‹ L'Église oriental;Chapitre 12 sur 67 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Basile le Macédonien s'étant fait proclamer Empereur de Byzance en 867 , destitua Photius et réintégra Ignace sur le trône Patriarcal de Gonstantinople. L'Empereur envoya à Rome une ambassade pour annoncer ce changement, en priant le Pape de confirmer Ignace et d'envoyer des Légats à Gonstantinople pour rétablir la paix dans l'Eglise par un Concile général. Le Pape Adrien en fût très content, renouvela par devant un Concile tenu à l'Eglise de Saint Pierre les anathèmes qui avaient été prononcés contre Photius , confirma Ignace , et nomma Légats pour le Concile qui devait se tenir à Constantinople, Donat, Evêque d'Ostie, Etienne, Evêque de Nepi, et Marin diacre de l'Eglise Romaine. Le Pape recommanda aussi beaucoup à ses Légats l'affaire de la Bulgarie.

Ge Concile excommunia Photius et reconnut Ignace , de la même manière que le Concile précédent , tenu dans l'Eglise des Saints Apôtres sept ans auparavant, avait excommunié Ignace et reconnu Photius.

(S) Cap. 1. Labb. Tom. VIII pag. 28*.

(9) Couinas. Tom. IV pag. 21 1.

Le» Légats du Pape et tous les Métropolitains et Evoques de l'Orient furent d'an accord admirable sur tous les points proposes par ce Concile et décidés unanimement sans la moindre objection. Maïs quand le tour de l'affaire de la Bulgarie fut arrivé , la face du Concile prit des allures menaçantes: les f du Pape et les Evêques d'Orient s'étaient emportés jusqu'à se dire des injures regrettables (f). Le Patriarche Ignace lui-même, cet homme dont les vertus chrétiennes faisaient tant de bruit, ce grand favori du Saint-Siège, à qui ce Prélat devait à de si justes titres une éternelle reconnaissance, le Patriarche Ignace ne voulut pas même lire devant le Concile les lettres que les Légats lui présentèrent de la part du Pape sur ce sujet, malgré leurs instances réitérées. Il se contenta de leur dire « qu'il en remettra la lecture à un autre temps , et qu'il n'était ni assez jeune pour se laisser imposer sur ses propres droits 7 ni assez affaibli par la vieillesse pour qu'on lui fit faire ce qui n'était pas de sa conscience » (2) et il garda sous sa propre juridiction la Bulgarie, où il nomma un Archevêque Oriental (3). La raison de eetto conduite du Patriarche Ignace est bien évidente : ce vénérable Prélat était très attaché au Siège de Rome; il devait surtout une profonde reconnaissance aux Papes pour la défense énergique qu'ils avaient pris de ses droits, et les grands efforts qu'ils avaient fait, pour le réintégrer dans sa place. Mais Ignace était, avant tout Patriarche de Constantinople , et ne pouvait dévier de la ligne de conduite tenue par tous les Patriarches depuis l'érection de leur dignité ; ligne , que presque tous ses prédécesseurs avaient scrupuleusement suivie , et qui était la base de leur commun système. Bans l'affaire sur tout de la Bulgarie, comme l'Empereur voyait dans la dépendance spirituelle de ce pays du siège de Constantinople, un txand intérêt politique, le Clergé d'Orient, et particulièrement les Patriarches de Constantinople , qui ne tiraient toute leur force que du Gouvernement temporel, étaient obligés de se conformer aux désirs et aux intérêts de leur Souverain.

Le Pape blâma beaucoup la conduite d'Ignace et le menaça

{!) L'afofoé Jag<*r lit. IV pag, 23 ï.

(2) Labb, T*>m. VIII, Vite llartr, pag 093.

(3) tourna» Tom. IV pag. 211.

même d'excommunication ; il se plaignit aussi à l'Empereur Basile , mais celui-ci ne répondit pas même à cette dernière lettre du Pape.

Jean VIII, successeur d'Adrien, poursuivit également l'affaire de la Bulgarie. Il envoya en 877 deux Légats à Gonstantinople avec des lettres pour l'Empereur Basile et le Patriarche Ignace : il rappela surtout à celui-ci que, comme c'était au Saint-Siège de Borne qu'il devait en grande partie sa réintégration, il ne lui convenait pas d'empiéter sur ses droits et de tenir sous sa juridiction la Bulgarie; enfin il lui faisait observer que, quoiqu'il ftat deux fois averti par le Saint-Siège de la restituer, si dans un mois il n'en retirait pas ses Evéques et ses prêtres, après ces deux monitions canoniques , il serait excommunié par le Saint-Siège, dépouillé de la dignité Patriarcale et privé de tous les privilèges attachés à la plénitude du sacerdoce.

