Baer. i, «7,3. Cf. i
4. Baer. ni, 24, 3 : « Aliénât! a veritate, digne in omni voIuUntur errore, fluctuati ab eo, aliter atque aliter per teœpora de eisdem sentientes, et nunqaam sententiain stabilitam habentes, sopbistae verborum magis volentes esse quam discipaii veritatis. Non enim sunt fuDdati saper unam petram, sed super arenam babentem in seipsa lapides maltos >. Cf. n, 17, 10. Les mots « fondati super unam petram > peuvent 4tre une réminiscence de Mat. xri, 18.
dition orale la complète et doit la compléter * . Mais, tandis que le catholicisme, quand il parle de tradition^, sait bien qu'il n'y a qu'une tradition, celle dont les presbytres maintiennent impersonnellement le dépôt, chaque hérétique met ses propres fictions sous le couvert de la tradition qu'il invoque, et la vérité n'est plus reconnaissable, s'il faut la reconnaître aujourd'hui chez Cérinthe, demain chez Valentin, ensuite chez Basilide ou chez Marcion, lesquels s'opposent les uns aux autres ^. Or qu'est-ce qu'une vérité qui varie ?
Les gnostiques répondent que ces variations sont un acheminement vers la vérité définitive, laquelle n'a été ni le partage des apôtres, ni l'objet de l'enseignement du Seigneur. Qu'on n'en appelle donc pas à la tradition qui se rattache aux apôtres et qui se conserve authentiquement dans les églises par la succession des évoques ou presbytres : un gnostique, en effet, est plus éclairé que les presbytres et que les apôtres mêmes, s'il a découvert la vérité pure et pénétré le mystère caché jusque-là '.
Cette infatuation de l'individualisme, cette confiance dans une gnose humaine, cette prétention d'en savoir plus que les apôtres, est, au point de vue
4. Haer. m, 3, 1 : < Cum enim ex Scriptaris argauntur, in accusationem convertantur ipsarum Scripturarum, quasi nonrecte habeant, neque sint ex auctoritate, et quia varie sint dictae, et quia non posait ex his inveniri veritas ab his qui nesciant traditioncm. Non enim per litteras traditam illam, sed per-vivam voceiu •. cr. i, 8, 1.
2. Haer. m, 2, 1. Cf. iii, IC, 9 et 17, 4. Nous avons signalé cet argument cliez saint Justin (plus liaut, p. 228), et noté après H. Puech que cet argument vient des écoles grecques de philosopliie.
3. Haer. m, 2, 2 : « Cum autem ad eam iterum traditionem quae est ab aposlolis, quae per successionem presbyterorum in ecclesiis custoditur, provocamus eos, adversantur tradilioni, dicentes se non solum presbyteris, sed etiam apostolis existenles sapientiores, siuceram invenisse veritatem..., et indubitate et intaminate et sincère absconditum scire mysterium... Evenit itaque neque scripturis iani, neque tradilioni conientire eos *,
ecclésiastique, une outrecuidance ridicule'. Irénée est d'autant plus fondé à la dénoncer, qu'il oppose aux variations des gnostiques la perpétuité et l'unité de la foi de l'Église comme un signe de la vérité^. Mais, de plus, par sa méthode sophistique, par sa critique effrénée de la prédication des prophètes, de l'enseignement du Seigneur, de la tradition des apôtres, par son perpétuel remaniement des Ecritures, par sa méconnaissance du dépôt conservé par les presbytres, le gnosticisme se reconnaît comme une émancipation, comme une sécularisation ^. La gnose inspire à ses adeptes de recourir aux lumières d'Homère, et, à la manière païenne, de couronner les images de Jésus, de Pythagore, de- Platon, d'Aristote ■*. M. Harnack a raison de dire que le gnosticisme est dans l'ensemble a la société grecque sous un nom chrétien ^ » . C'est plus précisément encore un christianisme- qui se livre
1. Voyez Haer. m, 15, 2, où Irénée trouve des traits si mordants qu'i! fait penser déjà à l'ironie de Tertullien.
2. Haer. m, 12, 7 : « Imperfectus i^itur secundum hos [= haereticos] Petrus, imperfewti autem et reliqui apostoli, et oportebit eos reviviscentes horum Deri discipulosut et ipsiperfecti fiant. Sed hoc quidem ridiculum est. Arguuutur vero isti [= haeretici], non quidem apostolorum, sed suae malae sententiae esse discipuli. Propter hoc autem et variae sententiae sunt uniuscuiusque eorum recipientis errorem quemadmodum capiebat. Ecclesia vero per universum mundum ab apostolis firmam habens initium, in una et eadem de Deo et de fille eius persévérât sententia ». Cf. ni, 12, 12 et i, 13, 6.
