CHAPITRE Vil
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Quoique le Pape Jean Y III eût excommunié de nouveau Photius, comme nous avons dit dans le chapitre V, et que celui-ci eût lancé différents écrits pour prouver: que Tes Papes de Rome étaient des hérétiques, puisqu'ils avaient toléré l'addition de Filioque au symbole, les deux Eglises cependant continuaient à rester unies , les noms de tous les Papes étaient conservés- dans les dyptiques sacrés et honorés des mentions habituelles. Les contestations, que les écrits de Photius avaient soulevées sur l'addition du mot Filioque y s'étaient presqu'éteiutes , surtout après la seconde et dernière déposition de ce Patriarche. Car l'Empereur Léon le philosophe, fils et successeur de l'Empereur Basile, aussitôt qu'il prit les rênes du Gouvernement en 880, destitua Photius du Patriarcat et l'exila dans le Monastère des Arméniens, où il mourut Tan 891,
L'Empereur nomma Patriarche de Constantinople son propre frère Etienne. Ce Patriarche renoua les rapports réguliers de l'Eglise de Constantinople avec celle de Borne, et demanda et obtint sa confirmation d'usage par le Pape Etienne V, qui entra en correspondance avec le Patriarche Etienne et l'Empereur Léon sur la pacification complète de l'Eglise* Le Clergé même d'Orient, ayant a la tète Stylien, Métropolitain de Néoeesarée , adressa aussi une lettre au Pape de Home, par la quelle il lui demandait la confirmation du nouveau Patriarche, et la dispense de tous ceux, qui avaient reçu l'ordination du temps de Photius (I).
(I) Ap. Labb. Tom. Mil pa^, IZ9% et Toui. IX p. M.
Le Pape Etienne étant mort, son successeur le Pape Formose envoya trois Légats à Gonstantinople (2) qui réglèrent les demandes du Clergé d'Orient et de l'Empereur Léon le Philosophe, ainsi que celles du Patriarche Etienne son frère (3).
Les disputes sur le mot Filioque finirent par s'oublier totalement pendant le Patriarcat d'Etienne, ainsi que celui de dix de ses successeurs jusqu'à l'an 998, époque à la quelle Sergius, parent de Photius , monta sur le trône Patriarcal de Gonstantinople.
Il est vrai que l'époque qui suivit la papauté de Nicolas 1er et le patriarcat de Photius , était la plus malheureuse pour l'Eglise: l'an 929, fut nommé Patriarche de Constantinople Theophylacte , fils de l'ex-Empereur Romanus , enfant de 16 ans , livré aux jeux de son âge , et particulièrement aux courses de chevaux , jusqu'à ce qu'après avoir gouverné l'Eglise d'Orient pendant vingt trois ans d'une manière qu'on laisse supposer au lecteur, il trouva un jour la mort, ayant été jeté par terre et foulé aux pieds de son propre cheval (4) ; et le digne successeur d'un tel Patriarche fut un certain Polyheucte, Eunuque du Palais (5)1 A Rome aussi la mort du Pape Nicolas 1er laissa un vide difficile à remplir avec la même splendeur.
Le Siège de Rome était pourtant réservé à un brillant avenir, qui devait l'élever bientôt au suprême degré de gloire, de considération et de puissance. Le Pape Léon IX devait reprendre l'œuvre de Nicolas 1er pour relever l'Eglise d'Occident à son plus haut éclat, et ce que Léon n'a pas eu le temps de terminer, fut glorieusement achevé par son conseiller Ifdebrand , qui après quatre successeurs de Léon IX , fut unanimement proclamé Pape , tous le nom de Grégoire VII (6).
Mais l'Eglise de Gonstantinople devint plus malheureuse encore. Sergius , monté , comme nous avons dit , sur le trône de Gonstantinople en 998, et n'ayant que l'ambition de Photius, sans avoir aucun de ses mérites, prétendit pouvoir rétablir la
(2) Ces trois Légats étaient Landulphc de Capoue , Theophylacte d'Aneyre, et Pierre confident du Pape Formose.
(3) Labb. Tom. VU! pag. 1411 et Tom. IX, pag. 428.
(4) Couinas Tom. IV pag. 212.
(5) idem.
(6) Idem pag. 294 et 301.
mémoire de son illustre parent et marcher sur les traces de ce grand homme. Il crut avoir suffisamment accompli cette tâche en tenant un Concile à Constantinople, qui renouvela les opinions de Photi us contre l'Eglise de Rome , excommunia les Papes comme des hérétiques , et effaça leurs noms des dyptiques sacrés (7).
Sergius mourut en 1018. Après lui monta sur le Siège Patriarcal de Constantinople Eustathius , à qui succéda Alexius le Studite , homme de lettres , qui eut pour successeur Michel Cérulaire, proclamé Patriarche en 1034.
Ce Patriarche déshonora plus que tout autre la dignité sacerdotale par sa conduite arrogante, dépravée, brutale et complètement opposée à son état d'Ecclésiastique et à la place émlnente qu'il occupait. Il portait des brodequins rouges garnis de perles , parure réservée exceptionnellement aux Empereurs ; il se mêlait des conspirations contre les Souverains , et prenait part à toutes Jes intrigues de la Cour (8). Cet indigne pasteur, pour immortaliser son nom à l'instar d'Erosistrate, se décida d'achever complètement la séparation des deux Eglises. Mais Cérulaire, calculant d'après les faits passés, que l'addition du mot filioque au symbole ne serait pas un prétexte suffisant pour consolider cette séparation, il eut recours à un nouveau sophisme, aussi absurde que son inventeur, ou son protecteur Cérulaire. Ce sophisme fut la controverse sur les azymes (9) ! Un malheureux Conciliabule, tenu et présidé par ce prévaricateur public des principaux préceptes de l'Evangile , eut l'impudente hardiesse de prononcer, au nom du Dieu de la charité et de l'unité,. l'exécrable sentence du déchirement de la tunique mystique du Sauveur ; la division de son Eglise une et indivisible et la consolidation des plus abominables scandales entre ses enfants consternés 1 1 ! Ce déplorable malheur eut lieu en 1054*
(7) Couinas. Tom. IV. pag. 21 a.
(8) Idem pag. 213.
(9) Idem.