‹ L'Église oriental;Chapitre 16 sur 67 · I. La Suprématie du Pape · texte numérisé non relu

I. La Suprématie du Pape

La première soit disent dissidence dogmatique entre les deux Eglises est la primauté et la présidence du Pape sur toute l'Eglise Cb retienne et sa succession an trône de saint Pierre coryphée des Apôtres. En effet la plus grande partie de l'Eglise Orientale ne dépend pas à présent du Pape, qui est son chef BOpréme, Cet éloignement est un résultat naturel de l'état de séparation forcée ou elle se trouve à cause de l'apostasie du Clergé de Constantînople, qui ayant profité des circonstances politiques» la soumit à son pouvoir tyrannîque, l'opprime depuis quatre siècles et tâche de la défigurer complètement. Ainsi l'Eglise Orientale ne peut pas dépendre tout entière du Pape , comme elle le doit , tant qu'elle reste séparée de celle de Rome, tant que les deux Eglises sont considérées comme étrangères l'une à l'autre, et par conséquent n'ayant aucun rapport l'une avec l'autre. Mais vouloir justifier cet éloigneraient par des arguments tirés des institutions do l'Eglise primitive , ou prétendre qu'avant le schisme |*E Orientale et tous les Conciles généraux , aux quels ses Pères les plus distingués avaient assisté ^ ne reconnaissaient pas le Pape comme successeur du Coryphée des A poires et chef de F Eglise universelle; ou bien prétendre que, dans le célèbre Concile Oecuménique de Florence, cette même Eglise Orientale n'a pas solen* Bellement reconnu cette suprématie du Pape; et que par conséquent en cas de rétablissement de fait de l'union des deux Eglises, (complètement et définitivement conclue dans ce grand Concile , et existante de droit jusqu'aujourd'hui), le Pape ne doit pas être considéré comme tel par l'Eglise Orientale, comme par toute autre, ce serait rejeter tous les Conciles généraux, ce serait renverser de fond en comble toutes les institutions de l'Eglise sur l'ordre hiérarchique. Enfin prétendre cela, ce serait désavouer tous les principaux faits de l'histoire Ecclésiastique et profane et annuler les principales lois qui régissent la Société. Car tous ces Conciles , toutes ces institutions , tous ces fails constatent jutlieutiquement, que le Pape est de droit chef de l'Eglise, et c'est par ce droit divin qu'il présidait tous les Conciles Oecuméniques, décidait en dernier ressort toutes les affaires de l'Eglise en général, et confirmait dans leurs places tous les Patriarches et Métropolitains de la Chrétienté, L'Eglise d'Orient sur tout

était tellement attachée à la stricte observation de cette ancienne institution, de la confirmation suprême des autres Evêques par le Pape, que ceux même parmi les Patriarches de Gonstantinople qui étaient les plus hostiles au saint-Siège, ont été obligés de la demander (1). Cette suprématie est également reconnue par l'acte solennel du Concile Oecuménique de Florence , signé par l'Empereur Paléologue et tous les Patriarches , Métropolitains et Evêques qui représentaient l'Eglise Orientale à ce Concile.

Les Pères du fameux Concile de Calcédoine en faisant au Pape St-Léon le rapport de leurs actes synodaux, disent en propres termes que « C'était lui, qui par ses Légats présidait rassemblée des Evêques, comme la tête préside tous les membres du corps (2).» Saint Irénée aussi en parlant de l'Eglise de Rome, lui confirme également cette suprématie « toutes les Eglises, dit il, doivent venir consulter celle-ci,- où se sont conservées toutes les traditions des Apôtres (3). » Saint-Cyrille d'Alexandrie commence sa lettre mémorable au Pape Celestin contre Nestorius par ces propres paroles « Puisque Dieu même nous V impose , et la prudence et les anciennes traditions de l'Eglise nous ordonnent de nous rapporter pour toute chose à Votre Sainteté, je suis obligé de vous écrire pour vous faire savoir, que Satan remue tout de nouveau et s'agite contre les Eglises (4). » Saint Basile dans sa LXIX lettre aux Evêques d'Italie en s'adressant au Pape dit « le droit que le Seigneur accorda à Votre pieté est au dessus de toute louange: Car c'est à Vous de distinguer le vrai du faux, et de prêcher sans aucune hésitation la Foi de nos Pères (5). »

(1) L'exemple seul du Patriarche Puotius , qui réclama à plusieurs reprises , avec la plus vive instance, et pas tons les moyens en son pouvoir, sa confirmation au Patriarcat de Constantinople par le Pape, en est une preuve éclatante.

