‹ L'Église oriental;Chapitre 13 sur 67 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

OILIOIJTE SE LA T AHEtTfE COSTRO VK^IE M7» LA *fcOC£**l O» »U BAIMT-ESr&IY.

Le Concile général de Nicée, tenu en cette ville l'an 325, formula solennellement le symbole de la Foi chrétienne , qui devait être considéré dorénavant comme le seul symbole officiel de l'Eglise. Le Concile défendit en même temps, qu'on y changea rien dans la suite: ce symbole est le suivant, traduit littéralement de rOrîginal en langue Grecque.

u Nous croyons à un Dieu Père, tout puissant, créateur de tous les êtres visibles et invisibles; et à un Seigneur Jésus- Christ, le Fils de Dieu, Fils unique, né du Père, c'est à dire de la substance du Père, véritable Dieu, né du véritable Dieu, lumière provenant de lumière, né et non créé, con substantiel au Père, par qui tout a été fait, tout ce qu'il y a au ciel et sur la terre; qui est descendu ici bas pour nous hommes, prît la chair et devint homme, qui a souffert et fut resuscité le troisième jour, qui est monté au ciel et s*cst assis a la droite du Père et qui reviendra juger les vivants et les morts; et au Saint-Esprit* L'Eglise Catholique Apostolique anathématisc tous ceux qui disent, qu'il fut un temps, que le Fils ïiVtait pas, et qu'il n'existait pas avant d'être né, et qu'il est sorti du néant , ou qu'ils disent que le Fils de Dieu est

» d'une bypostase, ou d'une substance différente, ou qu'il est » muable ou variable (1). »

La procession donc du saint-Esprit du Père et du Fils, étant comprise dans le dogme de la Trinité et inhérente avec lui, était dans les premiers temps de P Eglise et devait rester à jamais incontestable. Les Pères même du Concile de Nicée ne jugèrent pas nécessaire d'y faire aucune explication dans le symbole de la Foi: car Us y disent tout simplement « nous croyons au saint Esprit. »

Ce Symbole (qui prit son nom du mot Grec 2u>PoXoy, qui veut dire enseigne, puisqu'il était considéré comme le signe distinctif de tout chrétien) était Y homologation de la Foi des car ihécumènes , c'est à dire , de ceux qui se préparaient à être baptisés. Aussi anciennement le symbole n'était-il recité que le vendredi saint, lorsque PEvêque faisait les dernières instructions aux cathécumènes qui devaient être baptisés le lendemain (2).

Mais vers la fin du quatrième siècle l'hérésiarque Macédonius abusant du passage de l'Evangile de Saint-Jean qui dit « tout a été fait par lui et rien n'a été fait sans lui » (3) et de celui qui dit « que Jésus-Christ en soufflant sur ses disciples leur dit: recevez le saint-esprit (4) , » Macédonius prétendit , que le Saint-Esprit n'était qu'une simple production du Fils, une créatore qui n'avait pas la même substance que le Père (5).

(1) „ Ui<7Tiûofji£y itç ha 3eôy, TlaTtçcc, IlayToxçaroça, vâvrtn èqarw „ rt xai dopoiruy jrowniy. Kaî tîç ha Kupioy 'Iijaowy Xçicttov, tov uiov „ roù Sfoù, tÔv ytvrriStvTat ix toô jrargdç /xoyoycyqf, roùrtartv ix n?ç od- „ otaç rov xarpoç' 9eo'y ix SeoJ, Çàç ix Çwtoç, 3eôy 0X19 3 «y ov ix S«o5 „ âXqStyov, ym^Os'yra où jgrowOs'yTa, 6poo\j<JiQY rù srarçi, oV ou roi traira „ èytYtro, rà «y t« ojçayw xcci rà h ry yy' rdy 5»' 13/Aaç tovç dvSçûirouç „ xai Zid njy yptréçay ownjg/ay xareX3o'yra 9 xai raçxwShra xai hav- „ Sçtmjcarra' iraSoyra, dvaardvra ry rçîry 77/xff'pa, xai aycXdoyra tiç „ rotiç Oùpavoùç xai xa3fi£o/xsvoy «y 5fi£i£ roù jrarçoç* xrotXiy i^ôf^nov w xg/yai Çùttclç xai ysxgovV x«« «** tô meùpa to aytov. Totîç 5e' Xt'yoy- „ tûk, on ijy jn>T«, orc oox *y t xaî flrgiv yeyyTjd^vai otfx ^y, xa» on «f „ oôx oyT«y iyhtro , 11 ff irspaç virovrôatuç , ^ oùaiaç Çaaxovraç that f „ 9 rçcrroy, ri dKkoiurov rov ufo'y roù Ssov, rotlron ç âyaSe/xaTi^si yj Ka3o- „ Xtxtj xai 'Aroo-ToXixij 'ExxX»}cria.„ ( Proleg. du Con. de Nicée. Pédal. p. 67.

