‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 65 sur 216 · Marc-Aurèle, p · texte numérisé non relu

Marc-Aurèle, p

THÉORIES PUOTI.STANTES. 179

était plus qu'un message apocalyptique issu de rAncien Testament, mais bien « quelque chose de nouveau », c'est à savoir c la création d'une religion universaliste fondée sur celle de l'Ancien Testament < », et fondée,' ajouterons-nous, sur la personne du Christ.

Si tel était l'horizon de l'Évangile, dirons-nous que les premières communautés chrétiennes n'ont pensé à aucune organisation durable? Comment la première de toutes ces communautés a-t-elle seulement essaimé? Pour qu'elle ait essaimé comme elle l'a fait, ne fallait-il pas qu'elle fût dominée par un devoir de propagande illimité? N'est-ce pas là un premier indice de l'action d'un apostolat, de cet apostolat dont M. Sabatier prononce à peine le nom, et qui est pourtant déjà l'Église ?

3" On veut que les communautés chrétiennes de la première heure, hypnotisées par l'attente de la parousie, n'aient subi d'autre action que celle de l'Esprit. Les charismes se seraient emparés des premiers disciples, et la diversité des charismes aurait créé les premiers éléments d'organisation.

Ici encore Renan a vu pins juste, quand il a écrit : « La libre prophétie, les charismes, la glossolalie, l'inspiration individuelle, c'était plus qu'il n'en fallait pour tout ramener aux proportions d'une chapelle éphémère, comme on en voit tant en Amérique et en Angleterre. L'inspiration individuelle crée, mais détruit tout de suite ce qu'elle a créé. Après la liberté, il faut la règle. » Renan poursuit : « L'œuvre de Jésus put être considérée comme sauvée, le jour où il fut admis que l'Église a un pouvoir direct, un pouvoir représentant celui de Jésus. L'Église dès lors domine l'individu, le chasse au besoin de son sein. Bientôt l'Église, corps instable et changeant, se personnifie dans les anciens; les pouvoirs de l'Église deviennent les pouvoirs d'un clergé dispensateur de toutes les grâces, intermédiaire entre Dieu et le fidèle. L'inspiration passe de

i. Dogmengeschichte, t. I*, p. 48.

l'individu à la communauté. L'Eglise est devenue tout dans le christianisme; un pas de plus, l'évèque devient tout dans l'Église <• »

En ces quelques lignes Renan a noté l'impuissance de l'inspiration individuelle à rien enfanter d'autre que l'anarchie. Partant de cette donnée psychologique, nous demandons à M. Sabatier et à M. Sohm : Pourquoi cette anarchie ne s'est-elle pas produite? Nous demanderons ensuite à Renan : A-t-on attendu que l'œuvre de Jésus eût été compromise par l'effusion et la contagion des charismes, pour la sauver par une discipline? Aux charismes désordonnés, Renan oppose en chaque communauté les anciens ou presbytres : mais, si les anciens ne devaient pas leur office à quelque privilège supérieur, d'où venait le pouvoir qu'ils exerçaient sur les charismes eux-mêmes? L'ordre ne serait pas sorti de l'anarchie charismatique, si une autorité n'avait pas préexisté à l'effusion de ces charismes, et cette autorité ne peut être que celle de l'apostolat qui continue celle du Maître.

Dire que toute fonction ecclésiastique permanente est un charisme qui s'est, en quelque sorte, fixé et imposé, il semble bien que ce soit avancer une conjecture gratuite et tout autant invraisemblable : car la première fonction ecclésiastique permanente qui apparaisse est celle des presbytres ou anciens, — à quoi ne correspond aucun charisme, — et la même observation peut être faite à propos des épiscopes et des diacres. Combien plus plausible est la théorie traditionnelle qui dérive l'épiscopat, non d'une transformation d'on ne sait quels charismes, mais des pouvoirs de l'apostolat? Et combien plus aisément s'explique, dans cette hypothèse, le fait que dans toutes les communautés l'épiscopat s'établit sur les mêmes bases? N'est-ce pas se payer de mots que d'expliquer cette uniformité de développementcomme un «jeu des lois générales qui régissent les phénomènes sociaux de cet ordre «^ ?

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