Philad. in, 4. Cf
4. Philad. VI, 1. Voyez la note de Funk sur ce texte, PP. apostol. (1901), t. I, p. 269, ciUnt Clément d'Al. et Didyme.
l'églisk naissa.nte. 11
voix, voix de Dieu : Attachez-vous à Vévêque^ et au prèsbyterium, et aux diacres! Eux supposèrent que jt disais cela parce que /avais connu d'avance la scission de quelques-uns. Or celui en qui Je suis enchaîné m'est témoin que je ne l'avais pas appris par une chair humaine, mais l'Esprit annonçait, disant ceci : Ne faites rien sans Vévêque, gardez votre chair comme un temple de Dieu, aimez l'unité, fuyez les divisions, soyez imitateurs de Jésus-Christ, comme lui l'était de son Père !
[viii.] Quant à moi, je faisais ce qui dépendait de moi, comme un homme qui est du parti de l'unité. Où il y a division et colère, Dieu n'habite pas. A tous ceux donc qui se repentent le Seigneur pardonne, s'ils se convertissent à Vunité de Dieu et à la communion de Vévêque : je crois à la grâce de Jésus-Christ, qui nous délivrera de tout lien. Mais je vous supplie de ne rien faire par esprit de querelle, mais selon ce que vous savez du Christ. En effet, j'appris que quelques-uns disaient : « Si je ne trouve pas [ce point de foi] dans les archives, dans l'Evangile^, Je ne crois pas! » Et comme je leur disais : « C'est écrit! » ils me répondirent : « C'est là la question! » Pour moi, les archives, c'est Jésus- Christ; les invisibles archives, c'est sa croix, sa mort, sa résurrection, et la foi qui est par lui : c'est en ces choses que je veux f grâce à votre prière, être Justifié.
Voici saint Ignace aux prises avec des fidèles en travail d'hérésie. Ignace a répété son mot, toujours le même : Aimez l'unité, rien sans l'évêque. A Philadelphie, on n'a pas cru que ce fût là un principe, on y a vu une leÇon à l'adresse de quelques-uns, qui se détachaient à ce moment-là de l'évêque et de l'unité. Et sans doute la leçon était opportune, mais Ignace n'y pensait pas : ce qu'il disait à Philadelphie, il l'avait dit partout. — Or, à Philadelphie, les fidèles qui se
4. Pour le texte de ce passage, voyez la note de Funk, PP. apostol. 1. 1, p. 270.Surlesàp-/eïa ou archives des cités grecques. Chapot, p. 245-248.
LÉGLISE NAISSANTE. 163
sont laissé séduire par l'erreur docète, raisonnent leur erreur et posent un principe : Si nous ne trouvons pas l'article de foi qui nous divise, dans les archives, c'est-à-dire dans l'Evangile, nous ne croyons pas. Par « archives » on doit entendre ici, non pas l'Ancien Testament, comme l'a supposé Lightfoot, mais simplement, avec Funk et Zahn, tout dossier de documents authentiques, comme sont ceux qui se conservent dans les archives publiques : le dossier auquel ces controversistes en appellent est l'Evangile. Je ne crois, disent-ils, que ce qui est écrit.
Ce peu de mots de l'épître aux Philadelphiens pose l'antithèse de l'Ecriture et de l'autorité hiérarchique, et déjà des hérétiques se réclament de ce qui est écrit. En soi, cet appel à l'Écriture ne doit pas étonner saint Ignace, car il ne peut pas ne pas admettre l'autorité d'une Écriture. Ne disait-il pas aux Magnésiens : « Appliquez-vous à vous fortifier dans les maximes du Seigneur et des apôtres* »? Le mot maximes rend mal le mot grec 8ÔYf*aTa, qui exprime l'idée d'ordonnance ou de décision émanant d'une autorité incontestée et qui oblige. Si le Seigneur et les Apôtres ont donné aux chrétiens de tels « dogmes », tout écrit qui aura pour contenu ces « dogmes » sera investi d'une autorité égale à celle du Seigneur et des Apôtres. Le principe même du Nouveau Testament considéré comme un canon est là ^. Ignace accepte le principe :
i. Magn. xin, i : nrouSàÇeTe ouv peêaiwO^vai év toïç SÔYjiafftv toû xupîou xal xcôv àTTOffTÔXwv. Le mot 8ôy\La désigne au sens premier toute résolution ou décret qui dans une cité grecque a force de loi. Voyez DiTTENBERGER, Sylloge inscriptionum graeca)U7n,t. III, p. 173, l'index au mot ^oy^a. On comprend que ces Sôy^Aata soient conser- Tés dans l'archive public de la cité.
