‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 50 sur 216 · L'ÉGLISE NAISSANTE. 1S · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE NAISSANTE. 1S

visite » (il, 12). La volonté de Dieu est que par leur conduite les fidèles ferment la bouche aux insensée qui les méconnaissent (ii, 15). « Par votre bonne conscience, il faut que, sur le point même où on vous calomnie, vous couvriez de confusion ceux qui diffament votre bonne conduite dans le Christ » (m, 16). Ce en quoi les fidèles sont calomniés et méconnus est précisément leur qualité et leur nom de chrétiens (iv, 16).

Leur unité est donc manifeste, et cette unité est celle de leur foi et de leur fraternité. « En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes, vous vous êtes engagés à un sincère amour fraternel : aimez-vous donc ardemment les ims les autres, du fond du cœur, régénérés que vous êtes d'un germe non corruptible, mais incorruptible, par la parole de Dieu vivante et éternelle » (i, 22-24). Les fidèles sont comme des enfants nouvellement nés (ii, 2). Jésus est pour eux « la pierre vivante », et ils sont eux-mêmes « comme des pierres vivantes, construites en une maison spirituelle * » .

Les images s'accumulent qui ont pour fin d'exprimer l'unité organique des chrétiens, mais aucune ne l'exprime mieux que celle de peuple élu. « Car vous, vous êtes une race choisie, im sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis, afin que vous proclamiez les louanges de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (il, 9). Au milieu du monde incrédule, par opposition surtout au judaïsme aveugle, les chrétiens ont participé à la lumière : ils sont frères et donc ils sont une même famille ou race, mais race d'élection et li-

1. I Pet. Il, 4-S : X(Ooi![ûvTe<oUoôo(ieï(TOeoixo(icveuiiaTixd;.

brement élue par Dieu; ils sont une gens sacerdotale et royale ; ils sont un eôvoç saint ; convertis de la gentilité, ils sont un nouveau peuple de Dieu ^ Ils sont un troupeau qui était sans pasteur, et qui désormais est revenue celui qui est le pasteur et l'épiscope des âmes, Dieu'. L'épître, en s'exprimant delà sorte, a en vue les fidèles dispersés dans le monde, non une communauté locale. Le nom d'épiscope qui est donné à Dieu est une réminiscence d'Ezéchiel, une allusion aussi à la fonction de l'épiscope en chaque église.

Gomme saint Paul en ses grandes épîtres, la Prima Pétri a donc admirablement exprimé la nouveauté et l'unité du peuple chrétien. Et, comme saint Paul encore, elle fait une part aux dons de l'Esprit qui opère en ce peuple nouveau. « Que chacun mette au service des autres le charisme qu'il a reçu, l'administrant au profit de tous comme de bons économes de la grâce multiple de Dieu » (iv, 11). Comme chez saint Paul, le charisme est donné par Dieu pour le bien de la communauté : mais la Prima Pétri semble ne concevoir le charisme que comme un office, nous dirions une grâce attachée à une fonction. Les charismes sont répartis entre ceux qui parlent la parole du Seigneur, et ceux qui servent. « Si quelqu'un parle, que ce soit comme les logia de Dieu » (trf.), c'est-à-

1. I Pet. II, 9 : (»iJi.eïç Se y<vo« èxXexTév (/#. xun, »), powlAtiov ftpateufia {Exod. xix, 6), éôvo; â^fio^libid.), Xaà; elç «epnroiYioriv (/». xuu, 21). Dans l'Exode, loc. cit., le peuple d'Israël est un peuple de prêtres, qualificatif d'honneur et de grâce, ce qui n'empêche pas Israël d'avoir un sacerdoce à part.

2. / Pet. Il, 2K : ^T« yip <&? itpéSata. nXavw|uvoi, «XX ' ixtvspéuf/n'ze vûv èTtl tàv 7toi(Jiéva xal lirwntOTCOv tôv '^vx&'* 6fiici>v. Bzxch. xxxiv, H-12. Rapprocher Oracula Sibyllina, fragment cité par Thêopbil. ArUolyc. u, 36 (Geffcken, p. 227) :

où TpÉfwx' ouôè (çoêeïcrOe ôedv, tèv ÈTttçxoTtov û(i<^v,

Û«j>t<nOV, YVWffTTlV TtaVETtÔTtTTQV (JuxpTupa nàvTwv.

dire, celui qui enseigne n'a le droit d'enseigner que ce qui est de Dieu, non ce qui est des hommes ou de son invention propre, « Si quelqu'un sert, que ce soit par la force que Dieu donne ». Nous ne presserons pas trop les termes de cette antithèse jusqu'à reconnaître les diacres dans ceux qui servent, les épiscopes dans ceux qui parlent. Du moins, nous reconnaîtrons que l'église locale a des hommes pleins de grâce pour l'instruire et pour la servir.

