‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 58 sur 216 · LUI, 1 : tepà< -)fP^<P^> Xéyta toO 6&où. Cf.xLV,â · texte numérisé non relu

LUI, 1 : tepà< -)fP^<P^> Xéyta toO 6&où. Cf.xLV,â

vides et vaines, et venons au glorieux et vénérable canon de notre tradition * . »

La Prima démentis n'a pas à se préoccuper d'appliquer ce principe du canon à une matière de doctrine, contre des hérétiques. La Prima démentis n'a à traiter que de l'ordre hiérarchique en tant qu'il est l'institution même du Christ. « Nous devons faire tout en ordre, tout ce que le Maître nous a prescrit d'exécuter à des moments déterminés » ^. C'est une allusion au culte chrétien. Ici, comme dans la Didachèy le culte chrétien évoque le souvenir du culte lévitique. « Les offrandes et les liturgies doivent être faites, non pas comme il plaît et sans ordre, mais comme le Maître l'ordonne, en des occasions et à des heures déterminées. Où et par qui doivent-elles être faites, luimême l'a fixé de sa souveraine volonté ». Il a déterminé la fonction du grand-prêtre, et le lieu assigné aux prêtres, et les offices des lévites : il y a des prescriptions pour l'homme du peuple, le laïque, c'est-àdire pour l'israélite qui n'appartient pas à la tribu de Lévi et à la famille sacerdotale^. Nous sommes en pleine allégorie, le lévitisme étant la figure de l'ordre que la Prima démentis conçoit qui doit régner dans

4. VII, â : êX9(i)|Aev ivX xh\ eùx^eî) xal «tivov tîJc ïiapaSôffeo); r,|xwv xavôva. Le mot xavwv reparaît que nous avions rencontré dans II Cor. X, 13 et Gai. vi, 16 : il a ici le sens de régie impérative, d'autorité. Il se retrouve deux autres fois chez Clément : i, 3 (êv Tcji xavâvt tî)î uTcoTayriç) et xu, 1. Cf. Hoeknicke, Dos Judenehristtntum itn ersten und zweiten Jahrhundert (Berlin 1908), p. S61.

1. XL, 1 : Ttdtvxa tixSev -reoieîv ôpelX^iev îaa ô ôeonrotTiç iurtïXsïv Ixé- Xeuaev xaxà xoiipoùç Texa-yçiivou;.

3. XL, 2-5 : Tû yàp ipyieçti tSiai >«ToupY£ai SeSofiivai elfffv, x«V toÎç iepeOffiv ÎSio; ô totto; irpoiTTSTaxTai, xal XsutTaiç ïSiai Siaxoviai ÈTtixeivTat, 6 Xaïxô; àvepwTto; xtX. Sur la signification de l'âpxtepsw;, LiGHTFOOT, Clément, t. II, p. 123. Noter l'emploi du mot xôitoç. Le mot XaKxôç fait ici son apparition dans la langue ecclésiastique (il manque aux septante. Cf. llxwtUiCK, EntstehlÉ'^g■, p. 81.

la liturgie chrétienne. On controverse sur le point de savoir si le grand-prêtre ici (àp/^ispeuç) figure l'évêque, ou s'il figure le Christ : sûrement du moins les prêtres (îepeTç) figurent les presbytres, et les lévites les diacres. En tout état de cause, le culte chrétien appartient à une hiérarchie distincte du peuple : il y a des clercs, et il y a des laïques. « Chacun de nous, mes frères, doit se tenir à son rang, et ne pas enfreindre le canon fixé de son office ^ . »

Nous avions rencontré déjà dans la Prima démentis une figure très romaine de cette hiérarchie : les chrétiens comparés à une armée servant sous des chefs, chacun à son rang et selon son grade exécutant les ordres du basileus et des chefs. Lebasileus ici est le Christ, les chefs (^fiyoufAevoi) sont les presbytres. Remarquons que le basileus commande, et que les chefs aussi commandent 2. D'où vient aux presbytres ce droit de commander, et cette autorité qui se superpose à celle des préceptes reçus? La Prima démentis répond que le Christ a été envoyé par Dieu, et que les apôtres ont été envoyés par Jésus-Christ. Tertullien, cent ans plus tard, ne dira pas mieux : « Ecclesia ab apostolis, apostoli a Christo, Christus a Deo ».

1. XLi, 1 : ëxacjTo; y||j,ûv, àSeX<po(, év tw I5c<j) Tayii-aTt..., \i.y\ napex- Saîvwv TÔv â)pia|x.évov tyjç XeiTOupyiaç aûxoù xav^va.