2. Cf. Philad. y, 1 : npoafxjyùiw T(p t\)ct.yyù.i(jf... xatTOÏ; ànocnéXoi^..., xal Toù; npoçiotaç 8è àYa7iù(j.£v xtX. et la note de LiCHTrooT, in loc.
aussi, qu'on croie ce qui est écrit, et il dit aux docètes contre qui il dispute : Ce qui est écrit témoigne contre vous. A quoi les docètes répondent : C'est justement ce qui est en question. Et nous voilà au rouet.
On voudrait voir saint Ignace indiquer plus nettement que l'Écriture ne se suffit pas et que la foi écrite n'est pas toute la foi. Il l'insinue quand il dit : « Pour moi, les archives c'est Jécus-Christ, et la foi qui est par lui, » La foi qui fait foi est la foi dont témoigne l'Eglise en tant que telle... Mais l'affirmation d'Ignace n'a pas la netteté qu'un Irénée ou un TertuUien lui donnera un jour.
Nous serions incomplet cependant, si nous ne notions pas l'importance que saint Ignace donne à l'autorité des apôtres, ha. Prima démentis déjà montrait dans les apôtres les fondés de pouvoir de Jésus-Christ pour l'établissement de l'Eglise sur toute la terre. Saint Ignace, nous venons de le voir, met les « dogmes » des apôtres sur le même plan que ceux du Seigneur. Il parle de l'Évangile comme d'une présence réelle du Christ, et tout aussitôt des apôtres comme du premier presbyterium de l'Église ^ Il compare les apôtres aux prophètes de l'Ancien Testament, qui, eux aussi, en une certaine manière, ont annoncé l'Évangile^. 11 met l'autorité des apôtres bien au-dessus de celle qu'il peut avoir lui-même, évêque et martyr : « Je n'en suis pas venu, parce que je suis enchaîné, au point de m'estimer jusqu'à vous donner des ordres comme
— Je ne puis donner dans ce livre le développement qui conviendrait à l'histoire de la formation du canon du Nouveau Testament. J^ai étudié les conclusions de Zahn dans un article d« la Revue bibtiqus^ t. XII, (1903>, p. M 0-26, 226-233.
i. Pliilad. V, \.
a. Philad. V, a»
un apôtre ' . » Il s'excuse d'écrire aux Romains : « Je ne vous donne pas des ordres, comme Pierre et Paul : eux, ils étaientapôtres*... » L'autorité des apôtres était bien évidemment privilégiée et incommunicable : cette autorité ne cesse pas d'appartenir aux décisions portées par eux et à l'enseignement donné par eux.
L'unité se fonde ainsi, en droit divin, et cette unité est si clairement pour Ignace l'économie voulue et procurée par Dieu et par le Seigneur, qu'il ne s'attarde pas à la justifier davantage. Il voit l'unité réalisée en chaque église, il la voit autant dans le vaste monde réalisée en l'unité qui unit les églises en une seule par l'unité de leur foi. Le Seigneur, en qui nous croyons « dune foi immuable », est né de la Vierge Marie, a été baptisé par Jean, a été crucifié sous Ponce-Pilate, est ressuscité « afin d'élever un étendard pour tous les siècles, pour ses saints et ses fidèles, soit parmi les Juifs, soit parmi les Gentils, et cela dans le corps unique de son Église ^ ». Cet étendard est la croix, et dans l'Eglise il est arboré à jamais, pour y réunir Juifs et païens en une même vocation, qui fait d'eux, les fidèles et les saints, un corps
1. Trall. III, 3 : oOx... it^ àu^uToXo; ûjjîv dtaT(x<T(T(i>{iai. (rabrége le texte.) Rapprochez Act. xvi, 4, et Ignace lui-même, Eph, m, 1 : où ûia-àaco|iou ûnïv w; wv xt. Le mot Sia-afri s'entend d'une ordonnance de médecin, mais aussi des décisions impériales. Deisshamn, p. S6-57.
