‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 69 sur 216 · Kirche und Staat, p · texte numérisé non relu

Kirche und Staat, p

a. Voyez l'excursus de Harnack, Mission, t. I, p. 373-397, « GemeindebildoBg und Bistum in der Zeit von Piua (138-161) bis Constantin ». L'auteur établit que « Ja tendance du christianisme ancien à se former en communautés fermées, autonomes et constituées épiscopalament, était très forte > (p. 389). Si une localité n'ayait pas d'éYêque,l9

L'histoire attentive découvre donc dans le christianisme antérieur à la prétendue crise du gnosticisme autre chose qu'une religion amorphe : les énergies qu'on imaginait n'avoir été produites qu'après 150, sont en travail dès les trois premières générations chrétiennes, et, loin d'être le produit d'une réaction antignostique, elles préexistent si bien au pullulement du gnosticisme, que les églises ont été pour le gnosticisme inhabitables.

8° Reste l'assertion qui attribue à Rome la rédaction du « Symbole des apôtres ». Il est sûr que ce symbole est le symbole baptismal de l'Église romaine. On peut inférer de son histoire littéraire qu'il est, à Rome, au moins contemporain d'Irénée, de Marcion et de Justin. Tout porte à croire qu'il est bien plus primitif. Il n'est pas exact que ce texte romain ait été, en quelque façon, imposé par Rome à toutes les églises sur la fin du second siècle * : l'Afrique chrétienne avait ce symbole en commun avec Rome, au temps de Tertullien, mais on ne peut rien affirmer de semblable des églises de la chrétienté grecque, où l'influence directe du < Symbole des apôtres » n'est pas saisissable avant Nicée. On peut douter que ces églises orientales aient, avant Nicée, possédé aucun formulaire commun, liturgique, de leur foi. En ces quelques propositions se résume l'histoire ancienne du symbole romain, d'où l'on peut conclure que ce symbole n'a pas eu le rôle dominateur que M. Sabatier lui attribue ^.

raison en est que le nombre des chrétiensy était insignifiant (p. 391). L'iiypothése que, là où au m' siècle on trouve des communautés sans évêque, ces communautés représentent une survivance de l'organisation primitive, est une hypothèse non seulement improbable, mats encore incorrecte (p. 397).

1. On me permettra pour le développement de cette histoire de renvoyer à mon article Apôtres {Symbole des — ) dans le Dictionnaire de théologie de Vacant (1901). M. Kattenbusch, Das apostolische Symbol, seine Entstehung... (1894-1900), qui nous a donné le livre le plus approfondi sur l'histoire du symbole romain, encore que traversé par bien des partis pris, aura contribué puissamment à ruiner le théorème prolestant classique. M. Kattenbusch croit que le symbole romain (R) a été créé à Rome vers l'an 100. En Occident R était sûrement, dès le second siècle, commun à Rome et aux églises de Gaule et d'Afrique.

THÉORIES PROTESTANTES. Itl

A le prendre comme un « monument de l'orthodoxie catholique », devra-t-on, du moins, le considérer comme la première manifestation et le premier monument de cette orthodoxie ? comme une sorte d'éclectisme arbitraire et convenu? La formule du baptême aurait seule préexisté : au moment de la crise antignostique on aurait ajouté à cette formule quelques articles nets et tranchants, et ce petit Syllabus du second siècle aurait défini la foi menacée de se dissoudre.

A cette hypothèse on peut opposer le texte même du e Symbole des apôtres » : il n'est pas de texte, en effet, qui ressemble moins à un anathématisme, qui ait moins d'apparence de défensive et de combat : ce texte ne témoigne d'aucune préoccupation antignostique. Dans sa teneur si élémentaire, combien il eût été insuffisant à prémunir la masse des fidèles contre les erreurs gnostiques? Mais, en réalité, il exprimait la foi catéchétique pour des simples à qui le gnosticisme, erreur savante, devait être parfaitement étranger.

Puis, la foi commune des églises avait-elle à prendre conscience d'elle-même et à se définir en articles nets et tranchants, à l'époque tardive (150-160) où l'on veut que sp. .soit constitué le « Symbole des apôtres »? Les articles

Pour les églises de Grèce (Corinthe, Athènes, Thessaloniqae...), on ne sait rien, manque de sources. Même constatation pour les provinces de Pont, Galatie, Cappadoce, pour la Syrie, pour la Palestine, pour l'Egypte. Origéne semble connaître un symbole pareil à R, peut-être R même, mais on ne saurait dire si ce symbole était reçu en Egypte. Tous les symboles orientaux du iv* siècle paraissent procéder d'Antiûche; on peut conjecturer que R fit son apparition à Antioche, après la déposition de Paul de Samosate. Dans la province d'Asie, R était connu dans la seconde moitié du second siècle, peut-être grâce à Polycarpe (?). Voyez les conclusions de Kattenbusch, t. II, p. 960-961, qne rejoint dans l'ensemble Hamack, art. « Apostolisches Symbolum » de la Realencyklopàdie de Hauck. — Mais il faut distinguer le symbole baptismal strictement de la régula fidei ou xavwv Èxx>.iTJia<mxô;, si souvent invoque par les écrivains comme Irénée, TertuUien, Clément, Origène, et qui représente un corps de doctrines plus riche et plus détaillé que la profession de foi liturgique, là où elle est en usage. Sur ce point, cf^ntroversé entre critiques protestants (Harnack, Zabis, Kattenbusch, Kunze), voyez I.oofs, p. 13l-t32.