(2) Histoire de l'Eglise par Théodore le lecteur. Livr. II.

(3) St-Jean Evang. chap. I. 3.

(4) Idem chap. XX. 22.

(5) Pédaliwn. Préface au Concile Général de Const. pag. &G.

Le Concile général de Constantinople tenu en 381 condamna cette hérésie, et pour établir la divinité du Saint-Esprit et réfuter le principe faux de Macédonius, il déclara que le Saint- Esprit procédait du Père, et ajouta même au symbole de la Foi l'expression « qui procède du Père et est adoré et glorifié avec le Père et le Fils> qui a parlé par la bouche des prophètes (6),comme il ajouta aussi au même symbole la phrase « dont le royaume n'aura pas de fin (7) , » pour combattre l'hérésie d'Apolinaire qui , entraîné par le passage de l'apocalypse de St-Jean où il est dit, que Satan fut enchainé pendant mille ans et que les justes régnèrent mille ans avec Jcsus-Christ (8) , avait prétendu que le règne de Jésus-Christ serait de mille ans. Ce Concile fit encore quelques autres additions explicatives au symbole , nécessaires à cette époque, et en retrancha plusieurs phrases, qu'il jugea moins nécessaires (9).

Ce même Concile général de Constantinople pour empêcher l'altération des dogmes de la Foi , approuva aussi les anathèmes contre quiconque oserait rien changer au symbole. Effectivement toutes les Eglises Catholiques, et particulièrement celles de Rome et de Constantinople , le recitaient tel que ce Concile l'avait consacré et transmis: c'est à dire, avec les additions explicatives cidessus rapportées , et les autres modifications faites par le Concile de Constantinople , pour combattre et arrêter les hérésies de Macédonius et d'Apollinaire (10).

Les Conciles généraux de Nicée et de Constantinople en prenant la précaution de prononcer des anathèmes contre quiconque oserait changer quelque chose dans le symbole, avaient, comme on voit, pour but de défendre toute innovation dans les dogmes de la Foi, qu'ils voulurent exposer dans le symbole sommairement et d'une manière définitive. Mais les Conciles n'ont

(6) „ To ix roG irarpoç ixfroqsvôfAivoy t tô cùv ararçî xal vïù cnjjx- „ flrço<rxt/voo'fAsvov xxi <rwv8ofaÇo'/x£vo», to XaA£<rav &a t«v JlçoÇrjTÛv „ ( idem Proleg. au Concile de Nicéc. )

(7) ,, Ou tt9Ç $a<rt\sî<x; ovx ecroti reXoç. (idem.)

(8) Apocalypse de St-Jean Chap. XX. 2. 3. et 4.

(!),) On peut voir par la simple collation du sjmbole de Nicée avec celui de Constantinople , toutes ce* additions et tous ces changements et retranchements.

(10) Idem.

