‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 76 sur 216 · Edskb. h. E. V · texte numérisé non relu

Edskb. h. E. V

â. Ep. ad Diogn. xi, 6 : eÏTO ?66oc v(î{iou ^^etai xai npo^Tûv ;(âpiç ftvwdxeTat, xai eOaYyeXitdv ntomç tSputct, xal à7ro(rr6),mv «îopdt- Eoaiç ouXacraetai, xai èxxXïjTta; yâpi; oxipTç. — Du mot ^îSeTai rap-

à l'Eglise s'y manifeste dans la Loi, les prophètes, les Evangiles, les apôtres, la tradition des apôtres.

Les Gentils qui se convertissent participent à ce trésor. « Vous devenez un paradis de délices^ ç^ous faites pousser en cous un arbre chargé de fruits... Car en ce lieu est planté l'arbre de la science et l'arbre de la vie; ce n'est pas l'arbre de la science qui perdj mais la désobéissance. Car ce qui est écrit n'est pas obscur, à savoir que Dieu au commencement a planté l'arbre de la science et l'arbre de la vie au milieu du paradis, nous montrant la vie par la science^... » Les Gentils sont introduits dans le paradis et conduits aux deux arbres que Dieu y a plantés ; mieux encore, ces deux arbres sont plantés en eux et portent leurs fruits, « des fruits que le serpent ne peut atteindre ». Suit une pensée obscure et qui s'entend peut-être de l'Église : « Eve n^est pas corrompue, mais elle est appelée vierge ^ » . Le Christ est le nouvel Adam, et l'Eglise, sa compagne, est Eve vierge à jamais.

On comprend que celui que Clément d'Alexandrie comparait à une abeille de Sicile ait pu s'exprimer en ce style ppétique, où abondent les réminiscences johannines et paulines, et mieux encore que Clément d'Alexandrie ait eu un goût si fort pour un écrivain qui lui ressemble tant, si vraiment ces deux pages sont de Pantène. On vérifierait là l'assertion d'Anastase le Sinaïte, rapportant que Pantène appliquait à l'Eglise ce qui, dans la Genèse, est écrit du paradis.

prochez le mot «ruvc^Sdi; de l'épitaplie d'Abercius. Toujours la mém« insistance à parler de chants à propos d'église.

1. Jd.xii, 8 : où6à £<^a (p6etpeTai,àX).à nap6cvoc icto-Teûe-rai. Comparez ce que dit Hégésippe sur la vii^nité de l'Eglise.

L'instruction en forme d'homélie, qui s'est conservée sous le nom de « Seconde épître de Clément aux Corinthiens », n'est ni ime épître, ni de Clément romain, mais est peut-être une instruction adressée aux Corinthiens et composée à Corinthe. On peut, avec Funk, l'attribuer aux environs de l'an 150^ .

L'auteur de la Secunda Clementîs n'est pas un controversiste : bien vagues sont les indices de préoccupations antignostiques qu'on a pensé relever chez lui. Il montre la communauté chrétienne à laquelle il s'adresse soumise à l'autorité des presbytres (xvii, 3 et 5), autorité enseignante et disciplinaire. L'autorité écrite est celle des préceptes de Jésus-Christ (xvii, 3 et 6) ; on doit les observer « afin que tous [les fidèlesj pensant de même soient réunis pour la vie » (xvii, 3). Ailleurs, l'auteur parle des logia de Dieu qui sont la règle de la conduite des chrétiens (xiii, 3). On devient chrétien par le baptême, empreinte qu'il faut conserver pure et intacte; quiconque ne l'aura pas conservée, est réservé au feu qui ne s'éteindra pas ^. La communauté des fidèles est ainsi une communauté de purs : une inspiration rigoriste, encratite, anime la Secunda démentis et la rattache au grand courant moral du christianisme du ii* siècle. « En fai-

1. Date et origine bypothétiqnes. Contre Harnack, qui en fait une production romaine et l'œuvre même du pape Soter (vers 170), M. Bartlet opine pour une origine alexandrine, vers l'an 140. Zeitsehrift fur die neut. Wistenaehaft, 1906, p. 123 et suir. Hà&nack, Chronol. t. 1, p. 448. Fdmk, Patr. apottol. t. I, p. LU.

