Harnack, Dogmengeschichte, 1. 1*, p
de gravité de la chrétienté, parce que la chrétienté était dès lors extérieure au judaïsme, et que, au temps des missions de saint Paul, le judéo-christianisme, dans l'ensemble des communautés de la gentilité, avait été éconduit. Mais peut-on dire que les communautés de la gentilité se soient établies dans une sorte de doctrine neutre, mi-juive, mi-grecque, incapable de s'assimiler la théologie de saint Paul ? On a reconnu là les vieilles antithèses de l'école de Tubingue, appliquée, à opposer le judéo-christianisme au paulinisme, et à dégager de ce conflit un élément neutre à qui l'avenir était réservé.
En réalité, la chrétienté des Gentils se constitua dès la première génération hors de l'influence du judéo-christianisme. Ce n'est pas saint Paul à lui seul qui a libéré la chrétienté des Gentils de toute attache au peuple juif et à sa loi : s'il y a travaillé peut-être plus que personne, d'autres y travaillèrent en même temps que lui : des communautés chrétiennes s'établirent, aussi affranchies du judaïsme que pouvait l'être celle de Corinthe, telle la communauté d'Alexandrie ou celle de Rome, communautés que n'avait pas fondées saint Paul. Si donc on entend par c paulinisme », d'abord, la dénationalisation du christianisme, le € paulinisme » est partout.
Cette chrétienté grecque requérait pour se convertir, puis pour garder sa foi, que cette foi fût élémentaire. Saint Paul, tout le premier, le savait bien : on retrouve sans peine, dans ses épîtres les plus difficiles, sa catéchèse *. Le mystère de Jésus y garde sa place centrale, et comment en aurait-il été autrement? Mais cette présentation de la foi n'en est pas moins quelque chose de populaire, et de neutre, et de grec, peu importe le qualificatif, car ce qui importe c'est que cet élément appartienne à la prédication de Paul, loin de lui être étranger. L'auteur de l'épitre aux Hébreux, qui a des choses difficiles à expliquer à ses lecteurs, se plaint de les trouver lents à comprendre, et
1. Prat, p. 81-83. cf. Weizsaecker, p. 92-102, p. 634-637, qni exprime les thèmes de la prédication de saint Paul aux Gentils.
d'être obligé de leur donner seulement du lait comme aux enfants, et non la forte nourriture des hommes forts {Heb. V, 11-13). Saint Paul en dit autant à ses Corinthiens (/ Cor. m, 1-2).
Ainsi, pouvons- nous conclure, s'affirmait une foi, qui n'était pas en réaction contre le judéo-christianisme ou contre le paulinisme, mais qui était l'épanchement direct de la prédication du christianisme dans la gentilité, et qui se retrouve largement dans les épîtres mêmes de saint Paul. Cette foi se rattachait à la tradition d'Israël, assurément, comme l'Évangile lui-même, et elle entendait bien retenir l'Ancien Testament. L'esprit grec informait cette foi par le langage qu'elle lui empruntait. On ne peut pas voir là un juste milieu, car c'était vraiment une fol commune, une sorte de xoivt) BidtXexxoç chrétienne, élémentaire et simplifiée comme toute doctrine qui pour se propager a besoin de formules portatives. Les Pères apostoliques n'ont pas créé cette théologie, < première base de la doctrine catholique », cette théologie étant substantiellement et dès le début la catéchèse de la gentilité convertie : elle était la foi chrétienne présentée selon la méthode missionnaire ^.
6° La chrétienté gréco-romaine avait besoin d'un centre. Rome, nous dit-on, devint la capitale de la chrétienté, parce qu'elle l'était de l'empire. Puis Rome imposa l'empreinte de son génie de gouvernement sur la chrétienté gréco-romaine. Au nationalisme juif éliminé se substitua l'impérialisme romain. Ce fut un nouveau facteur du catholicisme, au premier et au second siècle, car au iii« siècle Rome n'aurait déjà plus pu exercer cette action. < Cette ville extraordinaire était au point culminant de sa grandeur; rien ne permettait de prévoir les événements qui, au m® siècle, devaient la faire déchoir et la réduire à n'être plus que la capitale de l'Occident. Le grec y était encore au moins aussi employé que le latin,
1. Voyez dans ce sens les observations de Harnack, Mission, t. I, p. 319-325.
THEORIES PROTKSTANTliS. «^7
et la grande scission de l'Orient ne se laissait pas deviner •. i Cette considération sur la part de Rome dans la genèse du catholicisme, est une considération à laquelle Renan a donné le premier cette importance historique. M. Harnack l'a reprise avec force, au grand scandale du protestantisme allemand 2. M. Sohm y a insisté plus systématiquement encore. Quant à nous, qui croyons providen^ tielle cette coopération de Rome au rôle de 1^ Cathedra Pétri, nous aurions mauvaise grâce à la contester; nous faisons nos réserves sur les termes politiques dont on se sert pour la décrire, comme aussi sur la tendance à transformer en cause génératrice ce qui n'est qu'une circonstance.
7° On remarquera que déjà, et quoi qu'ils en aient, les critiques protestants ont transporté au cœur de l'âge apostolique quelques-uns des facteurs de la t formation du catholicisme ». C'est une conséquence du glissement qui s'est produit depuis Baur, depuis Ritschl, depuis Renan, dans l'étude de quelques questions connexes à celle de la « formation du catholicisme », telle, avant toute autre, la question des origines de l'épiscopat, telle la question de l'authenticité des épîtres ignatiennes^. L'authenticité des épî-