point eu l'Intention d'empêcher par cette précaution que les Docteurs ne développassent pas les doctrines sous l'inspection des Pasteurs de l'Eglise, tant sur le mystère de la procession du Saint-Esprit, que sur les autres points du symbole, ni d'empêcher qu'ils expliquassent ou peuple quelques expressions difficiles à comprendre à cause de leur concision. Au contraire, St-Cyrille, dans sa lettre à Acacius, Evéque de Mifcilïne, ainsi que Docithéus, dans sa Dodccabïble, et même Marcus Ephesïnus, dans ses discours au Concile de Florence, nous affirment , que d'après fes iistitutions des Conciles, il est bien permis de faire des analyses, des amplifications et des explications sur les différents points du symbole, pourvu toute fois que ces explications ne soient point contraires a la base de la Foi ; qu'elles ne soient pas considérées comme des symboles solennels; qu'on ne les enseigne point aux initiés comme principes delà Foi , et qu'on ne baptise point par la récitation de cette sorte des symboles particuliers, au lieu du symbole solennel institué et consacré par Y Eglise dans les Conciles de Nieée et de Constantinople. Nous voyons en effet que conformément a ces principes, les Pères les plus distingués de l'Eglise, tels que St-Cynlle d'Alexandrie, St-Basiïe, St-Athanase, St-Epîphane, St-Grégoire de Nazianze, Saint- Jean Chrysostôme, St-Jerôme, St-Àugustin, St-Léon, et plusieurs autres, ont tous exprimé leur croyance sur la procession du Saint- Esprit, les uns en faisant comprendre qu'il procédait du Père et tirant ta conclusion que* comme le Fils est reconnu être de la même substance et a\oir les mêmes qualités que le Père, excepté la paternité , il serait superflu de spécifier dans le symbole de la Foi, que le Saint-Esprit procède aussi du Fils, cela étant une conséquence naturelle de la eonsubstautialilé du Fils avec le Père. D'autres , présentant leurs raisonnement sous une forme différente, mais toujours dans les mêmes principes, développèrent la doctrine que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils; et d autres enfin présentèrent cette explication doctrinale par Pcx* pression de la procession du Saint-Esprit du Père par le Fils.

Mais tontes différentes que soient ces explications des Pères par leur l'orme ; la foi et la doctrine des Pères sur la procession du I iitit-Esprit du Père et du Fils était pourtant toujours la même.

Cependant vers le milieu du cinquième siècle, les Sabelliens et les Pnscillianistes avaient commencé à enseigner eu Espagne différentes hérésies ; eotre autres celle que le Fils n'a pas

toutes les qualités du Père, c'est ù dire, qu'il n'est pas eonsub-

stantiel au Père, d'après l'ancienne hérésie d'Anus. Ces hérétiques propesaient comme preuve à l'appui de leur faux dogme le texte du symbole de la Foi, consacré tant par le Concile général deConstantinople, que celui d*Ephése tenu en 431 : car ils disaient j que ces Conciles ayant établi dans le symbole de la Foi , que le Saint-Esprit procède du Père, sans point parler du Fils, avouaient hautement une différence entre la substance du Père et celle du Fils, puisqu'ils n'attribuaient la qualité de la procession qu'au Père seulement.

Les Evéques d'Espagne écrivirent au Pape Saint-Léon, pour lui demander ce qu'il y avait à faire. Le Pape leur ordonna de convoquer un Concile local , qui pût prendre des mesures convenables pour arrêter les progrès de ces hérésies. Ce Concile fut assemblé à Tolède , et crut prouvoir remédier au mal , en expliquant dans le symbole de la Foi , l'expression de la procession du saint-Esprit, sur la quelle les hérétiques prétendaient se baser. Ainsi pour constater que le saint-Esprit procède du Père et du Fila f conformément à la croyance de l'Eglise et au sens du symbole, ce Concile ajouta-t-il le mot explicatif de JlUûgue* Cette addition eut lieu en 448. Un autre Concile local, tenu à la même époque et pour le mt^me motif à Lugo, adopta également la môme mesure.

Ce qui prouve que F Eglise en général ne prît eu aucune considération sérieuse cette addition faite au symbole par ces Conciles locaux d'Espagne, mais qu'elle l'a toujours considéré comme ce qu'elle était en effet, c'est-à-dire, comme une explication spéciale de cet endroit du symbole, nécessaire à cette époque et pour ce pays, afin de préserver le peuple de la dite hérésie, ce qui le prouve, dis-je, c'est que le Concile général de Calcédoine , tenu trois ans après ces Conciles locaux d' Espace, c'est à dire en 45 a , ne fit aucune mention de cette addition du mot flïoque au symbole* Au contraire le Concile de Calcédoine confirma le symbole de ÀNicée et de Constantinople, et renouvela même les anciens anathèmes contre ceux qui oseraient en altérer le sens (il). Cependant c'est ce Concile qui fut si célèbre par la définition précise et l'examen judicieux des dogmes, et spécialement par la fameuse lettre du Pape St-Léon (12).

(il) Féiialium pa$« 102 et 103,

(il) A la lecture de celte lettre tous les Pères du Concile s'écrièrent

Quoiqu'il en soit , cette addition explicative fut dès lors conservée en Espagne : on la voit figurer dans tous les Conciles de Tolède» Il parait que de l'Espagne cette addition passa bientôt en France : car on la rencontre dans la vie de saint -Grégoire de Tours, qui florissait vers la un du sixième siècle. Toute l'Allemagne l'adopta également presqu'à la même époque.