3. Rom. IV, 3 : où^ (bc nétpo; xai IlaùXo; 6taTâ<Tao|tai Ofitv, ixeïvoi àn6ffTo),oi, ÈYW xaTctxpiToç. Cf. Eph. in, i. Pour que saint Ignace parle ainsi de Pierre et de Paul, il faut que ces deux apôtres tiennent à l'église romaine par des circonstances historiques, il faut qu'ils aient commande aux Romains.
3. Smyrn. i, 2 : ïva ôpTj miatnjiiov tU tow; aîàivaî iià Trjç àva(rr(Xffea>(; elç Toù« àytouç xaî ittorroù; aÔToû, tX-ze èv 'louSaioi; sln èv êOveaiv, èv évl owiiaxi TT); è%x/y\'3iac aùtoO. L'Église est l'Église de Jésus-Christ, allusion peut-être à Math, xvi, 18. Elle est un corps, emprunt à Col. i, 18 et à Eph. ii, 16, etc. Ignace explique ailleurs {Eph. xvii, 1) que le Christ a été oint allégoriqueroent de parfums, pour conmmniauer à l'Église l'incorruptibilité (à^OaoTÎa).
unique. — Le même sentiment est exprimé par Ignace, dans cette lettre aux chrétiens de Smyrne. « Là où paraît l'évêque, écrit-il, là doit être la collectivité [des fidèles], comme là où est Jésus-Christ, là est l'Eglise catholique ^ » En d'autres mots, l'évêque fait l'unité de l'église locale, et Jésus-Christ fait l'unité de toutes les églises locales disséminées à travers le monde, l'unité de tous les évêques dispersés. « Jésus-Christ, en effet, écrit saint Ignace aux Éphésiens, est la pensée du Père, comme les évêques établis dans les limites [du monde] sont la pensée de Jésus-Christ ^. »
Ce n'est pas la première fois que nous découvrons chez un écrivain chrétien le sentiment de l'unité actuelle de l'Eglise dans l'espace : mais pour la première fois, ici, dans la littérature chrétienne, est prononcé le nom d'Église catholique '. Il ne s'agit pas, à vrai
1. Smym. vin, s : ôirov iv ^ XpiCTTÔ; 'Itictoùç, èxEïi^ xaOoXixyi êxx^yiffta. FuNK : « Rêvera ecclesiis singulis universa ecclesia opponitur, et ut episcopuB illarum (visibile), sic Christus haruoi (invisibile) caput declaratur. » Lightfoot : « The bishop is the centre of eacli individual Church, as Jesus-Christ is Ihe centre of the universal Church ».
a. Eph. m, a : ol ètcCukotioi, ol xaT« xà itépaxa ôpioôévxsç, iv 'iKjffoù XpKJToO yv(x)[Li;i^ioî'^- Le sens géographique de xaxà xà itépaxa (cf. IGNAT. Rom. VI, i) ne saurait être douteux.
