‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 71 sur 216 · POLYCARP. Phili. III · texte numérisé non relu

POLYCARP. Phili. III

allusion au paganisme, peut-être aussi déjà aux erreurs gnostiques. Il faut se fixer dans les commandements du Seigneur et dans ce que le Seigneur a enseigné (n, 1-3) . Il faut se détourner de quiconque « ne confesse pas le témoignage de la Croix », et ceci vise sans aucun doute le même docétisme que combattait saint Ignace. « Quiconque, en effet, ne reconnaît pas que Jésus-Christ est venu en sa chair, est un Antéchrist..., et quiconque exploite selon ses propres concupiscences les logia du Seigneur, et enseigne qu'il n'y a ni résurrection, ni jugement, celui-là est le premier-né de Satan » ^. Nous relevons ici le même trait que nous avions relevé chez saint Ignace : des hérétiques exploitant l'écriture évangélique et l'interprétant dans le sens de leurs erreurs.

Aitssi, laissant là l'insanité de beaucoup et leurs enseignements trompeurs, retournons à l'enseignement qui nous a été donné dès le commencement 2.

Servons le Seigneur avec crainte et respect, comme luimême l'a prescrit, et ceux qui nous ont évangélisés, les apôtres, et aussi bien les prophètes qui ont annoncé la venue de Notre-Seigneur '.

L'évêque de Smyrne répond directement à l'argument que poussaient contre saint Ignace les docètes de Philadelphie ; en appelle-t-on aux logia du Sei-

1. Phili. VII, 4. Rapprochez de ces derniers mots le trait rapporté de l'apôtre saint Jean par saint Irénée qui le tient de saint Polycarpe, sur larencontre de saint Jean et de Cérinthe, Euseb. B.E. m, 28,6.

2. Phili. vil, 2 : èTii xàv èÇ àpx'K ^('•tv itapaooOévra Xôyov imtrzçé-

3. Phili. VI, 3 : xaOù); aùxè; èvsteiXaTo, xai ot eùafYe^KJ'ottievoi Tiixâç à7tà(7TO>oi, xat oi izçoffi-zai xt>.. Cf. n, 1 : IIaûX(|> xai toTc Xomoïc àicoarâXoi^.

gneur, les grands évêques le veulent bien ; mais pas de commentaire et de dialectique, on doit s'en tenir à la doctrine reçue d'abord. La foi qui fait foi est celle qu'a prêchôe le Seigneur, et qu'ont prêchée les apôtres, et qu'ont annoncée les prophètes d'Israël. La foi est fondée sur les « saintes Écritures » * , c'est-à-dire sur l'Ancien Testament et sur l'enseignement authentique du Seigneur et des apôtres, l'enseignement tel qu'il a été transmis dès le commencement.

Polycarpe est mort le 23 février 155 : on ne peut donc pas dire que la méthode de foi qu'il esquisse là, dès avant l'an 120, c'est à savoir la soumission des fidèles aux presbytres en chaque église, c'est à savoir la fidélité à l'enseignement donné dès le commencement par les apôtres qui ont évangélisé les églises, soit une méthode inaugurée entre 150 et 180 au plus fort de la lutte des églises contre le gnosticisme.

Un souvenir rapporté de saint Polycarpe par saint Irénée atteste la conformité de l'attitude des deux évêques et la communauté de leur méthode. Saint Irénée écrit à un presbytre romain, Florinus, qui a été séduit par le gnosticisme de Valentin ; il lui remontre ses erreurs ^ :

Ces opinions-là ', Florinus, Je le dis avec assurance, ne

i. Phili. XII, i : xa>vtôç ■^iyij\Lva.<7\i.éwoi iaxï èv Taîç tepatç ypaçaïç*

i. IREN. ap. ECSEB. H. E. V, 20, 4-7.

3, 66Y(j.OTa.] Ici, le mot 8($y|AaTa est pris au sens d'opinion, comme sont les opinions distinctives des écoles de philosophie. Sur la valeur grecque du mot « dogme •, voyez E. H\tch, The influence of greek ideasund usages upon the Christian Church (London 1890), p. 120. Dans le grec classique, en effet, le mot ôéyjJLaTa peut se traduire par placila philosophorum. Il est, peut-on dire, synonyme de aïpecrt;. Il signifie aussi un décret, un édit, émané des pouvoirs publics. Tel est le sens qu'il a dans le Nouveau Testament {Luc. ii, 1; Act. xvii,7).

