Apion.ii, 164-165. Bocsset, p
3. Sur la souveraineté de la Loi, Scuukreb, t. H^, p. 3ti4-312. Sur la piété envers la Loi, Boosset, p. 87-91.
DISPEHSION ET CHKKTIKNTÉ. 7
bilité de vivre sa vie nationale, c'est-à-dire la vie conforme aux institutions données par Dieu à son peuple.
Au contraire des Grecs, les Juifs étaient bien le peuple le moins exposé à l'individualisme. Plus leur religion les isolait des peuples au milieu desquels ils vivaient, plus elle les solidarisait entre eux : « Quia apud ipsos fides obstinata, écrit Tacite , misericordia in promptu, »ed adverêus omnes alios hostile odium*. » Partout honnis oa menacés, ils 8'aggloméraient dans des quartiers à eux pour se mieux défendre et secourir. Ils avaient leurs synagogues pour se réunir chaque sabbat. Ils avaient leurs cimetières où s'enterrer côte à côte.
Ainsi s'étaient imposées à eux des institutions communautaires non prévues par la Loi. On a grand'raison de parler à ce propos du service des synagogues, — toute synagogue s'appelait aussi « prière » (upoceoj^i^), — service de prière et service d'enseignement, institution tardive, puisqu'elle remontait seulement au second siècle avant notre ère, mais institution sans laquelle il n'existait pas de juiverie, aussi bien en Palestine que dans la Dispersion. Chaque synagogue avait à sa tête un prévôt [à^j^iau^téfoifoç), pour présider à la prière, à la lecture, au ministère de la parole, présidence sans rien d'un sacerdoce. Le syna^^ogarque était assisté d'un serviteur ou hazan, dont le service était tout matériel. Le synagogarque n'avait cure que de l'office religieux, il n'était pas le chef de la juiverie. Il y avait en chaque juiverie comme deux existences, l'une religieuse, l'autre sociale : elles se compé-
i. Taot. Histor. ▼, 5. Rapprochez le texte de Philostrate, dans la ▼le d'Apollonius de Tyane, v, 33 (Rcinaih, p. 116), et celui de Quinti lien, Inêt. orat. m, 7 (Rkimacb, p. 284).
nôtraîent assez pour que le terme de synagogue fût interchangeable avec celui de nation (lôvoç, xaTotxi'a). Chaque synagogue se doublait donc d'une assemblée délibérante des anciens (Ttpsc^uTepoi). Notables investis do ce mandat par la communauté elle-même, ils formaient un conseil d'administration temporelle et de judicature : ils étaient les archontes de la juiverie (ap-^ovTsç, YépovTtç). Dans les grandes cités comme Rome (Alexandrie semble avoir eu une organisation exceptionnelle), les synagogues étaient nombreuses, mais chacune formait une juiverie distincte, avec sa gérousie, son gérousiarque, ses archontes <. Ces institutions étaient imitées des institutions communales des cités grecques. Ensemble, synagogue et gérousie étaient des institutions inséparables, issues des conditions de la vie juive dans la Dispersion, et c'étaient des institutions à la fois religieuses et nationales.
Du jour où il s'était répandu au milieu de la civilisation hellénique, et notamment à Alexandrie, le judaïsme avait été entraîné, pour se défendre et pour se faire une place, à se présenter comme une raison (aocpt'a) ^. La sagesse juive avait pour elle d'être plus ancienne qu'aucune autre. Les synchronismes de l'histoire grecque et de V\m toire juive fondaient pour la première fois l'histoire universelle, et dans cette histoire universelle tout relevait l'antiquité prodigieuse du peuple juif et son rôle dans les origines de la civilisation . Les contradictions de la philosophie grecque, les insanités du paganisme grec, mettaient en singu