3. Le mot xaOoXixôç ne se rencontre ni dans les Septante, ni d»ns le N. T. 11 appartient au grec classique, mais là on ne signale son em ploique dans la langue philosophique pour désigner une proposition universelle : le stoïcien Zenon avait ainsi écrit un traité des universaux, xaOoXixd. Nous retrouverons cet emploi chez Clément d'Al. et chez Origène. Quintilien écrit : « Mihi semper moris fuit quam minime alligare me ad praecepta quae xaOoXtxà vocitant, id est (ut dicamus quomodo possumus) universalia vel perpetualia *.Inst. orat. Il, 13, 14. Le mot xa6. signifie universel dans des expressions comme • histoire universelle », ainsi chez Polybe, HitU viii, 4, il : xf)i; xaeo)ixïiç xal xotvîî; laxopfa;. Saint Justin l'applique à désigner la résurrection des morts : f^ xaOo).ix9i àvàcxaai;, Dial. 82. Autant Théophile d'Autioche, Autol. i, 13. Chez Philon, xa8. signifie général par opposition à particulier, Vitu Mosis, u, 32 (éd. Cohn, t. IV, p. 212). Cf. LicnTFooT, Ignatius, t. II, p. 310, et Kàttknbuscu, Apostol. Symbol. t. II, p. 920-92Î.
liro, d'opposer l'Eglise universelle aux conventicules lissidents, comme feront bientôt les controversistes : saint Ignace n'a en vue, ici, que d'opposer les églises locales à l'Eglise universelle. Mais Ignace dégage cette Eglise totale et une, et il lui donne le nom qu'elle portera dans l'histoire ^
Un dernier trait achèvera l'ecclésiologie d'Ignace. A-t-il connu à cette Eglise, dispersée dans les limites du monde, un centre localisé d'attraction? A-t-il conçu que l'église de Rome fut investie d'une primauté sur les autres églises? Le texte, au sujet duquel ces questions se posent, est l'adresse de l'épître de saint Ignace aux Romains. Si les adresses des autres épîtres désignaient chacune des églises auxquelles Ignace écrivait, avec une emphase qui est, pour le moins, asiatique, l'adresse de l'épître aux Romains est plus emphatique qu'aucune autre. « Ignace, y lisons-nous, à l'église qui a obtenu miséricorde dans la magnificence du Père très haut et de Jésus-Christ son fils unique ; à l'église aimée et illuminée par la volonté de celui qui veut tout ce qui est, selon l'amour de Jésus- Christ, notre Dieu; [à l'église] aussi qui préside dans le lieu de la région des Romains, digne de Dieu, digne d'honneur, digne de bénédiction, digne de louange, digne d'être exaucée, digne et chaste, et présidente de l'amour, en possession de la loi du Christ, portant le nom du Père, et que je salue au nom de Jésus-Christ' ...» Cette magnificence verbale est un
i. Voyez les efforts de Sohm {Kirchenrecht, p. i»7), de Kattekboscb (p. 9-22), pour amoindrir l'importance de cette donnée.
4. Rom. inscr. : ... i\'»i; xai itpoxâÔTjTai è / t(}7t<f) )^u>piou 'PwaoHwv..., xal 7tpoxa6Y]|iivï5 tïj; àrçiin^i. Voyez le commeutaire de Fcsk dans son éflUion, et le mémoire du même ( « J)v Priaoet der rOmisclien Kîrche nacli Ignatius und IrenSns '), d;\ns ses Kirchengeschichtliche Abhand-
premier indice que samt îgnace rend plu» d'honneur à l'église de Rome qu'aux autr©« églises auxquelles il écrit.
On croit trouver un indice plus sûr de cette prééminence de Rome dans le fait qu' « elle préside dans le lieu de la région des Romains ». M. Funk ne fait pa« difficulté de reconnaître que dire Iv tottw j^topiou 'Pti)(Aa(tov, pour dire « à Rome », est une singularité : le style d'Ignace, par ailleurs, n'est-il pas encombré d'affectations semblables? Si donc Ignace a voulu dire simplement « à Rome » , le verbe TcpoxâôrjTai se construira absolument : l'église préside, et elle préside à Rome * .