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$ont pas d'une saine doctrine : ces opinions-là ne sont pas à l'unisson de l'Église et conduisent à la pire impiété ceux qu'elles persuadent : ces opinions-là, pas même ceux qui sont hors de l'Égli<<e, les hérétiques, n'ont jamais osé les exprimer : ces opinions-là ne sont pas celles que te transmirent les presbytres qui nous ont précédé et qui avaierU fréquenté les apôtres.

Je me souviens que, quand J'étais encore enfant, dans rAsie inférieure, où tu brillais alors par ton emploi à la cour\je t'ai vu près de Poly carpe, cherchant à acquérir son estime. Je me souviens mieux des choses d'alors que de ce qui est arrivé depuis, car ce que nous avons appris dans l'enfance croit avec l'âme, s'identifie avec elle : si bien que je pourrais dire rendrait où le bienheureux Polycarpe s'asseyait pour causer, sa démarche, sa physionomie, sa façon de vivre, les traits de son corps, sa manière d'entretenir l'assistance, comment il racontait la familiarité qu'il avait eue avec Jean et avec les autres qui avaient vu le Seigneur. Et ce qu'il leur avait entendu dire sur le Seigneur, et sur ses miracles, et sur sa doctrine, Polycarpe le rapportait comme l'ayant reçu des témoins oculaires du Verbe de vie, le tout conforme aux Écritures.

Ces choses, grâce à la bonté de Dieu, je les écoutais dès lors avec application, les consignant non sur le papier, mais dans mon cœur, et toujours, grâce à Dieu, je les recorde authentiquement. Et je peux attester, en présence de Dieu, que si ce bienheureux et apostolique vieillard eût entendu quelque chose de semblable £à tes doctrines], il aurait bouché ses oreilles et se serait écrié selon sa coutume : 0 bon Dieu, à quelê temns m'as-tu réservé, pour que je

1. Hadrien visita l'Asie en 122 et en 129, et L. Verus en 162. On ne coiiaail i>as d'autre séjour d'empereur en Asie, ei ces dates s'accordent mal avec l'.ige de Poiycarpe. Lightfoot conjecture qu'il s'agit peut-être lie l'entourage du proconsul d'Asie, qui vers 136 était T. Aurelius

ilvus, lequel devint ensuite empereur et fut Antonin le Pieux. UTFOOT, Ignatius, t. I, p. 448. Ant'nin le Pieux ayant voyagé en

1 ient entre 154 et 137, Harnack pense qu'il a pu venir en Asie en 154 cl Klorinus avec lui. Chronologie, t. I, p. 329-330.

doive supporter de tels discours/ Et il eût pris la fuite de l'endroit où il les aurait ouïs.

Le langage de saint Irénée est à lui; mais celui qu'il prête à saint Polycarpe est pareil au sien, dans sa candeur apostolique. Polycarpe n'aurait rien voulu entendre des nouveautés des gnostiques, parce que sa foi avait pour critère l'enseignement donné dès le commencement par les apôtres et les autres qui avaient vu le Seigneur. Papias, qui était un disciple de Polycarpe, exprimera dans les mêmes termes le même critère. Cet appel à l'autorité des apôtres n'a rien d'un expédient de controverse : il fait corps avec la foi de ces primitifs, qui peuvent parler des apôtres comme des vieillards parlent de la génération où ils étaient jeunes.

S'agit-il de la solidarité des églises, l'épître de saint Polycarpe aux Philippiens en fournit une preuve excellente. Polycarpe envoie son épître à Philippes par un chrétien nommé Crescens, qui, après avoir séjourné un temps à Smyrne, part pour la Macédoine accompagné de sa sœur : l'évêque de Smyrne les recommande tous deux au bon accueil de l'église de Philippes ^ Ce n'est là qu'un exercice d'hospitalité interecclésiastique. Voici qui est plus significatif :

« J'ai été chagriné au sujet de Valens, qui a été fait presbytre tantôt parmi vous, de savoir qu'il méconnaissait à ce point le rang qui lui a été donné. Je vous exhorte donc à vous défendre contre l'amour de l'argent, à être chastes, à être véraces : abstenez-vous de tout ce qui est mal. Comment celui qui ne peut se gouverner en ces devoirs pourra-t-il en instruire au

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