CHAPITRE
JEAN LE JEUNEUR PRE WD LE TITRE DE PATRIARCHE OECUMENIQUE. RECONCILIATION TACITE ENTRE LE PAPE ET LES PATRIARCHES DEPUIS CETTE EPOQUE JUfiÇU AU TEMPS SE PHOTTUS.
Après la mort d'Àcucius, arrivée Tan 489, dix de ses successeurs continuèrent jusqu'à l'an 582 à occuper successivement le siège de Costautinople sans la confirmation des Papes. Il est \rai qu'il y a eu plusieurs d'entre eux qui demandèrent cette confirmation , imposée par les institutions des Àpolres et cou-
sacrée dans l'Eprise par uno longue habitude, désirée par tous les Métropolitains d'Orient, et presque exigée par le peuple, Mois les Papes persistèrent toujours à ne vouloir raccorder, qu'à la condition d'effacer le nom d'Acacius des dyptiques sacrés* Cette condition paraissait trop dure aux Patriarches de Coustantinople : car ta réfutation formelle des actes d' Acacius , entraînait naturellement leur propre renonciation à leurs prétentions ambitieuses. Aussi aucun de ces Patriarches ne consentit à être confirmé par le Pape de Rome, au prix du sacrifice de leur propre système. Le Clergé d'Orient d'ailleurs en partie d'accord avec les Patriarches sur ce système envahisseur, approuvait leur persistance, et faisait aussi comprendre au peuple, qu'on devait plutôt se passer de cette confirmation , que de V obtenir par un acte contraire à l'honneur national. Les deux Eglises cependant continuaient d'être, comme toujours, en parfaite harmonie sur les dogmes de la Foi , durant tout le temps que les Papes de Rome et les Patriarches de Constantinople se trouvaient en lutte presque continuelle, les uns pour conserver, et les autres pour saisir la Suprématie de l'Eglise.
Enfin Jean IV, surnommé, pour son austérité, le Jeûneur, homme vertueux et en particulier très pieux et très charitable, monta à cette époque, c'est à dire en 583, sur le siège Patriarcal de Constantinople. Mais contrairement à ses mérites, Jean-le- Jeûneur, d'accord avec l'empereur Maurice et tout le Clergé d'Orient, prit le titre à" Archevêque de Comluntimple , nouvelle Rome, et Patriarche Oecuménique (universel).
Cette déclaration ouverte consterna le Pape Pelage H; mais c'est en vain que ce Pontife, ainsi que son successeur Grégoire le Grand, exhortent le Patriarche Jean par des démonstrations très-fortes et très pieuses, d'abandonner un titre aussi injurieux à l'autorité du saint-siège, que contraire aux préceptes de F Evangile (il. Le Patriarche Jean-le-Jeûneur reste inflexible, et le Pape Grégoire pour lui donner l'exempte de Phu milité chrétienne, prend un titre tout à fait opposé au titre fastueux de Jean-le-Jeûneur: celui de servus scrvvmm fki (serviteur des serviteurs de Dieu),
Cependant cette conduite Evangéltque du Pape Grégoire h grand , n'édifia point ni Jcan-le-Jeûneur, ni ses successeurs, qui
(i) Mclcliu* Metrojwjlildiu J'Alhcnes. Histoire de rtglfee. Sièdl vt
continuèrent à porter et à soutenir ce titre pompeux , an mépris même de l'ordre exprès que notre Sauveur donna à ses disciples ! D'un autre côté les Papes voyaient leur suprématie sérieusement menacée par ces téméraires démarches de plusieurs Patriarches de Constantinople, mais craignant l'autorité arbitraire des Empereurs, qui favorisaient par système l'ambition scandaleuse de ces Prélats, ils n'osaient pas user de trop de rigueur. Au contraire, depuis le Patriarche Jean-le-Jeûncur jusqu'au temps de Photius, espace de 300 ans environ, les Papes reprirent Je droit de confirmer les Patriarches , sans plus exiger qu'on effaçât le nom d'Acacius des dyptiques sacrés. Ils étaient réduits à faire encore cette concession dans la crainte de perdre par une rupture définitive, cette preuve de leur suprématie en Orient, toute honorifique et insignifiante qu'elle était considérée par plusieurs Patriarches de Constantinople. Cependant ces mêmes Patriarches tâchaient toujours de l'obtenir comme une preuve de l'union des deux Eglises. Nonobstant cet empressement, toutes les fois que les Papes leur la refusaient, ils tâchaient de persuader au peuple, que ce n'était qu'un simple honneur de déférence, dû au siège de l'ancienne Rome.
En 692 eut lieu le sixième Concile général convoqué par l'empereur Justioien II à l'instigation du Patriarche et du Clergé de Constantinople , tenu dans un des palais Impériaux de cette ville nommé Trottlle t et connu pour ce motif sous le nom de Concite de Troulte. Ce Concile composé de 227 Pères, dont la plus part étaient de l'Eglise d'Orient, confirma solennellement le troisième canon du Concile général de Constantinople, ainsi que le vingt-huitième de celui de Calcédoine, par le trente-sixième canon de ses décrétations , qui dit en propres termes. * En re~ nouveltant toutes tes institutions établies par les 150 Pères réunis en Concile dans cette iHlle royale , ainsi que celles établies par les 630 Pères assemblés à Calcédoine, nous ordonnons que le siège de Constantinople jouisse des mêmes privilèges que celui de raneienne Rome , et qu'il soit aussi grand que lui dans tes affai* res Ecclésiastiques , ayant le second rang après lui; celui d* Alexandrie aura le troisième; celui tTÂntioche aura le quatrième et celui de Jérusalem aura le cinquième rang (2)."