de ce symbole n'ont rien de proprement romain, ni de daté. On les retrouve équivalemment chez les apologistes comme Justin et Aristide, et aussi bien chez saint Ignace. On les trouve à l'état dispersé dans la littérature chrétienne de l'âge apostolique.

Enfin, s'il s'agit seulement de prendre conscience de ce fait que l'objet de la foi est déterminé, traditionnel, et non amorphe et malléable, il suffit de rappeler que la foi n'est pas présentée dans la littérature chrétienne primitive comme une gnose que chacun se fait à soi-même, mais comme une SiBa)(^r5, comme une TvapiBoatç, comme un xocvwv Tïfaxewç, et autres expressions synonymes. L'autonomie du croyant en face de la foi est bien l'idée la plus étrangère qui soit au christianisme des premiers âges^

9° Peut-être, après tout ce qui vient d'être dit, n'est-il pas nécessaire d'insister sur la part du montanisme dans la genèse du catholicisme. Le montanisme est un mouvement tardif : c'est seulement en 177 que le montanisme

1. Il pourrait suffire pour la justification de celte assertion de renvoyer aux observations faites plus haut (p. 83), et aussi bien à l'appendice mis par îlarnack à la collection de Hahn, Bibliothek der Symbole U7id Glaubensregeln der alten Kirche, 3» édition (Breslau 1897), p. 364-390. Mais l'occasion est opportune de signaler la théorie d'après laquelle la foi aurait été dès l'origine présentée en une sorte d'abrégé historique et moral, historique comme dans / Cor. xi, 23, et xv, 3, moral comme dans I Cor. xi, 2, dont on saisit la trace dans maint passage du N. T. Cette théorie, qui est une curieuse avance au principe catholique de tradition, a été proposée par Weizsaecker (Apost. Zeitalter, p. 591), qui retrouve ce qu'il appelle spirituellement une « halacha chrétienne » dans Rom. vi, il; xvi, 17; J/ Thess. u, iA;ICor. IV, 17, etc. Kattenbusch {Apost. Symbol, t. n, p. 335-347, le N. T. et le Symbole) est dans le même sentiment, et il cite (p. 345) un article ancien deHarnack favorable à cette théorie. Seeberg a, dans cette ligne, essayé de reconstituer ce qu'il appelle le catéchisme de la chrétienté primitive {Dar Katechismus der J7rcArts<enAeît, Leipzig 1903). Wernle, dans un essai que je ne connais que de nom, avait émis l'hypothèse que les listes de péchés qui se rencontrent si souvent dans le N. T., procèdent d'une formule traditionnelle {Der Christ und die Sûnde bet Paulus, 1897). G. Resch (Aposteldekret, p. 92 et suiv.) reprend l'hypothèse de Seeberg. On voit comment la thèse rilschlienne d'une sorte de cartel doctrinal formé artificiellement dans la seconde moitié du second siècle, est en voie d'être abandonnée.

préoccupa les esprits dans le monde chrétien d'Occident : or à pareille date, l'autorité des évêques n'était discutée nulle part '. « L'Église, a écrit Renan, était déjà trop fortement constituée pour que l'indiscipline des exaltés de Phrygie pût l'ébranler* ». Quant à l'altitude de Rome dans la résistance au montanisme, loin d'être à Rome plus animé que partout ailleurs, on y fut plus modéré, plus hésitant, si bien que peu s'en fallut qu'on y fût favorable aux prophètes de Phrygie. Dire que Rome sauva la hiérarchie est une affirmation qui ne répond ici à aucun fait et à aucune vraisemblance : dire qu'elle acheva la victoire en créant la théorie de la succession apostolique, c'est oublier que cette théorie avait été énoncée cent ans plus tôt par la Prima Clementis.

i. Et eUe n'était pas spécifique do catholicisme. Les Marcionites avaient des évêques, nous le dirons plus loin. Les Valentiniens en avaient aussi. Voyez pour ces derniers le témoignage très important d'Hippolyte, Philosophoumena, vi, *1 : le sacrement de la rédemption administré par l'évèque gnostique seulement à l'article de la mort.est un stratagème imaginé pour obliger « les disciples à rester toujours près de l'évéque ».

S. Marc-Aurèle, p. US.

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