ï. II Clem. VI, 9 : èàv 1*9) Tiripi^ea)(jL£v to ^iim<i\ui àyvôv xal à(i(av- Tov... vu, 6: tûv [uri TTjpT,ffàvTa)v ■ri'lv (jçpayîSa... vin, 6: T>)piij(TaT£ tj)v aâpxa ày^v xai -ri^v aippayt^a âcictXov.

sant la volonté du Père, en gardant pure votre chaii et en observant les préceptes du Seigneur, vous aurez la vie éternelle » (viii, 4).

« Ainsi, frères, en faisant la volonté de notre Père, nous serons de l'Eglise, la première, la pneumatique, celle qui a été créée avant le soleil et la lune ^ . »

Cette pensée n'est pas apparentée à l'exégèse qui appliquait à l'Eglise ce qui est dit du paradis dans la Genèse ; elle appartient à une spéculation que nous retrouverons chez Herraas, la même qui aboutit chez certains gnostiques à faire de l'Église un éon; elle affirme la préexistence de l'Église comme un dogme analogue à celui de la préexistence du Christ. Chez les Juifs, on spéculait pareillement sur la Jérusalem céleste, celle que l'auteur de l'Apocalypse (xxi, 10-11) voit « descendre du ciel d'auprès de Dieu, brillante de la gloire de Dieu » : il est possible que l'idée de la préexistence de l'Église dépende de ces spéculations

L'Église pneumatique est la première en ce sens qu'elle a devancé le peuple juif : l'opposition est la même qu'entre Sara et Agar, ainsi que la Secunda démentis le dit clairement ailleurs 2 :

Choisissons donc d'être de l'Eglise de la vie pour être sauvés. Car je ne pense pas que vous ignoriez que l'Église vivante est le corps du Christ. L'Écriture dit^ en effet : Dieu fit l'homme mâle et femelle : le mâle est le Christ, la femelle est V Église. Et les livres des prophètes et les apôtres disent que l'Église n'est pa^ d'aujourd'hui, mais depuis le com-

i. XIV, 1 : ÈffdfAeôa âxt^; JxxXiiaCat; x^; npwTTii;, xr^i nveuitatixfi;, ■"!? Ttpb Yi)iov xai (TeXïjvTf); èxTKTfxév »)?. Funk, loe. cit. : « Auctor potius ante quam post médium saeculum [11] se vixisse indicnre videtur, quoniam quae c. xiv de ecclesia spiritual! leguntur, postquam Gnostici errores suos fist totum orbem disperseruut, taaud facile dici poterant. >

4. // Clem. n, 1 : cfTeîpa ^v t) èxxXYjaia i^(i.tâv npè toû ôoOî^vai aÙT^ xlxva, y-tX. Cf. Idstin. Apolog. i.ui, 3-6.

mencement. Car elle était pneumatique, comme notre Jésus^ et elle s'est manifestée dans ces jours qui sont les derniers pour nous sauver. L'Église qui est pneumatique s'est manifestée dans la chair du Christ, et nous a montré que quiconque parmi nous la garde dans la chair et ne la souille pas la recevra dans l'Esprit saint. Car cette chair est l'antitype de l'esprit; celui qui souille V antitype ne recevra pas la réalité. Et donc, frères, écoutez : gardez bien votre chair, pour participer à l'esprit. Si nous disons que notre chair est l'Église et Vesprit du Christ, il suit de là que celui qui souille la chair souille l'Église, et celui-là ne participera pas à l'esprit qui est le Christ {XïW , 1-5).

Ce développement mystique est subordonné à l'encratisme de notre auteur : la loi du chrétien est de garder pure sa chair pour ne pas perdre l'empreinte du baptême et pour avoir la vie éternelle. Par le baptême et par la conservation de l'empreinte du baptême, le chrétien appartient à l'Eglise de la vie (IxxXr,- <na TT)ç îjwriç), église vivante {èxx\r,<jîa Cwcot), la même que saint Paul {Epk. i, 22-23) appelle le corps du Christ, la même qui est unie au Christ comme l'époux à l'épouse, ainsi que le dit encore saint Paul {Eph. y, 31-32), la même qui a été créée pneumatique au commencement de tout, la même qui s'est manifestée dans la chair du Christ.