Le Pape écrivit en même temps aux Evéques et autres Clercs Orientaux, qui se trouvaient en Bulgarie, leur déclarant qu'ils seraient excommuniés et déposés , s'ils ne sortaient pas du pays dans un mois (4).

Mais dans cet Intervalle Ignace mourut , et Photius , ayant été rappelle de son exil quelques mois auparavant, fût replacé par l'Empereur Basile sur le trône Patriarcal de Gonstantinople Tan 878.

Les Légats du Pape qui se trouvaient à cette époque à Gonstantinople pour l'affaire de la Bulgarie, furent forcés par l'Empereur de reconnaître Photius et de communier avec lui. L'Empereur envoya à Rome une ambassade pour demander au Pape la confirmation de Photius, en lui promettant une entière satisfaction sur la Bulgarie, et des secours contre les Sarrazins, qui menaçaient Rome à cette époque (5). Le Pape Jean VIII confirma Photius et envoya à Gonstantinople le cardinal Pierre, qui ainsi que les deux autres Légats qui s'y trouvaient déjà, représenteraient le saint Siège au Concile général qui devait régler cette affaire à Constantinople. Le Cardinal était aussi porteur de deux lettres: l'une pour l'Empereur, et l'autre pour Photius. Le Pape y déclarait qu'il confirmait Photius; qu'il abrogeait tous les Con-

(4) Epist. 79 Labb. Tom. IX pag. 63.

(*) Kkéta*. ap. Labb. Tom. VIII pag. 12&8.

elles tenus contre toi; qu'il le reconnaissait pour confrère et

collègue et qu'il le relevait de tous les anathèmes dont il était frappé; enfin il menaçait des peines Ecclésiastiques quiconque refuserait de reconnaître pour légitime Patriarche Photius, que lui môme acceptait pour son confrère (6).

Les Légats étaient de plus chargés de soumettre et d'exiger du Concile les trois conditions suivantes: 1, Que Photius demande pardon en plein Concile pour sa conduite passée envers les Papes. 2- Que la Bulgarie soit immédiatement restituée au Saint-Siège; 3. que dorénavant personne ne puisse passer immédiatement de l'état de laïque à la dignité Patriarcale (7).

Le Concile fut tenu dans le même endroit de l'Eglise de Saint Sophie, ou dix ans auparavant il avait été tenu pour excommunier Photius. Ce Concile crut convenable de se dispenser de la première des trois conditions imposées par le Pape. Pour la seconde, on dit que cette affaire ne regardait point le Concile y mais l'Empereur. Quant à la troisième, qui était la moins importante, on la traita très brièvement^ disant même qu'il y avait des précédents, qui justifiaient une pareille modification sur les règlements de l'Eglise. On abrogea les Conciles tenus contre Photius à Rome et à Constantînople , et on déclara excommunié quiconque ne le reconnaîtrait pas comme légitime Patriarche. Enfin ce Concile promulgua aussi dans sa cinquième séance trois canons, dont nous citons le premier comme très curieux: il est traduit littéralement de l'Original en langue Grecque (8): «Ce saint et général Coticiie décréta , que si quelques Clercs, ou

(6) L'Abbé Jagcr livre VIII pag, 2S9

(7) Cou mas Tom. IV, pag. 211.