Mais de quelle nature est cette prééminence? Si l'on en croyait M. Harnack, l'expression irpoxa6y,u.8v») TÎiç oLfâirriç donnerait la signification de l'énigme : l'église romaine serait la plus charitable, la plus généreuse, la plus secourable des églises, et ainsi s'expliquerait qu'elle soit appelée la « présidente de l'amour ». M, Funk, au contraire, fait observer que irpox«6ri(ji.6vyi ne saurait se construire sinon avec un nom de lieu ou de collectivité : on dit icpoxaQirjfjiévY) ttî; àvaTeXTjç, on dit -TCpoxaOTifjiévifj T^ç^olxoufjiévïj;. Il conviendrait donc que le mot avec lequel 7rpoxaôri[ji,6vy) est ici construit, désigne une collectivité, non une vertu. Or, à plusieurs reprises, Ignace fait du mot àyacTty] le synonyme du mot IxxXyjcïia ^ : il dit « l'amour des Éphésiens » , pour « l'é-
lungen, t. I (Paderborn 1897), p. 2-12. A. harnack, « oas Zeugnis des Ignatius ûber das Ansehen der rômischen Gemeinde >, dans les Sitzungsberichte de rAcadémie de Berlin, 1896, p. 111-131. Dom Chap- MAN, < S. Ignace d'Antioche et l'Église romaine », dans la Revue bénédictine, t. Xni (1896), p. 385-400.
♦: Voyez Ignat. Magn. vi, 1 : irpoxa6ir)|jLévou toû èTttffxÔTtou =■ l'évèque qui préside. Lightfoot rapproche Apostol. Constit. ii, 96, 4 : ô yàp èmaxoTco; npo>ia6eÇé<r6a> {ifAûv «î)ç 6eoO àÇiqt TetiixifiiAévoç (édit. Funk, p. 105).
2. Trall. xiii, 1 : àyàinri £|jiupvaî(ov xal 'EipeaCwv. Rom. ix, 3 : :^ àyaTry)
glise d'Ephèse ». Puis donc qu'une église locale peut ùlre appelée iy»'^» pourquoi ce même mot ne déaignerait-il pas l'Église universelle? Tel est l'argument de M. Funk, argument qui pose une possibilité plutôt qu'une conclusion. Aussi bien M. Funk estime-t-il que la prééminence de l'église romaine est affirmée, moins par l'çxpression icpoxaOTKxévyi ttîç àyàTnriç, que par le mot TCpoxdtôrjxat.
Nous croyons, avec M. Funk, à la foi de saint Ignace en cette prééminence, confirmé que nous sommes dans notre sentiment par d'autres données de l'épître d'Ignace aux Romains. Nous avons relevé déjà, en effet, la déférence avec laquelle l'évêque d'Antiochc s'adresse à l'église qui a entendu les apôtres Pierre et Paul ^ Dans l'adresse de l'épître, il loue la fidélité des chrétiens romains à tout ce qui est précepte du Christ, et de ce qu'ils sont pleins de la grâce de Dieu intégralement, et de ce qu'ils sont « purs de toute couleur étrangère ' ». Il les félicite d'avoir « instruit les autres », et il ajoute : « Quanta moi, je veux que demeure ferme ce que vous enseignez et prescrivez '. » Si les Romains ont instruit « les autres »,
T<ôv èxxXïiOTWv. Philad. xi, 2 : 'h àYCxmrj twv àSeXçwv Ttôv èv Tpwàôi. Cf. Smyrn. xn, 1. Peut-être conviendrait-il de comparer celte acception du mot àYaio) à l'acception du mot ô|i.6vota désignant l'alliance des cités entre elles, par exemple en Asie. Ghapot, Province d'Asie, p. 346.
i. Rom. nr, 8. On ne s'étonnera pas que je ne traite pas la question de la venue de saint Pierre à Rome, c'est ane question aujourd'hui tranchée et où la tradition a eu gain de caase. Duchesne, Hist. ane. t. I, p. 61 et suiv.
i. Rom. inscr. : àiïo8tû).i<i|iévoi; (mot à mot :^Wrés, cf. PAtiad. m, 1) àità TiavTÔ; èùloxpiov -/pw[iatoç. Lï«htfoot, in loc. : « The XP'^t''" refers to the colouring matter which poliules the purity of the water ».