Dans cette élévation sur la vie surnaturelle, l'Eglise n'est plus rien de visible et de social : elle est la vie, elle est l'Esprit, et elle est le Christ en tant que le Christ est Esprit. Elle est cependant distincte du Christ au même titre que l'épouse est distincte de l'époux.

Sortons de ce mysticisme. Eusèbe a eu entre les mains un recueil d'épîtres de Denys, qui fut évêque de

Corinihe au temps où Soter l'était de Rome (166*-175*) . épîtres adressées aux églises et qu'Eusèbe appelle des « épîtres catholiques » ^ . L'expression « catholique » est prise ici, semble-t-il, avec la même acception qu'elle a quand elle désigne les « épîtres catholiques » du Nouveau Testament : elle signifie que ces épîtres sont adressées à toutes les églises, en même temps qu'à une église déterminée. — Eusèbe énumère unt épître aux Lacédémoniens, « qui est une catéchèst d'orthodoxie et qui traite de la paix et de l'unité » ; une épître aux Athéniens, sur leur relâchement dans la foi ; une épître aux chrétiens de Nicomédie, où il combat l'hérésie de Marcion et où il défend « le canon de la vérité » ; une épître à l'église qui pérégrine à Gortyne » et aux autres communautés de Crète, où il les prémunit contre tout commerce avec les hérétiques ; une épître à « l'église qui pérégrine à Amastris et à celles du Pont » ; une épître aux chrétiens de Cnosos. Le même recueil contenait la réponse de l'évêque de Cnosos, Pinytos, où celui-ci prie Denys d'écrire encore à son église, si reconnaii^sant il lui est de sa première lettre.

On voit quelles relations unissaient les églises les unes aux autres; comment aussi l'épiscopat monarchique était en vigueur en chaque église ; comment les évêques étaient heureux de se soutenir et de se conseiller mutuellement, avec le constant souci d'animer partout l'attachement à l'unité, à la droite foi, au canon de la vérité, à la détestation de l'hérésie.

Eusèbe a connu une autre épître de Denys, celle-ci adressée aux Romains, ou plutôt « à Soter qui était

1. BosEB. B. E. iT, â3, 1 : xaOoXty.aïc icpô( Ta; êxxXviffiac èntaToXaïç. Cf. IGNAT. Ad Polycarp. viii, 1.

alors leur évêque ». L'église romaine y est exaltée pour sa charité inépuisable et qui s'étend à toutes les églises.

Depuis le commencement, écrit Denys aux Romains, c'est votre habitude défaire du bien par tous les moyens à tous les frères, et d'envoyer des secours (I<pd8ta) aux églises dans toutes les villes [de la terre] ^ Ainsi vous soulagez le dënûment des indigents : ainsi aux frères qui sont condamnés aux mines vous faites parvenir des secours. Romains vous gardez la tradition de vos pères les Romains. Et non seulement votre bienheureux évêque Soter la garde, mais il la fortifie, en procurant les libéralités qu'on fait parvenir aux saints, et en accueillant avec des paroles bienheureuses les frères qui viennent à lui, comme un père aimant ferait pour ses enfants ^.

La renommée de la charité romaine remonte au commencement, ce qui désigne le temps où saint Paul déjà louait les Romains de leur foi « connue dans le monde entier » [Rom. i, 7) et éprouvait lui-même l'empressement de leur accueil {Act. xxviii, 15). Cette charité ne s'est pas refroidie : tous les frères la connaissent, elle s'est étendue à toutes les églises par des secours matériels aussi bien que par l'accueil que les

1. En grec : èxxXTiffiai; iioXXaî; xaTç xarà maevt tcôXiv. Le texte est sujet à correction : je me tiens à la leçon reçue. — L'église romaine comptait dès l'origine des Gdèles qui appartenaient aux familles les plus aristocratiques et les plus riches, et la richesse était parfois énorme. Sur ce caractère particulier de l'église romaine, voyez Har- KACï, Mission, t. n, p. 26-27 et 33-38, et Duchesse, Hist. anc. t. I, p. 215-219. Sur la richesse du patriciat, voyez G. Goyau, Sainte Mêlante (Paris 1908), p. 12 et suiv.