Différents passages des écrits des Pères de l'Eglise, qui florissaient dans les quatre siècles suivants, nous prouvent, que quelques discussions légères se soulevaient de temps en temps parmi les théologiens Orientaux et Occidentaux de cette époque sur cette addition. Ces discussions augmentaient naturellement toutes les fois que les champions des deux partis, animés par des intérêts contraires , voulaient s'attribuer mutuellement des erreurs. Cependant ces discussions se bornaient à la question de savoir, s'il fallait ou non tolérer cette addition explicative: mais personne n'eut jamais la pensée de disenter le dogme : c'est à dire , r de demander si le saint-Esprit procédait exclusivement du Père, ou du Père et du Fils: cette dernière opinion étant la croyance de toute l'Eglise. Puisque, si on eut ose mettre en doute ce grand dogme de la Foi, assurément que les quatre Conciles généraux , qui ont eu lieu après que ces discussions furent commencées, se seraient saisis de cette question si grave, et l'eussent résolue comme tant d'autres. Mais comme aucun de ces Conciles ne daigna jamais en parler, et que tous au contraire, renouvel laicnt les anathèmes prononcés par ceux de Nicée et de Constantinople contre quiconque oserait altérer le sens du premier symbole, il en résulte évidemment, qu'il n'a jamais été question du dogme de la procession, mais que toutes ces discussions roulaient snr la manière adoptée pour faire comprendre au peuple, par l'addition explicative du Jtliogue, le vrai sens de ce dogme. Aussi ces Conciles généraux ne se sont point occupés de ces discussions , puisqu' ils les regardaient pour ce qu* elles étaient réellement : c'est à dire, comme des recherches qui ne concernaient point la croyance de ce dogme incontestable. Nous rencontrons même une justification très logique et très impartiale que St-Maximc, (qui vivait au VII siècle, dont l'Eglise Orientale célèbre la fête le 21

nnajiimement «c'est la fui des Pères: c'est la fm des Apôtres: c'est Pierre qui a parlé par la bouche de Léon u aum *>' «ïVt*$ t£v FlaTt^wv' avr*

janvier et qui en est vénéré comme un homologète de la Foi et grand docteur), fait de l'opinion des docteurs Latins, en disant « Les Romains rapportent des passages des Pères Latins, et de saint-Cyrille d'Alexandrie, en son commentaire sur st-Jean } par les quels ils démontrent, qu'ils ne /ont pas le Fils principe du Saint-Esprit y car ils savent que le Père est le seul principe de Fun et Vautre: il est principe du Fils simplement: car il n'y a d'autre qui engend le Fils, que le seul Père; et il est principe primitif du saint-Esprit, car te Fils aussi fait procéder. Nous disons donc que le saint-Esprit procède par le Fils et non du Fils, puisque le Fils n'est pas principe primitif: mais principe primitif et non primitif est un et même principe, comme dans la création (13).»

Ce témoignage de st-Maxime (14) prouve encore ce que nous venons de constater.

Au commencement du neuvième siècle quelques moines Français, établis sur la montagne des Oliviers près Jérusalem, chan* taient le symbole avec L'addition de filioque. Un moine Grec, du Monastère de st-Sabbas, leur en fit des reproches et ameuta le peuple contre eux , les accusant d'hérésie. Les moines Français écrivirent au Pape Léon III, en le priant de faire savoir à l'Empereur Charlemagne, qu'ils étaient persécutés à cause qu'ils chantaient le symbole de la même manière qu'ils l'avaient entendu chanter dans sa chapelle impériale. Le Pape envoya leur lettre à l'Empereur , et celui-ci en convoqua un Concile local à Aixla-Chapelle. Ce Concile ne voulut rien définir à cause de la gran-