3. Rom. ni, 1 : â).).ou; éSiSdUaTe, èyà) Se OéXw ha. xàxeîva ^éêona ^ S naÔTiTeyovTeç èvTeXXedOe. LiGHTrooT et FosK pensent que peut-être y a-t-il là une allusion à la Prima Clementis. Harnack reconnaît que les eocpressions d'Ignace ne laissent pas de doute que la commu»
ces autres représentent d'autres églises que celle qui est à Rome, églises qui viennent demander à Rome ou reçoivent de Rome sans l'avoir demandée la leçon des préceptes apostoliques dont Rome a un dépôt plus sûr.
De la captivité de saint Paul à la captivité de saint Ignace s'espace un demi-siècle, au cours duquel l'ecclésiologie s'est révélée à nous en ses traits essentiels.
La prédication de l'Évangile et la foi qu'elle crée engendrent partout des communautés. La vie chrétienne est une mise en commun (xoivo)vta) des âmes, de la croyance, du culte. A l'apostolat a succédé partout une hiérarchie sédentaire, qui va peu à peu précisant ses degrés, institution de droit divin investie de pouvoirs surnaturels. La conception qui s'af-
nauté romaine a la préséance dans le cercle des églises sœurs : Ignace connaît * l'énergique activité déployée par cette communauté romaine pour secourir et instruire les autres communautés >. Dogmengegchichte, 1. 1*, p. 486. Rapprochez le sU toç ÉÇw uoXei; de Hermas(Vts. II, 4). Voyez plus loin, p. 224. Cf. Duchksne, Églises séparées, p. 127-129. < Elle préside dans le pays des Romains... Il ne s'agit pas de l'évoque, il s'agit de l'église. A quoi préside l'église romaine? À d'autres églises dans une circonscription déterminée? Mais Ignace n'a pas l'idée d'une limitation de ce genre... Le sens le plus naturel de ce langage, c'est que l'église romaine préside à l'ensemble des églises... Et notons bien qu'Ignace parle en connaissance de cause, il connaît le passé de l'église romaine; il fait même allusion à des attitudes, à des actes dont le souvenir a péri pour nous : « Vous n'avez jamais trompé personne, vous avez enseigné les autres : moi, je veux que tout ce que vous prescrivez par votre enseignement demeure incontesté. » De quel enseignement, de quelles prescriptions est-il question ici? Est-ce la Prima démentis? HermasT « Ce qu'il y a de plus simple, c'est d'admettre d'autres actes, d'autres documents, dont le souvenir était encore vivant au temps d'Ignace et s'est perdu depuis. En tout cas, la façon dont il parle de l'autorité de l'église romaine en matière d'enseignement, et des prescriptions qu'elle adressait aux autref) églises, est tout à fait digne d'être signalée >
firme de la foi est partout une conception autoritaire, car la foi est un commandement ou un enseignement de Dieu, du Seigneur, accepté sur le témoignage des apôtres^: elle se conserve comme un dépôt. On prononcera l'exclusive sur le faux docteur et ses inventions, on lui fermera la bouche, on le chassera : il est l'hérétique. Il n'y a qu'une église par cité. Les églises sont solidaires : unies par de constants échanges, elles ont conscience de leur unité dans leur dispersion, car elles savent quelle conformité de foi est entre elles, et quelle charité : comme elles sont autonomes chacune, leur unité est une sorte de confédération, une confédération qui se traduit quotidiennement dans les faits. La primauté de Rome s'affirme. La foi qui est une, comme le Seigneur est un, constitue la dispersion des fidèles et des églises en une unité plus profonde encore, celle de la vie surnaturelle qui est commune à tous les fidèles, dans le Christ et dans l'Esprit : l'Église des églises est mystiquement le corps du Christ, dont les fidèles sont individuellement les membres. Il y a circuminsession du visible et de l'invisible : là où est l'évêque, là est l'église locale, comme là où est l'église catholique, là est Jésus-Christ ^.
