‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 86 sur 216 · Haer. u, 31, 2. Cf. Demonstr · texte numérisé non relu

Haer. u, 31, 2. Cf. Demonstr

manque à la langue d'Irénée, et tout autant à son traducteur latin, il a la chose *,

Unité et catholicité sont choses humaines, si la foi n'a pas pour source l'enseignement des prophètes, du Seigneur, des apôtres. Irénée donne un relief vigoureux à la trilogie tant de fois déjà signalée avant lui ^. Par prophètes, il entend aussi bien la Loi, « legislationis ministratio » ; pour les apôtres, il distingue leur prédication, qui a été orale, et leur « dictatio », le testament par eux dicté.

[II, 35, 4.] Quoniara autem dictis nostris consonat praedlcatio apostoiorum, et Domini magisterium, et prophetarum annuntiatio, et apostoiorum dictatio, et legislationis ministratio, unum eumdemque omnium Deum Patrem fundantium '...

La foi seule vraie et vivifiante est celle que l'Église a reçue des apôtres et qu'elle distribue aujour-

1. Harnack, Dogmengesehichte, t. H, p. 407. Cependant Irénée a écrit (Haer. ui, 11, 8) : èTieiSri TÉaacipa x^cpiara toû xdtrpiou èv ^ èdfièv eldi, xal Téoowpa xaOoXtxà iïvsv(taxa. Le traducteur latin dit : • Quatuor prtnctpaZé'sspiritns. >

2. Haer. u, 3, 6 : t lam quidem ostendimus unum esse Deum : ex ipsis autem apostolis et ex Domini sermonibus adhuc ostendemus. Quale enim est, prophetarum et Domini et apostoiorum relinquentes nos voces, attendere his [= haeretieis} nihil sani dicentibus? > m, 9, 1 : < Ostenso hoc igitur plane... neminem alterum... Deum, neque prophetas, neque apostolos, neque Dominum Christum, conTessum esse. > ui, 17, 4 : c Spiritu... uno et eodem existente, sicut et ipse Oominus testatur, et apostoli confitentur, et prophetao annnntiant. >

3. Tournure chère à Irénée. Voyez n, 30, 9 : « Deus... qaem et Lex annuntiat, quem propheiae praeconant, qnera Christus révélât, queni Apostoli tradunt, quem Ecclesia crédit >. Cette insistance à mettre ensemble l'Ancien et le Nouveau Testamenl, est motivée apparemment par II pensée de réfuter la Marcionisme.

l'éguse nâissà>'tb. Xi

d'hui à ses enfants. Le Seigneur, en effet, a donné son Evangile à ses apôtres : « Qui vos audit me audit, qui vos contemnit me contemnit et eum qui misit me. » La mission enseignante des apôtres est doncindubitable : d'eux nous tenons la vérité, c'est-à-dire la doctrine du fils de Dieu ^ .

S'il s'agit des évangiles, on voit aussitôt l'intérêt qu'attachera Irénée à ce que les évangiles aient été rédigés par les apôtres ou par des écrivains que les apôtres garantissent. Mathieu et Jean sont des apôtres : Jean a composé son évangile au temps où il résidait à Éphèse ; Mathieu a écrit le sien en hébreu, au temps où Pierre et Paul « Romae euangelizarent et fundarent Ecclesiam ». Marc était un disciple de Pierre, il était son interprète, et il a mis par écrit ce que Pierre prêchait. Luc était de la suite de Paul, et pareillement il a mis par écrit l'évangile que prêchait Paul (m, 1, 1). Cette brève histoire littéraire des évangiles est une justification de leur autorité apostolique'.

Irénée, qui a le goût de son temps pour le symbolisme, établit un lien entre les quatre évangiles et la diffusion de l'Église sur toute la surface de la terre. Il y a quatre évangiles, comme il y a quatre vents du ciel ^ : ces quatre évangiles sont les quatre colonnes

1. Haer. m, praef, < Dominus omnium dédit apostolis suis potestatem euangelii, per quos et veritatem, hoeestDei filli doclrinam, cognovimus. » Cf. m, 1, 1 et Detnonstr. U.

3. Cette justification des quatre évangiles n'est pas une idée originale d'Irénée, puisqu'elle est déjà ctiez Papias, ap. Edseb. H. E. m, 39, 15-16, et qu'elle se retrouve chez Clément d'A., lequel n'a pas connu Irénée. Hypotyp. ap. Edskb. U. E.u, 1K. De même, dans leMuraloria. num. Nous avons là, en même temps qu'une tradition de valeur, une tbëse apologétique.