(13) „ Xg^Vsiç rwv 'Vvfjuuvv irartçon frapriyayov , tri yt firjv xai Kw- „ çi'XXot/ 'AX«£ay$g£*»ç «x rijç *roi7?Ôf/<T7}ç aùrû tïç rôv EùotyytXurrnv myiov „ 'ludanmv isçàç nçaypaTtiaç , i£ Zv oùx alriav rov ulov woiowriç ( or „ Aarivoi ) roù irvatjfAaToç <r$£ç auroùç a^eîeifav* piav «yàg \aaaiv uloù „ xai mtVfjuiToç, tov trartça alriav' uloù yÀv airXvç alriav, où yàç Îo*tiv „ aXKoç ysvvvv rôy ulov, dXXà povoç 6 irarrip' jrvtûfAaroç 8* alriav *ço- „ xaraçKTixiiv , ftori xai 6 ulôç tXTroçibii' xai ijmfoj où frpoxaraçxTixvç > „ Sià touto Xtyerai oY aCroù to Tmù/xa ixxoçtvea$M xai oùx <| oÙtoû* „ »î Si alria vçoxaTafjtTixy. xai fÂii irpoxaTaçxTtx-n pia xai aôry tariv % ., xaSair«ç «y rïj cviMouçyi*. ,. Saint Maxime dans sa lettre à Marinus presbytère de Chypre.

(14) Voyex l'explication de ee passage de st-Maxime dans Lequien. Tom. I. St-J.-Damasceni de fide ortbodoxa. Partie 1ère p. 14 1.

deur do sujet (15), mats 11 eu réfera la décision au Pape. Chat • lemague délégua à Rome trois Ecclésiastiques avec une longue lettre au Pape Léon 111, dans la quelle l'Empereur faisait voir par l'Ecriture et la tradition , que tout ce qui se dit du Père se dit aussi du Fils (1G),

Les Légats de Charlemagne en arrivant à Borne , entrèrent en conférence avec le Pape, et lui turent avant tout une longue série de témoignages de l'Ecriture et des Pères de rEglise, qu'on avait produits dans Je Concile d'Aix pour prouver que le St-Esprît procédait du Père et du Fils* Le Pape répondit que c'était là sa croyance aussi, et que si quelqu'un voulait enseigner ou tenir le contraire, il le condamnait. Sur quoi les députés, selon l'ordre qu'ils avaient de l'Empereur Charlemagne , lui demandèrent « S'il rC approuvait pan, puisque ce dogme était très catholique , qu'on chantât le symbole avec Faddition de fîlioque? » Après une longue contestation sur ce 1 sujet, le Pape finit par conclure * Que tomme il n'était pas nécessaire que tous les dogmes de la Foi fussent mis distinctement dans le symbole , il ne fallait rien ajouter à celui des Conciles généraux de Nkëe et de Conslantinopte, encore que te dogme de la procession du saint-Esprit , procédant du Père et du Fifs, soit tellement de Foi 9 que tous ceux qui en sont instruits sont obligés de le croire sous peine de damnation. Mais il valait beaucoup mieux ne point chanter de symbole à ta messe, que de te chanter avec cette addition t nous prétexte d'instruire tes peuples sur ce mystère, qu'on pouvait leur expliquer d'une autre manière {17}.»

Le même Pape Léon III fit encore plus: afin de laisser à la postérité une marque du respect qu'on avait à Rome pour la vénérable antiquité, il fit suspendre dans l'Eglise de st-Pierrc, près du tombeau du st- Apôtre, deux boucliers en argent 7 sur lesquels était grave le symbole, sur l'un en langue grecque^ et sur Fautre en langue latine, sans l'addition explicative de mot filioque (18).

Nonobstant cet avis si ieg€ du Pape Léon HT, les Eglises d'Espagne, de France et d'Allemagne continuèrent a réciter le symbole d'après leur ancienne coutume, c'est a dire, avec l'ad-

(15) Labb. Tom. VU pig il

(16) Iiïera,

km. pag. It9à.

(1*0 tdwi pag. ilïH.

dlflon de Jllioqne; de peur que si on la retranchait, on ne scandalisât le peuple, en lui donnant sujet de supposer qu'on avait changé de croyance (19). Mais les Eglises de Rome et de Constantinople, sans être scandalisées de l'adoption de cette addition par les Eglises d'Espagne , de France et d'Allemagne t continuèrent à réciter le symbole comme le Concile de Constantinople l'avait établi, et comme ceux d'Ephëse et de Calcédoine l'avaient ensuite également consacré: savoir, sans l'addition explicative de fi [toque. Car môme à cette époque, c'est à dire, au commencement du neuvième siècle, l'Eglise d'Orient et celle d'Occident continuaient à regarder cette addition , comme un usage admis par nécessité et toléré par l'Eglise universelle en faveur de tous ceux, chez qui elle avait été introduite pour la raison exposée ci-des* sus. Home elle même ne crut convenable de l'employer que seulement en 1015 sous le Pape Benoît VIII,