2. XXXVII, 2 : là. èitiTaffcrdtJLeva ûtto toù pao-tXéwç xai twv ^^yo^M-^vwv. — Ces expressions renferment aussi le sentiment du loyalisme de Clément envers l'empereur et les magistrats. Le christianisme primitif a professé deux sentiments à ce sujet. D'une part, le sentiment qui se fait jour dans l'Apocaljrpse de saint Jean, et qui considère l'Empire comme une manifestation de l'Antéchrist. D'autoe part, le sentiment loyaliste qui rend à César ce qui est à César. Pour ne rien dire du texte obscur de II Thess. ii, 6, 7, saint Paul est catégorique dans le sens loyaliste, Rom. xin, 1-7 et Tit. m, i. Autant saint Pierre, I Pet. II, 13-14, 17. En retour de ce sentiment, les chrétiens, comme les juifs, n'attendent de l'Empire que la sécurité et la Justice : ils n'osent lui demander de se convertir

L'EGLISE NAISSANTE. IbS

La Prima démentis ajoute, en effet, que les apôtres, après avoir reçu les instructions du Sauveur ressuscité, sont partis pour prêcher le royaume de Dieu; ils l'ont prêché dans des provinces, dans des cités, où ils ont établi les « prémices », les premiers convertis, de ces provinces ou de ces cités dans les fonctions d'épiscopes et de diacres, pour le service des fidèles à venir (xlii, 1-4). La hiérarchie est ainsi fondée sur l'autorité immédiate des apôtres. Quand les « prémices » , quand les premiers épiscopes investis par les apôtres, mourront, leur charge sera relevée au fur et à mesure par de nouveaux épiscopes, qui auront le témoignage de l'estime de tous : ces nouveaux épiscopes auront, en effet, été investis, sinon parles apôtres, au moins par les épiscopes que les apôtres avaient investis : on requiert le consentement de toute l'église ^ En d'autres termes, l'autorité épiscopale, avec les pouvoirs qui la constituent, n'est pas, comme les magistratures des cités grecques, simplement issue du vote des membres de l'assemblée ; elle n'est pas un pouvoir délégué par cette assemblée : elle est un office ou XeiToopyi'a que ceux qui en ont été investis passent à leurs successeurs comme un héritage qui se transmet de main en main. Elle est proprement la hiérarchie.

Ce principe est celui au nom duquel la Prima démentis réprouve le scandale donné par l'église de Corinthe. Les presbytres, en effet, qui s'acquittent sans

4. xLiv, »-3. On peut voir dans ces textes une allusion à l'épiscopal collégial, et une allusion aussi au mode d'élection. On choisit des liommes de confiance (5eSoxi|jLa(T(i£vot). ils sont investis par les apôtres ou, si les apôtres sont morts, par les épiscopes ou presbytres établis par les apôtres. Ils sont investis avec le consentement de l'église locale. Toùç oCv xaxaffTaOévTotî ùtc' êxEÎvuv (les apôtres) îj tAeraÇù Oç' âTc'pwv èXXoYÎiicov àvôptôv, awv£u6oy.Ti(Tii<nK tîî; âxxXT)<r(a: niay^. L'église locale n'apporte à l'investiture que son consenteaieut.

reproche de leur charge, « nous professons qu'on ne peut en justice les déposer » (xliv, 3). Le scandale est abominable et indigne du christianisme, que dans une église vieille et forte comme celle de Corinthe, pour un ou deux personnages, une cabale s'en prenne aux presbytres, c'est-à-dire aux chefs de l'église (xlvii, 6). Cette sédition est impie, détestable : « Notre péché ne sera pas petit si, ceux qui ont sans reproche et saintement offert les dons, nous les chassons de leur charge épiscopale ^ » Ces quelques mots impliquent que, au cas où il y aurait grief grave, la communauté peut retirer la charge épiscopale à qui en est investi. En dehors de ces cas, la charge est inamissible et à vie (xliv, 5-6).

