine eclit katholischeStimmung hat ihiii auch den ersten Platz unterden Evaagelien erobert... In seinen Grundzùgen isl der aile Katholizismus fertig ».

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