‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 63 sur 216 · Sabatier, p. 60-«l. Cf. Sohm, p · texte numérisé non relu

Sabatier, p. 60-«l. Cf. Sohm, p

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chrétiennes. Il la signale seulement dans les communautés fondées par saint Paul, lesquelles, dit-il, ont eu € dès le principe la conscience très vive de leur unité spirituelle », si bien c qu'au-dessus des églises particu Hères et locales » apparaît « l'idée de l'Eglise de Dieu ou du Christ, une et universelle ». Cette unité n'est rien d'extérieur, de visible ; elle est une communion d'âmes, elle est le corps mystique dont le Christ invisible est la tête. Ne dites pas qu'elle est fondée sur l'unité du gouvernement, sur des rites, ou même des dogmes : elle est purement morale. L'Église est la fiancée sainte du Christ, elle attend son époux qui va venir du ciel, t Cette notion paulinienne de l'Église du Christ, comme toute la théologie de l'Apôtre, est essentiellement idéaliste et transcendante. » Il ne faut pas moins « saluer ici la grande idée qui va présidera l'évolution des communautés chrétiennes et la faire aboutir à la constitution de L'Église catholique < ».

5» Si la conception pauline de l'Église corps mystique du Christ a eu cette influence sur la genèse du catholicisme, la raison en est dans le succès des missions de saint Paul sur les terres de l'empire romain, et la destruction de Jérusalem en 70. A partir de ce moment, en effet, € le centre de gravité de la chrétienté naissante se trouve déplacé pour toujours >. L'élément udéo-chrétien, qui représente c l'orthodoxie primitive » dux yeux de M. Sabatier, après avoir été impuissant à entraver les missions pagano-chrétiennes, décline et s'élimine. La masse pagano-chrétienne s'établit dans un juste milieu « entre la théologie de Paul qu'elle était incapable de comprendre » et les exigences judaisantes auxquelles elle répugnait. « Ainsi se formait une sorte de doctrine élémentaire et neutre, où entrait, par moitié, la sagesse rationnelle de la Grèce et, par moitié, la tra-

1. Sabatier, p. 61-63. Cf. Soin, p. 16-Si. Harrack, Dogtnengeschichte, t. l*, p. M.

dition d'Israël » : telle fut la théologie des Pères apostoliques, « première base de la doctrine catholique ^ >.

6» Cette chrétienté gréco-romaine aTait besoin d'un centre autour duquel se grouper. Or Rome était là. « La capitale de l'empire était marquée à l'avance pour devenir la capitale de la chrétienté. » C'est là un fait d'ordre social qui s'imposait. Par suite, « dans la formation de l'Église catholique, l'action du génie romain sera décisive >. Car ce génie, qui n'a rien de spéculatif, ni de mystique, est le génie du droit et du gouvernement 2.

7° La conception pauline de l'Église corps mystique du Christ est donc l'idée qui, en descendant dans les faits, engendre le catholicisme. Cette évolution est déjà saisissable dans les épîtres Pastorales, qui, nous dit-on, font transition, dans les premières années du second siècle, entre les communautés apostoliques où dominait l'inspiration charismatique, et l'Église catholique qui va paraître. Vers ce même temps, en effet, au début du second siècle, est prononcé pour la première fois le nom d'Église catholique « destiné à une si grande fortune » : saint Ignace est le premier à le prononcer, dans l'épitre aux Smyrniotes. Ce n'est encore qu'une « expression générale > désignant la < grande Église », le peuple commun des fidèles, par opposition aux sectes, aux hérésies, aux écoles qui foisonnent de toute part. Cette masse indéfinie ne deviendra une société organisée et consciente, que quand deux éléments auront été introduits dans ce christianisme dispersé et confus : une règle de foi statutaire acceptée par toutes les églises comme l'expression de la tradition des apôtres, et un gouvernement épiscopal assez fort pour tout réduire à l'unité. « La double crise du gnosticisme et du montanisme, qui précisément éclate de l'an 130 à l'an 150 et durera près d'un siècle, lui donnera l'un et l'autre 3. »

1. Sàbatisr, p. 68. Cf. Harnack, Dogmengeschichte, 1. 1*, p. 239-248. •

2. Sabatier, p. 69. Cf. Harmack, Kirehe und Staat, p. 136. Mission, 1. 1, p. 398. Renan, Conférences d'Angleterre (Paris 1880), particulièrtiraent la troisième et la quatrième conférences.

3. Sabatier, p. 72. C'est la thèse maîtresse de Ritscbl, Entstehung,

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Cette crise décisive se place dans la période 150-180, sous les règnes d'Antonin et de Marc-Aurèle. < Au sein de la cuve où toute la vendange s'est accumulée, c'est une fermentation, un bouillonnement intense, la décomposition rapide des éléments anciens et la lente recomposition d'un système nouveau qui constituent la crise d'où la théorie catholique de l'Église est sortie ^. » Rome vit le péril que faisait courir à « la chrétienté encore amorphe du second siècle », d'une part, à gauche, le gnosticisme, , — en tant qu'il était une invasion de l'esprit grec de spéculation dans le christianisme, et une tentative d'absorption du christianisme dans la philosophie générale du temps, — d'autre part, à droite, le montanisme, — en tant qu'il était un réveil de « l'esprit prophétique » avec ses charismes, avec son rigorisme moral, avec la prédication de la prochaine parousie.

8° Rome para le péril de gauche en accréditant une règle de foi, qu'elle constitua « en ajoutant quelques propositions nettes et tranchantes à la formule du baptême » : ainsi se forma le symbole dit des Apôtres, à Rome, entre les années 150 et 160, « premier et vénérable monument de l'orthodoxie catholique », qui de l'église romaine allait passer rapidement dans les autres églises ^.

9° Quant au péril de droite, il fut plus long à conjurer, mais partout les évéques finirent par avoir raison des prophètes et de l'inspiration individuelle des fidèles, La conséquence de cette victoire fut que désormais le saint Esprit aurait pour organe authentique la hiérarchie seule. Rome acheva la victoire, en créant la théorie de la succession apostolique, qui est devenue le fondement de l'autorité des évoques 3.

p. 271 et suiv. Harhack, Kirche und Staat, p. 138, et, pour le développement de ce thème, Dogmengeschichte, t. H, p. 337 et suiv. Voyez aussi LOOFS, p. 129-149 et Wersle, p. 326-369.

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