3. Haer. m, 11, 8 : < Quoniam quatuor regiones mundi sunt in quo sumus, et quatuor principales spiritus, et disseminata est Ecclesia •aper omnem terram, eolumna autem et firmamentum Kcclesiae est

de l'Église, <jui a elle-même pour base l'Esprit inspirateur de l'Evangile : cet Esprit souffle la vie par le moyen de l'Eglise à l'humanité.

L'enseignement non écrit des apôtres a pour témoin l'enseignement des « presbytres », ou disciples immédiats des apôtres ^ Ainsi, sur le point de savoir si le ministère de Jésus n'a duré qu'un an, comme le suppose le valentinien Ptolémée, croyons l'Évangile et les « presbytres » qui nous disent que Jésus, ayant été baptisé vers 30 ans, enseignait encore vers la cinquantaine. Par TtpeoSuTgpoi ou senior es Irénée entend ici les anciens qui en Asie ont connu saint Jean et qui témoignent que tel était sur ce point l'enseignement de l'apôtre disciple du Seigneur'. Mais le mot « presbytres » a un sens moins strict, car il désigne aussi ceux qui dans l'Église sont dépositaires de l'autorité vivante en même temps que de la doctrine héritée des apôtres.

[IV, 32, 1.] Omnis sermo ei constabit, si et scripturas diligenter legerit apud eos qui in Ecclesia sunt presby teri apudquos estapostolicadoctrina, quemadmodum demonstravimus.

En chaque église, pour peu qu'on veuille ouvrir les yeux, on contemple la tradition de la doctrine des

euangelium et spiritas Titae, consequens est quatuor habere eam columnas, undique fiantes inconruptibilitatem et vivificantes bomines. »

1. Demonstr. 3 : • Der Glaube ist es dud, der dies in uns Teranlasst, wie die Aeltesten, die Schiller der Apostel, uns ueberliefert haben >.

3. Haer. n, 3S,S : « ... Sicut euangelium et omnes seniores testantur, qui in Asia apud loannem discipulum Domini convenerunt, id Ipsum tradidisse eis loannem. Permansit autem cum eis [loannes] usque ad Traiani tempora. Quidam autem eonim non solum loannem, sed ci alios apostolos viderunt, et haec eadem ab ipsis audierunt, et testantur de huiusmodi relatione. Quibus magia oportet credi 1 Utrumne bis talibus, an Ptolemaeo, qui apostolos nunquam vidit, vestigium autem apostoli ne in somniis quidem assecutus est? >

apôtres, authentiquée par les évêques actuels qui remontent aux apôtres par une succession continue et vérifiable.

[III, 3, 1.] Traditionem itaque apostolorum in toto mundo manifestatam, in omni ecclesia adest respicere omnibus qui vera velint videra : et habemus annumerare eos qui ab apostolis instituti sunt episcopi, et successores eorum usque ad nos...

Les apôtres sont le « dodecastylum f.rmamentum Ecclesiae », fondement posé par le Christ en personne ^ . A nous de nous attacher à leurs successeurs légitimes, qui gardent leur doctrine, et qui ont reçu avec l'ordre presbytéral le sûr charisme de la vérité^. Pas de vérité hors.de la doctrine des apôtres, pas de doctrine des apôtres hors du catholicisme, pas de catholicisme hors de la succession des évêques.

Il serait trop long d'énumérer les listes épiscopales

\. Haer. ir, 31, 3.

3. Haer. iv, S6, 3 : i Eisqui in Ecclesia sunt presbyteris obaudireoportet, his qui successionem habentab apostolis,.. qui cum episcopatus successione charisma veritalis certum...acceperunt; reliques vero qui abslstunta principali successione etquocunque loco colligunt, suspeclos habere, vel quasi haereticos et malae sententiae, vel quasi scindantes et eiatoset sibi placentes. »— Ibid.*: > Ab omnibus igitur talibus ab< sistere oportet, adhaerere vero his qui et apostolorum, sicut praediximus, . doctrinam custodiunt, et cum presbylerii ordine sermonem sanum...» — Ibid. & : < Ubi igitur charismata Domini posita sunt, ibi discere oportet veritatem, apud quos est ea quae ab apostolis Ecclesiae successio... »

La remarquable expressioa « charisma veritatis certum • a son analogue dans la préface des Philosophoumena (P. G. t. XVI, p. 3020). Les erreurs des gnostiques seront réfutées parl'Espritsaint qui est transmis dans l'Église, que les apôtres ont reçu les premiers, qu'ils ont communiqué aux fidèles, et que nous leurs successeurs nous possédons avec leur sacerdoce et leur magistère, gardiens que nous sommes de l'Église : Taù-raSà eTspoçoûxèXéYÇeiîiTèiv êxx).ïiCT{qt7rapaSo6èv5Yiov 7cve\j(xa, o5 xvyiôwxtc Ttpoxepoi ol àTioffToXo» {tetéSoffav xoî; ôpôw; îtent- (JTeuxoCTiv, uv yJixEÏî Stàôoj^ot TuyxâvovTeç t^ç te aOtri; xâpiTo; jasté- XOVTe; àpxiepa-teCa; t* xat SiSaiTxaXîas xai ç poupoi Tîj; ixxXrjdta; XcXoytaiJiévoi.