2. EusEB. ibid. 10. Cette épitre de Denys était une réponse à une épître de Soter. Denys fait allusion àl'épitre (perdue) de Soter : « Aujourd'hui nous avons célébré le saint jour dominical, où nous avons lu votre lettre : nous continuerons à la lire toujours, comme une admonition (vouOexeraBai), ainsi que la première, celle qui a été écrite par Clément • (ibid. 11). Allusion à la Prima démentis.

chrétiens de toutes les églises sont assurés de trouver à Rome.

Hermas n'est pas plus directement que l'auteur inconnu de la Secunda C/eme/i/wuncontroversiste; mais il sait que des hypocrites ont essayé d'introduire parmi les fidèles des enseignements étrangers, des enseignements insensés, dont il a horreur^. On chassera ces hypocrites ; ils n'ont pas leur place dans l'édifice symbolique, l'Église, qui se construit; ils sont les pierres qu'on rejette. « Ainsi l'Église de Dieu sera purifiée..., quand auront été rejetés loin d'elle les méchants, les hypocriteg, les blasphémateurs... Et quand ils auront été rejetés, l'Église de Dieu sera un corps, une pensée, un esprit, un amour : et le Fils de Dieu se réjouira et exultera parmi eux [les purs], en recevant son peuple pur » '. L'unité de pensée, de foi, d'amour, est donc la loi de l'Église. Mais cette Église est-elle l'Église concrète de la terre ou l'Église invisible dans le ciel? Hermas ne fait pas cette distinction.

11 voit en vision douze montagnes, qui sont la figure des hommes qui « habitent le monde entier et à qui le Fils de l'homme a été annoncé par les apôtres ». Toutes les nations donc « qui habitent sous le ciel » ont entendu le message. Les hommes « qui ont reçu la s/jAra^/ffontunepensée, un esprit, une foi, un amour ^ » . Ce sont bien là les fidèles d'ici-bas, exposés encore à

4. HiRM. Sim. VIII, 6, 8 : (ireoxpixat ôiôa^à; leva; eldçépovTeç... xat; 8i8axaîç Taî; (j.oi>paîc ite(6ovTe;.

2. Sim. IX, 18, 3-4 : à7iù6Xr,97ivat toîiç «ovinpoùc xai Onoxpitàc xal pXaaçY)(i.ou;... — larai y) èxxXTjtrta xoù 6£oû ëv a&\ut, (j.(a <pp6vT)(nc, el;

3. Sim. IX, 17, 4 : XafiôvTEc o^v ty]v cr^pa^tSa (i(av çpdvTiiTiv layifi^Tt.aL\ Ivo voOv, xal (lia ticctti; aùxwv êyéveTo xat ji.ia àyaTtr].

LE CATHOLICISME DE SAINT IRÉiNÉE. 223

l'épreuve du péché et de l'erreur. Hermas se préoccupe moins de l'erreur que du péché. Le Seigneur lui dit : « Garde ta chair pure et immaculée, afin que l'esprit qui habite en elle témoigne pour elle et qu'elle soit justifiée... Si tu souilles ta chair, tu souilles l'Esprit saint; si tu souilles l'Esprit, tu ne vivras pas < . » Cette vie commence pour le chrétien dès ce monde et elle se poursuit « avec les saints de Dieu » et ses anges dans le ciel ^. L'Église, communion des saints, est donc à la fois terrestre et céleste.

Elle est une créature en vue de laquelle Dieu a créé tout ce qu'il a créé d'autre qu'elle ^. Un adolescent très beau apparaît à Hermas et lui dit : Cette femme âgée qui t'a donné un livre, qui penses-tu qu'elle est? La Sibylle? Non, c'est l'Église. Pourquoi donc est-elle âgée? demande Hermas. Parce que, répond l'adolescent de la vision, elle a été créée la première de toutes les créatures, et le monde a été créé pour elle *.

Mais pour être cette créature spirituelle, l'Église n'en est pas moins constituée en églises locales, visibles et gouvernées. La femme âgée, figure de l'Église invisible, a donné un livre à Hermas pour qu'Hermas le transmette aux presbytres. Hermas a mission de le porter à Clément, qui, dans la pensée de l'auteur du Pasteur, est Clément romain. Clément aura mission d'adresser le livre « aux villes du dehors ^ » . Hermas

i. Sim. V, 7, 1-2.

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