Après la séparation définitive des deux Eglises, le Clergé de Constant inople prétendît qu'on ne devait croire qu'à la procession du saint-Esprit par le Père seulement, et que tout Chrétien devait reciter le symbole sans l'addition de Filioque* L'Eglise de Borne au contraire continua d'affirmer, qu'on ne devait croire qu'à la procession du saint- Esprit du Père et du Fils, et qu'on devait pour cela maintenir l'addition de FiUoque* Cette conduite était une des malheureuses conséquences de la désastreuse séparation : c'était comme l'effet du sentiment naturel de deux êtres destines à vivre étroitement unis pour toujours , et qui , se voyant séparés définitivement, s'éloignent encore plus, parceque l'un sous la première impression récente du malheur prévient l'autre de tout les moyens de rapprochement. De plus il y avait aussi la malveillance préméditée de ceux qui trouvaient leurs intérêts dans cette séparation fratricide y et qui voulaient établir à toute force une différence dogmatique entre les deux Eglises, pour consolider éternellement le schisme. Enfin cette différence une fois établie, en dépit de l'identité évidente de la croyance des deux Eglises , quelques écrivains au lieu de tâcher de prouver aux peuples cette identité et de faire préparer la voie de la réconciliation , 6e sont occupés à publier grand nombre d'ouvrnges, pour démontrer et établir la différence du dogme. Et c'est pour cela que tous

(19) Labb. Ton». VU pag* 1234.

ces écrits n'ont servi qu'à affaiblir les grands principes de la charité et de la Foi sincère, 111m mandées par notre sainte religion, à consolider le schisme et à provoquer des haines implacables et des vengeances atroces , sans avoir pu être d'aucune utilité pour personne. Ces écrits n'apprenaient rien de nouveau aux savants, et quant au peuple, il lui était naturellement impossible d'y rîen comprendre.

Mais le principal but de la plupart de ceux qui ont voulu se servir malicieusement de l'explication, pour ainsi dire, matérielle de ce grand mystère, comme d'un instrument au profit de leurs passions, n'était pas de chercher et de faire connaître la vérité: car alors ils auraient tâché d'être conséquents et logiques devant les savants, et compris et utiles au peuple. Mais leur but unique était de provoquer des différences pour consolider le schisme, sous prétexte de dissidences dogmatiques. Aussi dans les circonstances ou ces malheureuses disputes avaient commencé, les arguments qu'on y employait ne pouvant être suggérés pour la plupart que par l'esprit de la discorde et de la contrariété, ces disputes et ces arguments devaient naturellement dégéuerer en luttes opiniâtres et en sophismes captieux. Aussi nous voyons que la plus grande partie de ceux qui ont traité cette question après le schisme, se sont laissés entraîner à la déplacer du vrai cercle, on les Pères de l'Eglise l'avaient si dignement posée; à faire rouler la dispute sur le fond, pendant qu'il ne s'agissait dans le commencement que de la forme; a confondre le dogme universellement reconnu par l'Eglise, avec les explications particulières; et prenant la forme pour le fond, ils l'embrouillèrent tellement, qu'ils finirent par arriver à l'impossibilité de s'entendre même entre eux. Tandis que si tous avaient été sincères, si, après s'élre intimement convaincus qu'il y avait vraiment de l'erreur , leur but à tous eut été d'en chercher l'origine, et de la faire disparaître, par des raisonnements convenables, pour ramener ainsi la paix et l'union de relise, ils seraient sans doute tous arrivés aux mêmes conclusions, puisqu'ils seraient partis des mêmes principes.

Mais Dieu dans sa juste colère permit que l'aveuglement des passions et des intérêts personnels remportât! le mal a triomphé et triomphe jusqu'aujourd'hui ! l'Eglise une et indivisible du Christ en fut la première victime! on la déchira en deux, et on persiste a la tenir divisée pour toujours! ! I et les

&i 34 H3 malheureux peuples Chrétiens, qui en ont ressenti et qui en ressentent encore toutes les affreuses calamités, se demandent avec étonnement toutes les fois qu'ils veulent user de leur raison « Est ce donc pour cela que nous nous sommes séparés de nos frères , et que nous fûmes réduits à les considérer comme des ennemis mortels ? »

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