(2) Actes synodaux Tom. IV pag. 1235 et 1755.

(3) Saint Irénée dans son traité contre les liérétiques liv. III chap. 3.

(4) „ 'Effila Si xai Sedj àirairù , xai jraç' ?j/x«v rd vijÇaAiov i» „ toutoiç xai rà ^taxça t«v 'ExxXïjcnwv 1 9ij irtiSovaiv dvaxoiv ouatai tq „ 2if 'Ociotijti , ypaÇu rrotXiy àvayxaiuç ixsïvo $>Awv, on Biaxuxa toc jraWce „ xai rxh 6 Saravàç , xai xard tvv 'Exx\-naiùv roO 3«oo {xamTox. „

(5) „ T« ovti yàç roù âvuraroo (xaxaçurfJioij a£io>, rô ry CfAtriça „ $to<TBfiiia ^açicrSey araçet roO Kugiou' vd /xtv x/(38>?Ao* àiro roù Boxifiou „ xai xaSaçoù îiaxçmiv, tçv Ss tvv Uarspuv mtruv, avtu uvoç Ciroaro- „ \*ç xvçvvat». „

^( 40 )-€* Saint-Théodore l'homologète, surnommé le Studite, auteur des hymnes sacrés du Triodium (Teio&ov), natif de Constantinople , où il mourut l'an 826 , et dont l'Eglise d'Orient célèbre la fête le 11 Novembre, dit dans son Cathéchisme dogmatique « à Rome on révère les clefs de Pierre , Coryphée des Apôtres: quoique le Seigneur ne donna point des clefs matériels à Saint- Pierre , mais le pouvoir de tout lier et délier: mais les Romains ayant fait des clefs d'argent, il les exposent a la vénération du peuple: c'est une preuve de leur grande foi: car effectivement c'est à Rome, où, comme notre Seigneur le dit, est affermie Tinébranlable pierre de la Foi (6). » Le même St-Théodore en écrivant au Pape Pascal lui dit « Ecoute moi, 6 tête Apostolique! Pasteur destiné par Dieu pour les ouailles du Christ, toi qui tiens les clefs du royaume des deux, pierre de la Foi, sur la quelle fut bâtie F Eglise catholique: car toi même es Pierre, puisque tu embellis et gouvernes le trône de Pierre (7) » et Saint-Cyrille, que nous avons cité plus haut, dit encore dans ses trésors « il faut que comme les membres, nous restions attachés à notre tête, qui est VEvéque de Rome et le Siège Apostolique: c'est à lui que nous devons demander ce qu'il faut croire et tenir: car c'est lui qui seul peut nous blâmer, nous corriger, nous réprimander, nous confirmer, nous mettre en règle, nous

(6) „ Mavda'vtf Si on «y 'Paj/x*? xai raç xXtîç roO Koquyouov rvy „ 'AirooTo'Xfc'y Uirpou Bià ripriç ayovaï ko/toi o Ku'çiof où xXtlç aùrw è7- „ hua- iv alc$r)Tctç , âXXcî ràç Si a \6you sic tô S*?;*»* xai Xu'ciy* o* îi „ dçyvçctç vtmnjxôrsç rouiras îrçoTiS«W»y tiç irço<rxwr}<riY m Tocanrn oZ* „ avrefo y irîcrriç, xaxsï y àppxyvç irérça njç irivrsuç rsd*/4cX*ftM4e'yi) xetra» „ tov Xôyoy toO Kvqîou. ., ( Cathcchisme dogmatique de Théodore le Studite sur l'honneur et la vénération des saintes images.)