La Prima Pétri s'en explique ailleurs plus clairement. « Je m'adresse aux presbytres qui sont parmi vous » (v, 1). Elle ajoute, montrant bien par là que ces presbytres remplissent l'office de chefs de la communauté : « Paissez le troupeau de Dieu, non avec crainte, mais avec douceur, non pour un gain sordide, mais de bon cœur, non en dominateurs de qui vous est confié, mais en devenant les modèles du troupeau : et, quand le souverain pasteur paraîtra, vous recevrez l'incorruptible couronne de gloire * . » Le troupeau est ici l'église locale : elle a des pasteurs immédiats, et ce sont eux que l'épître qualifie de presbytres. Ils seraient tentés d'être dominateurs, intéressés, durs : c'est donc qu'ils gouvernent et administrent. Ils ont pour chef invisible, pour archi-pasteur (àp/i7tot'[Ayiv), Dieu, à aui est le troupeau.

Si nous venons si tard aux épîtres pastorales, ce n'est pas que nous doutions de leur authenticité : elles sont bien de l'apôtre Paul, croyons-nous, et les dif-

i. I Pet. V, 2-4 : itoijiâvaTE xà èv b\iX\ TtoijAviov tov 6soO..., tûttoi Yivôi.'Evoi Tûù Ttotjxvîou. Cf. Hcb. XIII, 20. L'expression àpxwoiV^^ est connue et désigne un chef de bergers. Deissmann, p. 65.

ficultés, quelques-unes graves, qu'on élève contre leur origine pauline, à raison surtout de leur style, ne nous paraissent pas décisives ^ En fait, elles appartiennent à un horizon autre que celui des grandes épîtres de Paul ou celui des épîtres de la captivité : elles forment un groupe homogène, à part et tardif ; elles sont postérieures à tout ce qu'on sait par ailleurs de la biographie de l'apôtre; on doit les placer au terme de sa vie, mais elles sont de lui.

Les Pastorales ne sont pas un exposé didactique de la vie ecclésiastique, comme l'est la Didachè : elles ne disent pas tout, elles sont, par exemple, à peu près muettes sur le culte chrétien. Elles insistent longuement sur certains aspects, comme si elles voulaient appuyer sur quelque vérité plus opportune à inculquer.

Paul, en premier lieu, insiste sur le caractère autoritaire de la foi. « O Timothée, garde le dépôt », « garde le bon dépôt ^ », car l'Evangile est un dépôt, auquel, par définition, on ne doit rien retrancher, rien ajouter. « Demeure ferme dans ce que tu as appris et ce que tu as cru, sachant de qui tu l'apprenais 3. » Il s'agit là de la doctrine que l'apôtre lui a enseignée : Paul n'hésite pas à la considérer comme aussi sacrée que les « saintes Écritures » que Timothée connaît depuis son enfance [11 Tim. m, 15). « Ce que tu as écouté de moi, en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables d'en instruire d'autres » (// Tim. ii, 2) ■•.

\. Je renvoie à la discussion de F. Prat, p. kS^m^.

2. 1 Tim. VI, 20 : tylv TtapaÔiQxyjv cpÛÀaÇov. Il Tim. i, 14 : r^v xaXyjv uapaôrjxTiv çijXaÇov Sià 7tveu|j,aToç àyiou toù èvotxoOvToç èv i?i(xîv.

3. II Tim. III, 14 : (iéve èv olç é'jjtaôeç xal ÈTïKTTwôy];, elSwîTiapà tNwv

4. Tit. III, 9-11 : (JLWpàç X,r{iiiati:, xai YsveaXoyîa; xal êpiv xal {iiâx*<

Le danger, en effet, que court l'église à laquelle Timothée congacre ses soins, est d'être envahie par les mauvais docteurs, qui foisonnent maintenant : ces erreurs, comme celles que dénonce l'épître aux Colossiens, font penser à quelque syncrétisme judéogrec, gnosticisme préchrétien. « Evite les questions folles, les généalogies, les querelles, les disputes relatives à la Loi, car elles sont inutiles et vaines. Après un ou deux avertissements, éloigne-toi du fauteur de discordes, sachant qu'un homme de cette espèce est perverti, et qu'en péchant il se condamne lui-même ^ ». Disputer est inutile et insensé : il faut fermer la bouche à ces brouillons *.