La conclusion pratique de l'épître est que de Rome sont dépéchés à Corinthe « des hommes fidèles et sages » , des hommes d'âge et connus depuis leur jeunesse pour la gravité de leur vie : « Ils seront témoins entre vous et nous » : en d'autres termes, ils témoigneront aux Corinthiens des sentiments des Romains, et leur remettront la lettre même de Clément. « Nous avons agi ainsi afin que vous sachiez que toute notre préoccupation a été et est de procurer au plus tôt la paix parmi vous » (lxhi, 3-4). L'église romaine avait-elle de Corinthe été sollicitée d'intervenir? L'épître ne le dit pas; si les presbytres que la sédition des Corinthiens a renversés, ont recouru à Rome, peut-être est-il plus habile à Clément de s'en taire. Dans cette hypothèse, nous aurions là un bien remarquable re-

4. xuv, 4 : Â(iapTÎa oit (i(xpàir|{i,Tvf(TT«, iàvTo{icà(ié(Jt.TrTC0c xai évieaç TcpoaevEYxovTa; -rà StBpa, -ri)? èTCterxoTrijç àito6â.\(û\iev. Ici encore affirmation du caractère sacerdotal de l'épiscopat, et de l'inclusion de l'épiscopat dans le presbjtérat, au sens que nous «yods précisé ailleurs.

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cours à Rome, le premier de tous dans l'histoire. Il se peut aussi que Rome ait vraiment appris par le bruit public le scandale survenu à Corinthe , et que son intervention soit spontanée (xLvii, 7). Dans cette hypothèse, on découvre mieux ce que la révolution intestine qui s'est produite à Corinthe a d'inouï, mais aussi comment à Rome on se sent déjà « en possession de l'autorité supérieure, exceptionnelle » que Rome ne cessera de revendiquer plus tard, et qui, dès cette première intervention, est à Corinthe religieusement obéie'.

M. Sohm, qui a reconnu à l'épître de saint Clément de Rome l'importance du témoignage qu'elle apporte à l'histoire du catholicisme, et de la primauté romaine, voit dans cette épître le manifeste du droit ecclésiastique, de ce fameux Kirchenrecht qui est, à ses yeux, l'armature du catholicisme. L'idée fondamentale du catholicisme, dit-il, est que l'Eglise visible gouvernée par les évéques et le pape est identique à la chrétienté ou Église du Christ. Pourquoi? Parce que la chrétienté a reçu de Dieu même une constitution juridique déterminée, parce qu'il existe un droit divin. Et telle est la doctrine qui trouve sa première expression dans l'épître de Clément aux Corinthiens. Avant Clément il n'existait rien d'approchant, si bien qu'on doit dire que l'épître de Clément a mis fin à l'état primitif de la chrétienté, et qu'elle a produit « l'accident le plus considérable de toute l'évolution de l'Eglise ^ ».

Cette vue renferme un important élément de vérité, en ce qu'elle caractérisa très justement la doctrine de Idi Prima démentis. Oui, Ia Prima démentis

i. DocBE^E, Églises séparées (Paris 1896), p. 136. Relevons aassi que l'apôtre Jean vivait eacore à Ephèse, qu'il n'intervient pas, alors que les relations entre Ephèse et Corinthe étaient bien plus naturelles qu'entre Corinthe et Rome.

*. SoHM, Kirchenrecht, p. 160.

proclame le droit divin de la hiérarchie investie parles apôtres. Oui, ce droit divin delà hiérarchie est constitutif du catholicisme. — Mais la Prima démentis a-t-elle créé de toutes pièces le droit divin de la hiérarchie à l'occasion de l'incident de Corinthe, ou ce droit divin n'était-il pas déjà dans les institutions existantes et dans l'idée qu'on s'en formait partout ?

La Prima Clementis n'est pas l'expression d'une ecclésiologie qui serait purement romaine et juridique. Si loin qu'il y ait de l'homme de droit et de tradition qui a écrit la Prima Clementis , à l'auteur pathétique et mystique des épîtres ignatiennes, on ne fait pas un paradoxe quand on affirme que saint Clément de Rome et saint Ignace d'Antioche ont la même conception essentielle de l'Église.

Un premier trait leur est commun : saint Ignace ne connaît plus ces missionnaires itinérants qui, poussés par l'Esprit, circulaient encore au temps de la Didachè d'église en église. Les églises sont en correspondance continuelle : cette correspondance de lettres et de courriers est réglée et si on peut dire officielle. Ignace, ainsi, prie l'évêque de Smyrne Polycarpe de réunir l'assemblée des fidèles Smyrniotes, et de faire désigner un courrier qui ira à Antioche dire la reconnaissance d'Ignace pour les Smyrniotes^ Ignace encore prie Polycarpe d'écrire aux églises prochaines et de demander à chacune de ces églises d'envoyer, si elles peuvent, porter à destination les lettres de Polycarpe. « J'embrasse celui qui, à Smyrne, sera désigné pour aller en Syrie ^. »

L'insistance de la Prima Clementis sur la nécessité de l'obéissance des fidèles à la hiérarchie établie pouvait s'expliquer par l'anarchie où était accidentellement tombée l'église de Corinthe : ce qui donne au