de toutes les églises, écrit Irénée * ; il suffira de rappeler la liste d'une église très grande, très ancienne, connue de tous, fondée par les deux glorieux apôtres Pierre et Paul, l'église de Rome. Les bienheureux apôtres, en effet, après avoir fondé et organisé cette église, en ont laissé le gouvernement à Linus, auquel a succédé Anaclet. Le troisième à recueillir l'épiscopat après les apôtres fut Clément, qui avait vu les apôtres et conversé avec eux, qui avait entendu le son même de leur prédication et eu leur tradition sous les yeux. A Clément succéda Evariste, puis Alexandre, puis Sixtus, puis Télesphore qui fut martyr, puis Hygin, puis Pius, puis Anicet, puis Soter : Éleuthère enfin a l'épiscopat de Rome aujourd'hui, douzième successeur des apôtres '. Cette succession est le canal par lequel la tradition de l'Église et le message de la vérité est venu jusqu'à nous.

Après en avoir appelé au témoignage de l'église romaine qu'il a quelque raison de bien connaître et quelque raison aussi de considérer plus qu'aucune autre, Irénée rappelle l'église de Smyrne où il a, en sa jeunesse, connu saint Polycarpe, lequel avait

1. Haer. m, 3,4-3. Sans doute Irénée veut dire que c'a été fait ailleurs, par un autre, et nous pensons à Hégésippe.

a. Sur l'origine de cette chronologie romaine, voyez la noie de DccHKSSE, Hist. anc. i. I, p. 98. Supposé que la liste épiscopale de Rome ail été dressée à Rome par Hégésippe, au temps d' Anicet, vers 160, et qu'Irénée dépende sur ce point d'Hégésippe, cette liste épiscopale n'en a pas moins de valeur. Voyez une bonne discussion du paradoxe de Harnack sur l'établissement tardif (sous Anicet?) de l'épiscopat monarchique à Rome, dans J. Tormkl, Histoire du dogme de la papauté (Paris 1908), t. I, p. 49-64, concluant dans le même sens que M«T DccHEswE, et H. Boehuer, « Zur altrOmischen Bischotsliste », dans la Zeitschrift fur die neut. Wissenachaft, 1906, p. 333-339. — Voyez encore Hichiels, Origine d« Vépiscopat, p. 306-336, et Dom J. CHAPMAïf, • La chronologie des premières listes épiscopales de Rome », dans la Revu* bénédictine, XVni(1901), p. 399-417 ; XIX (1904), p. 13-37 et 145-170.

été instruit par les apôtres et avait conversé avec des témoins immédiats du Seigneur : Polycarpe, dit-il, faisait profession d'enseigner ce qu'il tenait des apôtres, cela est attesté par les églises qui sont en A'sie, et par les évêques qui à Smyrne ont succédé à Polycarpe. La constatation faite à Rome et à Smyrne est à généraliser, et l'on conclura que l'Église s'impose parce qu'elle conserve l'authentique héritage de la foi des apôtres.

[III, 4, 1.] Tantae igitur ostensiones cum sint, non oportet adhuc quaerere apud alios veritatem, quam facile est ab Ecclesia sumere, cum apostoli, quasi in depositorium dives, plenissime in eam contulerint omnia quae sint veritatis... Et si de aliqua modica quaestione disceptatio esset, nonne oporteret in antiquissimas recurrere ecclesias, in quibus apostoli conversati sunt, et ab eis de praiesenti quaestione sumere quod certum et re liquidum est?

L'Église est « l'Église de Dieu » * . Elle est un corps dont le Verbe est la tête, comme le Père est la tête du Christ : le saint Esprit est en chacun de ses fidèles''. Il y a donc entre le Père, le Fils, le saint Esprit et les fidèles de l'Église, une communication réelle et invisible qui fait qu'est vrai de l'Église visible tout ce qu'écrit saint Paul de l'Église invisible. Mais l'Église visible est ce par quoi nous appartenons à cet être spirituel, et nous appartenons à l'Église visible par notre adhésion à l'enseignement des apôtres continué par les évêques de la catholicité : « Agnitio vera est apostolorum doctrina, et anti-

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