‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 6 sur 216 · Ai Harsack, Lukas der Arzt (Leipzig 1906\ p. 118-lSO · texte numérisé non relu

Ai Harsack, Lukas der Arzt (Leipzig 1906\ p. 118-lSO

"!. Sur la critique récente faite par M. Harnack de Mat. xvi, 18 l'Ji

yez plus loin p. 113.

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son existence historique. — Pourtant, répondrai-je, il reste un fait que M. Harnack tient pour indéniable, qui est que ce sont les disciples de Jésus et les hommes qui croyaient en lui, qui ont formé l'Eglise, et encore que les « Douze » avaient été désignés par Jésus pour propager son enseignement et pour être un jour les juges des « douze tribus ». 11 reste cet autre fait non moins indéniable, qui est le rôle de Pierre parmi les Douze. Dans une perspective purement messianique, il n'aurait pas dû y avoir de premier parmi les Douze, observe M. Harnack, et cette observation semble très juste ; or dès le temps où Jésus est encore avee les siens, Pierre est le premier, il est le porte-parole, il est « an der Spitze », en tête. De même que dans le milieu palestinien où l'Évangile de saint Mathieu a été rédigé, on ne doutait pas que Jésus à Césarée de Philippe eût désigné Pierre comme la pierre sur laquelle il bâtirait son Eglise, ainsi dans le « milieu johannique » on ne doutait pas que le Christ ressuscité lui eût donné son troupeau pour qu'il en fût le pasteur. Pierre avait un rôle unique : M. Harnack reproche « aux exégètes et aux historiens protestants d'être enclins à déprécier la place de Pierre parmi les apôtres et dans la communauté primitive » [Entstehung, p. 6), mais n'est-ce pas le déprécier aussi que de l'expliquer, ce rôle, parles seules qualités natu- ' relies qu'on peut attribuer à Pierre? — Dans le christianisme de l'âge apostolique il devait se rencontrer sûrement quelque chose du communisme des Quakers, écrit M. Harnack {Entstehung, p. 17), et aussi d'un « doux anarchisme pneumatique» ; par contre, l'esprit juif d'ordre, de magistère, de loi, y était tout-puissant, et l'idéal du royaume de Dieu travaillait à s'y réaliser. Accordons-le, par hypothèse. Il s'y ajoutait,

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ontre l'autorité de l'Ancien Testament, « l'autorité des paroles du Seigneur », source des maximes de la vie chrétienne, nous accorde M. Harnack. Ceci est très vrai, mais ce n'est pas tout non plus, et M. Harnack nous accorde un dernier élément, « la prérogative des Douze et l'autorité infaillible (grâce à l'assistance de l'Esprit) de la communauté ». C'étaient là « les autorités absolues qui limitaient étroitement et contenaient la liberté de l'individu » et assuraient la « conformité » de tous [Entstehungy p. 18). Cette concession est capitale, on doit cependant demander plus. Comment, en effet, la prérogative des Douze avait-elle pu s'insérer entre des autorités si saintes et si absolues, si elle n'avait pas été fondée sur une mission émanant du Christ en personne ?

Nous rattachons ainsi l'Eglise au Clirlst parles apôtres, vieille théorie, certes! mais toujours valide, et à laquelle M. Harnack ne nous propose de substituer qu'une modernité bien fragile, quand il décrit l'Eglise naissant « automatiquement », naissant de la « communauté fraternelle d'hommes, qui par Jésus avaient trouvé Dieu, d'hommes qui se sentaient conduits par l'Esprit de Dieu, et qui, fidèles à l'idéal théciu''atique juif, croyaient à sa réalisation par Jésus » [Entstehungy p. 3). On s'étonne que ces disciples de la première heure aient eu une conscience religieuse si moderne que de trouver Dieu par Jésus, — la formule est de Ritschl, — eux qui étant juifs, enfants d'Abraham, n'avaient pjMS à trouver Dieu, mais seulement le Messie. Puis, comment l'attente de la réalisation du royaume, et tout autant l'inspiration charismatique individuelle, pouvaient- elle donner naissance « automatiquement » à une société? En réalité, ces disciples croyaient que Jésus était le Messie, le Fils de

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