‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 68 sur 216 · Renan, Marc-Aiirèle, p · texte numérisé non relu

Renan, Marc-Aiirèle, p

2. Dans son célèbre excursus « Katholisch und Rômisch •, Dogmengeaehchite, t. I*, p. 480-496. Sohm, p. 137 et suiv. Ne pas oublier que l'insistance de ces critiques à relever l'hégémonie romaine, est une forme nouvelle de parti pris. L'insuffisance du théorème qui explique le catholicisme comme une réalisation de l'Église invisible, a porté à ce théorème complémentaire qui explique le catholicisme comme une impérialisation de la vie ecclésiastique. — Voyez deux pages d'un sens historique bien plus nuancé, chez M«'Dcchesne, ift«t. anc.l.l, p. 536-338, et la critique de l'excursus de Harnack par dom Chaphak, « the cathoiicity of the Church • dans Mathew, Ecclesia, p. 82-88. Voye? aussi DccHES-NE, Eglises séparées, p. 123-125.

3. On ne peut pas ne pas noter sans quelque ironie la longue résis-r tance opposée par les critiques protestants à l'authenticité des sept épîtres ignatiennes. Baur, en 1833, estimait qu'elles avaient été fabriquées à Rome au milieu du second siècle par un faussaire en faveur de l'épiscopat. Ritschl, en 1830 et encore en 1837, les rejetait au n* siècle, et n'admettait comme authentiques que les trois épitres à Polycarpe, aux Éphésiens, aux Romains, dans la version syriaque,

trespastorales,siâprementcontestée encore, serait acquise, comme l'est celle des épîtres ignatiennes, le déplacement de la question serait plus sensible encore, et l'importance de ce qu'on veut être la crise du second siècle limitée d'autant.

Cette crise, en effet, dont on fixe la date à la période 150-180, n'a l'importance qu'on lui donne, depuis Ritschl, que pour les deux résultats qu'on lui attribue, — la formation d'une foi statutaire partout la même, la formation d'un gouvernement épiscopal partout souverain. Mais est-ce vraiment à la réaction contre le gnosticisme et le montanisme que tiennent ces deux institutions?

M. Harnack, qui a sur ce point le mérite d'avoir introduit dans l'histoire doctrinale des deux premiers siècles une préoccupation sociologique qui est nouvelle, et qui l'aide à mieux comprendre historiquement la formation du christianisme en Église, a bien vu que, dès la période 30-130, chaque communauté chrétienne a son unité assurée par l'existence d'un culte collectif, d'une caisse collective, d'offices chargés du culte, de la discipline, de la charité : j'ai peur, à vrai dire, que M. Harnack ne reconnaisse dans ces communautés primitives que les traits qu'elles ont en commun avec les communautés évangéliques du royaume de Prusse. Quoi qu'il en soit, après avoir reconnu ainsi l'unité caractéristique de chaque communauté, M. Harnack signale ce qu'il appelle c les commencements de dispositions interecclésiastiques », qui unissent les communautés dispersées au loin, par le moyen de collectes et de lettres, par l'hospitalité offerte

écourtée et anodine, que Cureton avait éditée en 4845. Renan, en 1877 encore, n'admettait comme authentique que l'épître aux Romains. M. Harnack enfin, qui accepte l'autlienticité des sept épîtres, a commencé, en 1878, par les dater du temps d'Hadrien ou d'Antonin, pour finir par les dater de leur temps vrai, le temps de Trajan. Surprenons ici le cercle vicieux : Renan juge l'ecclésiologie des épîtres ignatiennes trop avancée pour être du commencement du second siècle : « Tout cela, dit-il, est bien de la fin du ii* siècle, mais non dos premières années de ce siècle. » — Que l'on compare à ces atermoiements la belle clarté de Lightfoot, Christian ministry, p. 145-148.

aux frères en cours de voyage, et qui « garantissent la solidarité de l'évolution dans toutes les questions graves ». Et il ajoute : c De centre d'unité, comme le judaïsme en avait possédé tant que le temple avait été debout, le christianisme le plus ancien n'en possédait pas; mais il possédait plusieurs centres, entre lesquels de bonne heure Rome fut le plus important, » *

Donc, bien avant 150, bien avant que n'éclatât la crise du gnosticisme et du montanisme, il existait un lien interecclésiastique, il existait des centres de ralliement et d'influence, il existait entre les églises une entente qui € garantissait la communauté d'évolution dans toutes les questions graves », M. Harnack nous assure que, en 220, il n'y avait plus seulement une Eglise idéale et spirituelle, c'est-à-dire invisible, mais bien, de l'Euphrate à l'Espagne, une Église visible, constituée et formant un véritable organisme politique. C'est très vrai. Mais ce n'est pas assez. Si en 220 cette réalité historique est désormais indéniable, comment peut-on dire qu'elle est nouvelle? N'y a-t-il pas continuité entre l'état de choses qui éclate à tous les regards en 220, et aussi bien en 180, et l'état de choses qui se révèle dans les épîtres ignatiennes et la Prima démentis? Assurément les traits sont allés en s'accusant, mais si, au cours du second siècle, le gnosticisme est éliminé des églises, s'il ne parvient, où qu'il se montre, qu'à s'organiser en conventicules dissidents ou en écoles, s'il est partout hérétique, n'est-ce pas la preuve que les églises sont constituées déjà sur la base d'une foi très ferme, sous la conduite d'un épiscopat aussi vigilant que son nom l'indique, et qu'elles sont liées les unes aux autres par une solidarité qui est déjà une confédération 3?

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