(8) ,« "Qçktîv >î 'Xyia **i Ûtmtyfflttnj lûtofoç auVi?» «Ïsti ù m*ç M tù»> if 'IroAiaf KAijgixùv, ^ ilfrfxûv, îj 'Erjffxoirw , iv ry 'Affioi, i? v ,^Ec/çw*nï , iî Ktftûn £iaTfi'j2o*Tîç l viro tieapov f n xa9«içf (Ttv , ri dra^tfia* „ Tjffpôv, Traça roù âyiurdrou Tlaiirttat 'Iwctvvot/ cy/vovro, ira <y<ri» oî ,, ToiotÎTOi xoti iraçà roù àymrdrou Quriov ïlarçia^ou KAWGTa*mot/iroX*É»ç „ §* t» aùrùt tvjç iiriTifAêai oçw* TOtÎTiVrir j) x*3i5(>ityiei'Ot , r) àraSifJLart- „ GfjJvoii ri âÇuçtGfiim. Ou* fÂtv toi $ûnoç o âyiwracTOf >j//vv ÏT»TÇiatç- ,, ^ïîç, KAngixav; ri Àaïxobf , n tùû 1 Kç%it%<mx<iû xa< îiçaTixoù Tûty/AAToç , m î» otpSriirQTt jraçoixi'a» 6*0 ttaSaiçttri* , *ï aÇopr<r/*ôv , n dva$ipaTt<Tt*à* „ «0111919, îW i^»ï ûttÎTowç x*i o dyiùraroi llâxxatç 'luawif , **« n *<**' t , aùrov «yi« to£ 3ioù Twp,a*** 'ExfcXnffia, fV f« «vt« r^f ItflttylMPf

laïques, ou Evéques d'Italie, séjournant en Europe, en Asie y ou en Afrique, ont été interdits, déposés, ou excommuniés par le tris Saint Pape Jean, ils seront également réputés tels, par le très Saint Patriarche de Constantinople Photius; et ceux que le très Saint Patriarche Photius aurait interdits, déposés, ou excommuniés, qu'ils soient Clercs ou laïques, Evéques ou Prêtres,' et en jptelqu 1 endroit qu'ils séjournassent, le très-saint Pape Jean et la sainte Eglise de Rome les réputeront aussi tels* Sans qu'au* cun des privilèges du très Saint-Siège de F Eglise de, Rome> ou de son Président, soit d'aucune manière modifié, ni à présent, ni à Favenir. »

. Après le retour des Légats à Rome , le Pape ne fut point content de leur mission, et même plus tard, s'étant persuadé qu'ils avaient été corrompus avec de l'argent, il .les excommunia. Il envoya donc un nouveau Légat à Constantinople, le diacre Marin , avec des instructions positives. Celui-ci voulut en y arrivant, casser les décisions du dernier Concile, et confirmer le précédent, qui avait été abrogé. Mais l'Empereur mit le Légat dans les fers pendant un mois et ensuite le renvoya de Constantinople. Au retour du diacre Marin à Rome , le Pape Jean monta sur l'ambon de l'Eglise de Saint-Pierre et en présence de tout le peuple assemblé, tenant l'Evangile en main?, lança des anathèmes contre Photius, et contre tous ceux qui ne le regarderaient pas comme retranché de la communion de l'Eglise, d'après les sentences de ses prédécesseurs Nicolas I et Adrien II.

L'Empereur écrivit au Pape une lettre peu respectueuse; mais Photius, sans excommunier à son tour le Pape, comme il avait fait autre fois, eut l'air de se moquer hautement des ses anathèmes et de les croire nuls, comme contradictoires au dernier Concile général. Il crut pourtant que le moment était arrivé de secouer, comme il disait, le joug de Rome: aussi publia-t-il plusieurs écrits, dans les quels il soutenait que les Papes étaient des hérétiques, puisqu'ils avaient tolérés l'addition du mot filioque au symbole l'an 448: c'est à dire que Photius se souvint de

„ xçi/Aari. M*jSgy r»v irpoeorruv frpe(T0îiuy' rù dyiurdru ' 0çovçu rriç *P«- ,, po/onr 'ExxAqciaç, fiions tç3 Tcctmîç TlçoéSpu, ro (7t/voXov xaivoTo/txot/jtxs'ywv , ., /ùmï8c vu*, fAtiBè tiç rô psTsirtiT*. „ (Canon V. du Concile général tenu dans l'Eglise de Sainte Sophie à Constantinople).

cette addition en 882 {savoir 434 ans après qu'elle avait été faîte ) pour les besoins de sa cause.

C'est la première fois que dans les querelles entre les Papes et les Patriarches de Coustantinople on eut recours à des prétextes climatiques. Mais comme cette controverse de l'addition du mot JHiaque au symbole, est devenu trop fameuse, puisqu'elle fut malheureusement, et est encore aujourd'hui, un des principaux prétextes de la séparation , et la source inépuisable de tant d'inutiles et funestes disputes,, nous avons eru nécessaire d'exposer dans le chapitre suivant, l'histoire de son origine, ainsi que les différentes faces que prit cette question , jusqu'à l'époque de la séparation définitive des deux Eglises, et après cet événement déplorable.

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