1. juELicHKR, Einleitung A, p. 430, ne craint pai de dire que le mot de SérapiOD, évéque d'Antioche (ca 800) : « Nous recevons Pierre et les autres apôtres comme le Christ • {inoSz/ 6\lz^x àç XpisTÔv, Edseb. H. E.M, 12, 3), aurait pu être prononcé cent ans plus tôt, car dès lors on incorporait toute la vérité dans les Apôtres.
2. Harnack, Entstehung, p. 182, rappelle comme molles traits généraux do christianisme primitif, et il ajoute : « Tous ces traits s'annoncent, comme on peut le prouver documents en mains, déjà au i" siècle, et dans les écrits du N. T., ils ne font que s'annoncer, les uns plus fortement, les autres plus faiblement. ... Le catholicisme estainsi, à considérer 80Q état embryonnaire, aussi ancien que l'Église. •
Excursus B
EXAMEN CRITIQUE ^BS THEORIES PROTESTANTES DE i.A FORMATION DU CATHOLICISME.
La « formation du catholicisme » est un problème historique q»e la critique s'est posé seulement de nos jours'. Les controversistes catholiques du xvi® et du xvn« siècle se contentaient de justifier les notes de l'Église, spécialementson apostolicité : lapossession perpétuelle de l'Église, le témoignage qu'elle se rend à elle-même, sont les titres que Moehler fait valoir dans sa Symbolique (1832). Neander (1842) fut le premier, si nous en croyons Ritschl, à introduire la méthode historique dans l'investigation des origines de cette e création > qu'avait été, à ses yeux, le « christianisme catholique >. Puis, après Neander, ce fut Baur (1853), au beau temps de l'école de Tubingue. A la suite, et par réaction contre les thèses tubinguiennes, vint Ritschl lui-même, dans la seconde édition de son Entstehung der altkatliolischen Kirche (1857). Le problème ecclésiologique a passé désormais au premier plan, avec cette mo-
\. Le p. Christian Pesch, Praelectione» dogmaticae, t. I (Freiburg 1894), p. 178'180, est, à ma connaissance, le premier et le seul théoloprieii scolastique qui ait mentionné et discuté les assertions de Uitsclil, de Harnack, de Hatch. Depuis, et peut-être n'y ai-je pas nui, on y est venu. Voyez E. Metzner, Die Verfassung der Kirche in den zwei ersten Jahrhunderten (Danzig 1^0) et M. d'Herbigst, Theologica de Ecclesia, I (Paris 1920).
nographie de Ritschl, que M. Harnack estime pourtant * vraiment trop étroite », et c'est bien une importance de premier plan que donne Harnack au problème ecclésiologique, dans sa Dogmengeschichte {ISS5). Entre temps, Weizsaecker, dans son Apostolisches Zeitalter (1886), reportait au premier siècle les prémisses essentielles de l'Église, réagissant contre la schématisation trop étroite encore et comme mécanique de Harnack. Sohm, préoccupé de déterminer la genèse du droit ecclésiastique, réagissait dans le même sens, par son Kirchenrecht (1892). M. Kattenbusch, dans ses recherches sur l'histoire du symbole des apôtres (1894-1900), contribuait à restaurer l'idée historique de tradition. On ne peut enfin passer sous silence les travaux et les controverses de M. Zahn sur l'histoire du Canon. Il se produit là un phénomène analogue à celui qui a été signalé par M. Harnack dans la critique des sources, quand il a dit en une formule célèbre : c Nous rétrogradons vers la tradition » ^ .
Si la réalité, en histoire, n'est atteinte souvent que par des approximations successives, la critique étrangère à notre foi catholique a donc tendu peut-être depuis cinquante ans à se rapprocher d'une vue plus compréhensive, plus voisine de nos propres affirmations traditionnelles. Mais n'y a-t-il pas encore beaucoup d'esprit systématique, et, tranchons le mot, de préjugé protestant, dans ses affirmations? Le meilleur exposé des vues actuellement classiques chez les historiens protestants, a été donné en français par A. Sabatier : nous recourrons à lui pour les présenter aussi objectivement que possible^. Nous en ferons ensuite une critique d'ensemble.