(2) „ *Aya»«Gtf/£ev0i r* uro^oî rûv 150 âyîuv ïïarigur, rm iv 17) 9iofvk&xtêi tattTTi nai B«ciXi£i wé\u <nmX9ûW«v xoti rè* 630 rùv h XotX-
Ce canon n'est susceptible d'aucun équivoque. Le Patrlarclie de Constantînople est placé à la tête de l'Eglise d'Orient, et le Pape reste à la t-ôte de celle d'Occident seulement; et le siège de Constantînople a le même pouvoir dans les affaires Ecclésiastiques, que celui de l'ancienne Rome: «Car, comme s'exprime le livre Synodal, cette reine des rittes voulait avoir en tout les mêmes pri ri figes que Ftmcienuc Ho7ae ? et de là se rendre aussi puissante dans les affaires Ecct< : ïiastifjitcs> queUe Fêtait dans tes affaires civiles (3),»
Les Papes, dans la crainte d'un plus grand mal, furent obligés de tolérer encore ce nouveau décret d'usurpation , quoiqu'ils n'aient jamais voulu confirmer les actes de ce Concile, «î le reconnaître comme Concile légitime, à cause de l'absence de Légats du Pape.
Le Patriarche Anastasius étant monté sur le trône Patriarcal de Constantînople en 7 20, persécuta les images pour s'attirer les faveurs de T Empereur Léon l'Isaurien. Celui-ci pour le récompenser de son attachement aux opinions du Gouvernement, et pour se venger en même temps du Pape Grégoire II, qui refusa d'exécuter ses décrets contre les images , retrancha de la juridiction du siège de Rome les diocèses d'Àchaîe , administrés jusqu'alors directement par uu Vicaire du Pape résidant à Thessalouique (4) et les gratifia à son partisan le Patriarche Anastasîus (5)*
„ Wùktuç 3çg\q* twv igqv àfl-oXaUiiv irpipfitwv tq£* riç wçsfTpbTtça; 'Pw/xtjç „ 0go*ot/ t xeu h roiç 'ExxXnîajaKrT-ixûTf wç Ixthov ps'ysXnVjcrStfi nrçoéyn //a<ri t ÎiJtiçov fitr* ixehov tfjraç^ovra' piS' ôv ô tiîç 'AXffavflçî-?* Mf- „ yaXotjirôXiuç dçiSjAit&Qw 3^&'vo£ t tira © ttjç ^Ayrioysiaç T %ai fiera toîÎtov „ o tTj; 'IigocoXt/^iTw* îroXe«ç ni Canon XWV1 du Concile général de Troulle.
(3) « Aifli TÔ SiXit» Tri* (3a0-fXfUQ/jteïi?Y rûv niXtuv rùv tam àîro-
w ^ttyotX'JyiO'Srti, ua-wtp tv roîç iro\iTt*Qtç* g£ t # xa* l'y tuç *ExxXi9<naaTi« H xoîç irçaV^a^y. „ < Actes du Sixième Concile).
(4) C'est h cauie de celte origine, c'est à «lire que le Vicaire Àpostolique du Pape résidait à Thessal unique, que l'Evêque Oriental de cette ville conserve jusqii'iiujounUmi le titre de riavcrytyTa'ro* [BtfalÉlé) Mit qw lui seul, parmi ton;* les fcvéquea d'Orient , peut porter «près le Patriarche de Constantinople.
(b) C'est à dire, comme l'Archimandrite Pharmaaries, Professeur de
Ce qui est digne d'observation, c'est que, dcpwb le quatrième siècle jusqu'au neuvième, époque pendant la quelle une foule de différentes hérésies avait innondé l'Offert et l'Occident, les Eglises de Rome et de Constantinnple restèrent toujours étroitement réunies par les dogmes de la Foi de PEgthf Primitive, vl marchaient d'un commun accord sous ta bannière de V Orthodoxie contre toutes ces hérésies. Les actes du Septième Concile
rai, tenu à ÎNieéc contre les Iconoclastes Tan 783, nous en fournissent les preuves les plus éclatantes.
Enfin Tan 8JG Ignace, fils de F Empereur Michel Ragabés, fut proclamé Patriarche de Constantiuopte. C'était un homme d'une vertu austère et d'un caractère ferme. Ignace pendant tout le temps de son Patriarcat était en très bonne intelligence avec les Papes. Mais après avoir occupa pendant dix ans environ le
de Constautinnple, il fut destitué l'an 857, et exilé dans Plie de Mitilcne par le César Dardas, oncle de l'Empereur Michel III, homme de beaucoup d'esprit et de grande capacité, et entre les mains du quel l'Empereur, entièrement livrée aux cirques, aux bouffons, à l'ivrognerie et aux plaisirs, avait abandonné les rênes du malheureux Gouvernement de F Empire Byzantin.