‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 70 sur 216 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Aux environs de 180, saint Irénée est le do^matiste qui clôt, nous assure-t-on, la crise antignostique et antimontaniste ; il est le premier des pères « vieux catholiques » ; il fait la théorie des principes victorieux, autorité de la règle de foi, autorité de la succession épiscopale, autorité de la confédération des évêques : il synthétise le catholicisme, il lui donne une expression définitive et « romaine »... C'est ainsi du moins que les modernes histoires des dogmes se plaisent à présenter saint Irénée. Nous espérons montrer tout ce que cette présentation a de systématique et de protestant. Pour nous, saint Irénée est excellemment un théoricien du catholicisme ; mais il n'y a guère d'élément de sa théorie qui ne date d'avant lui, et les principes qu'il fait valoir sont les principes organiques qui, obscurément ou explicitement, informent depuis le premier jour le christianisme de la gentilité.

En étudiant d'abord les précurseurs d'Irénée au ii« siècle et ses contemporains, nous constaterons sans effort que les principes sur lesquels Irénée s'appuie ne sont pas sa création. Nous aurons essayé de résoudre le problème posé par M. Harnack comme

une insoluble énigme : « Dans quelle mesure les thèses d'Irénée étaient-elles neuves? dans quelle mesure les règles par lui formulées étaient-elles déjà reçues dans les communautés, et dans quelles communautés * ? »

L'épître aux Philippiens de l'évêque de Smyrne^ saint Polycarpe, est la seule qui nous est parvenue des nombreuses épîtres que, au témoignage de saint Irénée^, Polycarpe écrivit soit à des chrétiens individuellement, soit « à des églises voisines », pour admonester les uns, pour affermir les autres, nouvel indice de la constance des communications des églises entre elles au ii« siècle.

Polycarpe de Smyrne écrit aux Philippiens, c'est-àdire à une église de Macédoine. Les Philippiens ont sollicité Polycarpe de leur écrire : « Vous avez fait appel à moi, » peut-il leur dire. Et il ajoute qu'il ne saurait prétendre, ni lui, ni personne, à égaler la sagesse de saint Paul qui leur a porté « la parole de vérité ^ ». Ce qu'il peut faire, c'est donner ses conseils aux fidèles, aux diacres et aux presbytres de Philippes.

Ces conseils rappellent ceux des épîtres pastorales, et tout autant des épîtres ignatiennes : « Il faut, dit Polycarpe, se soumettre aux presbytres et aux diacres comme à Dieu, et au Christ » (v, 3) . 11 faut fuir tout ce qui est vaine et vide doctrine et l'erreur vulgaire :

1. Dogmengeschichte, t. I,p. 317. — On consuKera utilement, comme nons l'avons fait, J. Durell, The historié Church, an essay on the conception of the Christian Church and its ministry in the subapostolic âge (Cambridge 1906).

S. Ap. Elseb. h. E. V, 20, 8. L'épître de Polycarpe aux Philippiens est de peu postérieure à la mort de saint Ignace, laquelle se place aouB Trajan, dans la période 107-117.

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