vo(iucoc< (disputes sur la Loi),... alpeTixôv âvOpcoTcov (j.£Tà (ilav xa\ îeuxépav voufleatav irapaiToû. — Le mot atpsdiç se rencontre déjà chez les Septante, comme dans le grec classique : il signifie < choix >,par extensioB • opinion librement adoptée », et donc « école > ou < parti >• sans aucune nuance de défaveur. Ainsi l'historien Josèphe présente les Pharisiens, les Sadducéens, les Esséniens, comme trois a{ç£(T£i; juives. Antiq. xui. S, 9. Le mot a le même sens chez saint Luc {Act. v,17;xv,5;xxiv, 5,14; xxviii, 22). Chez saint Paul, il eet synonyme de dissidence coupable, de schisme {Gai. v, 20, et I Cor. xi, 19). M. Jùlicher (art. « Herasy » de VEncyclop. Biblica) remarque à ce propos que le christianisme a xi bien pour devise • vous êtes tous un dans le Christ Jésus », qu'on regarde désormais aTec aversion toute tendance à l'individualisme, et que l'hérésie qui, pour un philosophe grec, aurait été un symptôme de vie, est pour saint Paul un désordre. C'est le sens aussi de 7>L m, 10, où pour la première fois apparaît le mot oriperixôc, qui ne se rencontre ni chez les Septante, ni dans le grec classique. On volt ici comment l'évolution du sens d'un mot implique l'histoire d'une institution.

t. TU. 1, 10-11 : (taxaioXôyoi xai çpEvanà-ai, jidt)ttrra ol èx Tçepixojiri;, oOç Ô£? èuidTOfiîÇetv. Cf. / Tira, i, 3-4. Les Juifs interdisent de même de discuter avec des chrétiens. Icstin. Dialog. xxxvm, 1.

2. / Tim. 1, 19 : irepl tVjv it!<mv évosuàYYiaav. L'apôtre en nomme deux, Hyménée et Alexandre, qu'il a « livrés à Satan ». CL / Cor. v, 5. Livrer à Satan équivaut à chasser de l'Église de Dieu : à l'Eglise do Dieu, en effet, s'oppose la < Synagogue de Satan * (CL loa. vni, 44, e; surtout Apoc. II, 9 et 13; ui, 9). Les Juifs chassaient aussi de leurs synagogues {Luc. VI, 22; loa. ix, 22; xii, 42; xvi, 2). La domination de Satan sur le siècle présent est exprimée par la finale non canonique de saint Marc, telle que la donne le ms. de Freer : les apôtres disent à Jésus : < Ce monde d'iniquité et d'incrédulité est au pouvoir de

L'autorité défend le dépôt de la foi, en rejetant hors de l'Eglise les chrétiens qui « ont fait naufrage dans la foi ». Si quelqu'un donne un autre enseignement^, s'il n'adhère pas aux paroles salutaires de Notre-Seigneur Jésus-Christ et à l'enseignement conforme à la piété, c'est un aveugle. « Pour toi, tiens le langage qui convient à l'enseignement salutaire' ». Cet enseignement salutaire est en toute chose « l'enseignement de notre Sauveur Dieu » {Tit.n, 10).

L'épître à Tite dénonce les mauvais docteurs, « insubordonnés et vains discoureurs » , qui se recrutent surtout « parmi les circoncis », et qui, par une propagande cauteleuse, dissimulée, « enseignent ce qu'on ne doit pas enseigner' ». Les Pastorales parlent des « circoncis » comme la Didachè des « hypocintes ». Il n'est pas question de faux apôtres ou de faux prophètes, pas davantage de fidèles parlant au nom de l'Esprit : il n'est question dans les Pastorales que de didascales qui trahissent l'enseignement salutaire''. Cet enseignement est celui de Jésus-Christ, ît dans la conservation de cet enseignement l'autorité appartient à l'apôtre qui écrit l'épître, à l'évangéliste son disciple à qui l'épître est adressée, et

Satan. Jésus répond : Le terme des années ne la puissance de Satan est accompli. • Jàcqcier, t. ni, p. 342.

i. / Tim. VI, 3 : sï ti; éxcpoSiSaaxaXeî xaî (iTj npoo-épxetai ûyiacvoudiv Xéyoïç Toî; toû x. xal t^ xa-u' eùuéSetav ôiSao-xaXtqt... Sur étepooiSacxaXeiJv, voyez / Tim. i, 8. Comparer toute l'épitre de saint Jude.

2. TU. H, 1 : XdtXet & 7tp<Ttei t^ uYiaivoud^j SiSao-xaXt'a. Notez l'insistance avec laquelle les Pastorales opposent la doctrine saine et guérissante à la doctrine gangrenée :// Tim.n, 17; i Tim. vi, 4; TH. I, i5.

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