3. Haer. iv, 1, 1 : < Manifeste fais» ostenduntnr ea quae dicunt circumventores et perversissimi sophistae..., et pervers! grammatici..., doctrinam quidem Chrisli praetermittentes , et a semetipsis autem falsa divinantes, adversus universam Dei dispositionem argumentanlur •• Cf. n, 14.
4. Haer. i, 9,4. Cf. iv, 33, 3 : « Accusabit autem eos Homerus propria» ipsorum propheta, a quo eruditi talia invenerunt ». Voyez le curieux passage, i, 25, 6, où Irénée reproche aux gnostiques, ceux de Carpocrate, d'avoir des portraits de Jésus, qu'ils disent avoir été faits par Pilate (dicentes formam Cbristi factam a Pilato, illo in tempore quo fuit Jésus cnm hominibus) : ils couronnent ces portraits : « Et has coronant.et proponunt eas cum imaginibus mundi pliilosophorum, videlieet cum imagine Pythagorae et Platonis et Aristotelis et reliquorum, etreliquam observationem circa eas siroiliter ut gentes faciunt ».
S. Dogmengeschichte, t.l4, p. 2.:;o.
t'ÉCLISE NAISSA.NTE. 17
à tous les syncrétismes contre lesquels le catholicisme se défond.
Du même coup, et parce que l'Église est depuis l'origine une cohésion d'âmes et d'églises dans une même foi d'autorité, le gnosticisme, en prétendant reviser la foi, se trouve étranger aussitôt à l'unité établie. Le lien une fois rompu, l'hérésie est incapable de créer à son tour une unité durable. Elle ne fonde que des écoles. « L'impuissance à organiser et à discipliner des communautés, qui est caractéristique de tous les systèmes philosophiques de religion, a été incontestablement une entrave à la propagande gnostique : la formation d'écoles ou de mystères ne suffisait pas pour lutter avec l'organisation épiscopale des communautés catholiques *. » Le gnosticisme, partout où il se produit, fait sécession : il se détache spontanément. Ne disons pas que l'église s'organise pour se défendre contre le gnosticisme : disons plutôt que l'église est constituée de telle sorte que le gnosticisme ne peut pas librement et ouvertement s'y produire et s'y maintenir.
Aussi bien, abstraction faite des Marcionites qui eux seuls des hérétiques de cette époque ont eu longtemps des églises à eux, les gnostiques n'ont pensé qu'à avoir des disciples. Irénée, reprenant un argument qui a servi à Hégésippe et à saint Justin, dresse la généalogie, la BiaBoyji, des hérétiques. L'argument était sans doute la contrepartie de celui que les catholiques construisaient sur la SiaSo/^Ti ou succession aposU'iiquedesévêques, et l'on trouvait quelque ironie à rRl tacher ainsi les hérétiques à Simon le magi-
1. Dogmengeschichte, 1. 14, p. 978. M. Sohu veut au contraire que les hérétiques soient la chrétienté non encore catholicisée, et qu'ils représentent le < vieux style > en face du catholicisme en formation. Kirehenrecht, p. 188-190. Toujours le même postulat !
cien^ Cependant ces catalogues d'hérétiques, dans les éléments qui ne sont pas légendaires, attestent le soin que parmi les gnostiques on prenait à se réclamer d'un maître, par un sentiment qui n'a plus rien d'ecclésiastique, mais qui est venu des écoles de sophistes ^.
Quant à l'Eglise, il ne suffit pas aux gnostiques de se séparer d'elle, ils en dénaturent l'idée. L'Église est un éon. Le premier principe discernible dans le plérome est le couple de l'Abîme et du Silence, qui engendre le couple de l'Intelligence et de la Vérité, lequel engendre celui du Verbe et de la Vie, et ce troisième couple enfin engendre celui de l'Homme et de l'Eglise : de cette ogdoade procèdent les autres éons et finalement Jésus, qui seul se manifestera hors du plérome invisible ^. Adam est bien , pour certains gnostiques, une image de l'éon Homme, et pareillement l'Eglise visible est une image de l'éon Église*. Mais, pour d'autres, l'union du Père et du Fils et du Christ (fils du Père et du Fils) est la vraie et sainte Église*. Pour d'autres enfin l'éon Église est l'arché-