1. Polye. VII, 2 : irpértet ciuixêoûXiov àYayetv teoTzpzttia'za.xow xai ^£tpoTovr)ffaî Tiva... Le verbe xstpofovsïv signifie toujours élire. Et voilà pourquoi Ignace appelle ici l'église (Ui^êouXiov.

i. Polye. vni, 1-2. Cf. Polycarp. Phili. xm et xiy.

contraire à cette insistance sa véritable signification, c'est que les épîtres ignatiennes y insistent pareillement, et auprès de toutes les églises, comme sur un principe fondamental. Le mot 6(xov*ia est aussi fréquent chez Ignace que chez Clément, et le motuTroxàff- <reiv, au sens de soumission et d'obéissance, n'est pas moins répété. Partout une hiérarchie est constituée, avecun évêque souverain, un presbyterium de prêtres, enfin des diacres ^ . « Que tous les fidèles révèrent les diacres comme [ils révèrent] Jésus-Christ » , Jésus- Christ ayant voulu être le serviteur des siens ; qu'ils révèrent « l'évêque comme l'image du Père, les prêtres comme le sénat de Dieu et l'assemblée des apôtres : sans eux », l'évêque, le presbyterium, les diacres, « il n'y a pas d'église * ».

Ignace ne cherche pas seulement, comme Clément, la raison de la soumission des fidèles à la hiérarchie, dans l'institution apostolique de cette hiérarchie^ : il veut qu'on voie dans cette hiérarcliie l'autorité divine qu'elle réprésente. Ignace est un mystique pour qui l'évêque est la grâce de Dieu et le presbyterium la loi de Jésus-Christ : Dieu est l'évêque par excellence, l'évêque invisible qui se manifeste dans l'évêque visible''. Les fidèles se soumettront à l'évêque, comme Jésus-Christ s'est soumis à son père, comme les

i. Je ne puis insister ici sur l'origine de l'épiscopat monarchique. Voyez Duchesse, Hist. ane. t. I, p. 89-93, contre Harsack, Entslehung, p. (J0-"0. Et l'on me permettra de renvoyer à mes Etudes d'histoire et de théol. positive^ (1920), u. 225-266.

2. Trall. m, 1 ; X'^P'? "^oJ'wv i^'ùy^aiix où xa)«(T«i. Cf. Smyrn. viii, \. Ad Polycarp. vi, 1. Cf. Polycaup. Phili. v, 3,

3. Trall. vu, 1 : toûto Se l^tai û|JLtv (ay) çu(7to-j|jL£Voiç xaî oCffiv à^ttipiitoiî 'lïiooû XpiffToO xai loO èwkdcojîou xai xwv ôiaTayiiàTCùv twv à7co(7T(5Xwv. LiGHTFOOT, Içiiatius (1889), t. U, p. 169, croit voir là une référence à llnslitution de l'épiscopat.

Af.Magn. ii et m. Cf. Polyc. inscr. et yiu, 3, sur l'épiscopat de Dieu.

apôtres se sont soumis au Christ, au Père et k l'Esprit Mis se soumettront au presbyterium, comme aux apôtres du Christ 2. Ignace, pour exprimer cette discipline, retrouve la comparaison dont usait saint Clément, la comparaison de la discipline militaire : qu'il n'y ait pas de déserteur parmi les fidèles enrôlés au service du Christ ^. Il retrouve de même la comparaison de l'unisson choral, que nous avons rencontrée chez saint Clément : le presbyterium est accordé à l'évêque comme sont les cordes d'une cithare : toute l'église chante d'accord et à Tunisson, comme un chœur et d'une seule voix*. Les fidèles sont unis à leur évêque d'un lien qui n'a rien d'humain, d'un lien spirituel, le même lien qui unit l'Église à Jésus- Christ, « afin que tout soit d'accord dans l'unité ^. » Les fidèles sont les membres du Christ. Il importe donc qu'ils se maintiennent dans « l'unité immaculée, pour participer à Dieu même*. »

L'adresse de chacune des épîtres ignatiennes atteste que l'église, l'église locale et autonome, est, pour lui, un être moral, prédestiné, sanctifié, et qu'il exalte avec une foi qui est un vrai lyrisme. L'église « qui est à Éphèse » est « bénie dans la grandeur de Dieu en toute plénitude » ; elle est « prédestinée avant tous les siècles ». L'église « qui est à Magnésie du Méandre » est « bénie par la grâce de Dieu le Père en Jésus- Christ notre Sauveur ». L'église « qui est à Tralles d'Asie » est « aimée de Dieu, » elle est sainte, elle est

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