Jd. V, 63 et
LE CATHOLICISME DE SAINT IRENEfi. 985
tine des prophètes et des prophétesses, illuminés qui devancent les Montanistes * .
Si on s'en tenait à ces traits seulement, on pourrait croire que le christianisme est dans une dissociation universelle. Mais n'oublions pas que Celse l'avait vu d'abord uni dans une charité qui lui apparaissait comme un pacte de défense mutuelle. N'oublions pas que Celse a marqué que ces sectes étaient des factions séparées, et qui n'ont quasi plus rien de commun. Ce sont donc bien deux chrétientés s'opposant l'une à l'autre, l'une unie, l'autre désagrégée. Les hérésies chez saint Irénée ne nous apparaîtront pas sous un jour différent. Celse lui-même a la claire vue que la chrétienté, celle qui n'est pas dissociée, forme une unité visible, solidaire, fondée sur l'unité de foi : il la définit d'un mot saisissant : « La grande Église ' ».
Si nous essayons de dégager de l'analyse qui précède les idées maîtresses, nous pouvons dire que, premièrement, le christianisme est considéré avec insistance comme une collectivité réelle, visible, répandue sur toute la terre à la façon d'un peuple (Hermas, Abercius, Justin) ; qu'entre tous les groupes ou communautés dispersées qui le composent, il y a cohésion et échange, d'un mot il y a un lien interecclésiastique sensible à tous (Polycarpe, Smyrniotes, Abercius,