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Act. V, S

270 L'EGi.lSE NAISSANTE ET LE CATHOLICISME.

Rome. Rien dans les termes de l'évêque d'Ephèse ne suggère que pareilles réunions soient chose accoutumée, au contraire : Polycrate s'excuse d'avoir convoqué les évêques d'Asie auprès de sa chétive personne, l'église de Rome a voulu qu'il les convoque. Si les églises d'Asie avaient eu de longue date l'usage Je se réunir en synode, et de former une confédération sur le modèle du xoivov 'Adiaç \ Polycrate ne s'exprimerait pas avec cette timidité. Puis, qu'a-t-on besoin de telles conférences? On conserve la tradition, sans y rien ajouter, sans en rien retrancher; on croit et on vit conformément à l'Évangile, sans rien innover, en suivant scrupuleusement ce que les presbytres, disciples immédiats des apôtres, enseignaient et pratiquaient, — on vit « selon le canon de la foi » , — car le christianisme n'est pas une religion incertaine et variable, il est un canon, et un canon partout le même : Polycrate le sait bien, car il a conversé avec les frères du monde entier, le christianisme étant répandu sur toute la terre habitée.

L'argument de Polycrate est l'argument d'Irénée. Il est tout autant celui que Polycarpe faisait valoir devant le pape Anicet. C'est l'argument de tradition apostolique authentiquant la foi actuelle. Le malheur est que, dans le cas présent, il y a conflit entre deux usages authentiqués tous deux par une tradition apostolique. Qui l'emportera?

On ne m'effraie pas par des menaces, dit l'évêque d'Ephèse. Il a donc été sommé d'abandonner l'usage asiate. Et comme il semble bien que Rome seule soit

i. V. Chapot, La province d'Asie, p. 529-532, a bien établi qu'il n'y a pas d'analogie réelle entre la solidarité des églises, fût-ce d'une même province, et les xoivâ ou ligues de cités d'Asie ou de Syrie.

intervenue, puiscfue c'est à Rome seule qu'Éphèse répond et résiste, on voit l'autorité que Rome exerce en ce conflit. Renan n'a pas mal dit, à ce propos : « La papauté était née et bien née » .

Vers le même temps, le pape Victor s'adressa à toutes les églises. Rome avait-elle procédé à cette démarche avant d'intervenir à Éphèse, ou après la réponse d'Éphèse? On ne le voit pas clairement au récit d'Eusèbe. Dans le « dossier », Eusèbe a trouvé les lettres par lesquelles les évêques, après s'être réunis en synodes, expriment la foi ecclésiastique rattachant la fête de Pâques au dimanche^. Si le synode des évêques d'Asie s'est tenu à Éphèse sur la demande du pape Victor, on peut supposer que les autres synodes se sont tenus sur la même initiative, surtout s'ils font suite à la réponse par laquelle l'évêque d'Éphèse refuse de se rallier à l'usage dominical. Dans cette occurrence, Rome donne un ordre à tous les évêques de la chrétienté, et l'ordre est suivi partout.

Eusèbe signale la lettre synodale des évêques de la province du Pont (autour d'Amastris) ; celle des églises d'Osroène (autour d'Édesse) ; celle des églises de Gaule (autour de Lyon) ; celle de l'évêque de Corinthe ; celle du synode de Palestine (Jérusalem, Césarée, Tyr...). Eusèbe ne parle ni d'Antioche, ni

i. Dans répitre synodale des évêques de Palestine, ceux-ci disent qu'ils écrivent pour n'être en rien responsables de l'erreur de ceux qui errent. Et ils assurent que l'usage dominical qu'ils observent est une • tradition qui leur vient de la succession des apôtres » (Ix Siafioxii; fw'^ àitoaxôXtûv TtapâSoTi;). En même temps, ils prient les des- Unauireâ de communiquer une copie de leur épitie à toutes les églises : xrjç èTiiffToX^; r,jJLÛv iieipà6T)Te xoLtà Tcâaav èxx).Tiacav ôvTÎYpa^^a SiaTtÉji'l'aaôott. Qu'on se rappelle le t necesse est omnem convenire eccleslam » d'irénée: Rome apparaît ici comme le centre reconnu des relations inter-ecclésiastiques. Et ce sont les évêques de Palestine qui l'attestent.

d'Alexandrie. L'épître synodale de Palestine mentionne que les évêques de Palestine célèbrent Pâques le dimanche à l'eKemple d'Alexandrie, qui, par lettres, leur en fait chaque année connaître la date ^ Jamais la cohésion ne s'est manifestée si pleinement. La catholicité était née, elle aussi, et bien née.

Fort de cette cohésion même, fort de l'authenticité reconnue de l'usage dominical, le pape Victor crut nécessaire de prendre une initiative plus hardie, qui était de venir à bout du non-conformisme, en séparant en bloc de l'Église les églises asiates*. Il en avait sans doute menacé l'évéque d'Éphèse comme d'une sanction possible : maintenant, devant sa résistance, il passe de l'avertissement à l'acte. Victor écrit à toutes les églises, prononçant que les frères de là-bas sans exception sont séparés de la communion catholique'.

Cette mesure ne plut pas à tous les évêques, rapporte Eusèbe, d'où l'on peut vraisemblablement conjecturer qu'il s'en trouva pour l'approuver. Mais il s'en trouva pour s'élever contre la sévérité de l'évéque de Rome, pour le rappeler aux pensées de paix, d'union, de charité : il y eut des protestations véhé-

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