(7) „ "Axooi, 'AbwtoXixij Kaça, 0«ojrçop\tîT« Iloipjy Xoyixvy irço- „ potTwy, xXsiàoùxt rfj; Ot/gavûy fiactXsîaç, wirça rnç iri<rrt»ç y içi > y »xo- „ Bôpyrai i KaSoXixrj 'KxxXrçcna. Tlirçoç yàç <jo, tov IIsTpou Sçovoy xo- ,. dfxùv xai BUvuv ., lettre de St. Théodore le Studite è Pascal Pape de Rome. 1/ Eglise Orientale a un si grand respect pour les doctrines dogmatiques de st. Théodore, que jusqu'aujourd'hui moine, elle chante en son honneur le jour de sa fûte le cantique suivant. „ 'OgSoSof/a? o'Siry* , n#- ,. wfiuaç AiflaVxoXs xai <r«/xyoT>îTOÇ , rr t ç Oixot//A«yigç o Çwcrnjp, rth fto- „ vaÇôvruv 3êoVyst><jTGv iyxetKKûmc^ct , Occ^uçs avçi, tohç lilay^aiç <rov „ naîtrai «Çutiouç, Xwça roù Tryav^taroç' «•gsVpfU* Xgurrw rv 9t« <7«3rç-

lier et nous délier (6).» De mémeEusèbe le Pamphile en parlant de St-Pierre dans ses Annales, ne dit pas « St-Pierre premier Evéque de Rome » comme il dit dé St- Jacquet « St- Jacques premier Evéque de Jérusalem, » Euodius premier Evéque d'Antioche » etc. etc. , mais il dit* « St-Pierre premier Evéque des Chrétiens (9) : » voulant prouver par cette expression que St-Pierre n'était pas seulement le premier Evéque de Rome v mais bien le premier Evéque de tous les Chrétiens, c'est à dire, le chef de l'Eglise Chrétienne. L'Eglise Orientale d'ailleurs, et même son Clergé actuel, qui par des arguments évaaife a l'air de nier l'autorité suprême du Pape snr toute l'Eglise, n'ont -Jamais nié aucune des expressions des Pères cités ci -dessus, ainsi que celles de tant d'autres de leurs propres Pères et Docteitfe, qui attestent cette autorité. De même ils révèrent et répètent dans leurs prières et leurs chants tontes les prérogatives que notre Sauveur Jésus-Christ donne à Saint-Pierre dans différents endroits de son Evangile : telles que eeUes-ci: * lu es Pierre, et c'est sur cette pierre que je bâtirai mon Eglise, et les portes de f enfer ne prévaudront point contre elle {10) $ et je te donnerai les clefs dit royaume des cieux: et tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur le terre, sera délié dans les deux (11) et fai prié pour toi, afin que ta foi ne déj [faille point, toi donc étant converti, affermis tes frères (12); et pais mes agneaux ,

„ yen r«{ ^vx<*% ifjuir „ c'est à dire « 6 savant Théodore, guide de r Orthodoxie, Docteur de la piété et de la modération, étoile de l'univers, embellissement divin des moines! tu éclaira, 6 lyre du *aint*Esprit, tout le monde par tes prédications: prie Notre Dieu Jesus-Christ pour le salut de nos âmes. (Grand Bréviaire Grec. pag. 202.)

„ "'kçy^upti xal tù 'AvoaroXixw dgo'yw, &p ou tj^«'t*çov tari Çri-rijacu ti „ «-10-Tctfm xoi ri $o£a£«*y /xe'XAoftëV xai xgaTfTv* on aùroù pôvou iariv n fXfy^civ, ffl , i8ioçSouv, imrifxêiv, tfffxvgoûy, 8iaTi$Évai y Aum, 8t<rfA4h. n

(9) Annale» d'Eueèbe le Pamphile, aa de notre salut 44.

(10) „ 2ù ci Mtçqç xom «ffi raûrp ry nirpa oixo$0fz?jVw yuau Tijy „ ! ExxÀijo*iay,xai vvXai çL8ov otî xaTHr/ùvàrjo-iy uùrrjç.„ (Math.chap. XVI. 18. )

(il) r, Kai îwo*« <roi tûk xAéïç *ijf QaaiXiiai rùv Ovçavwv* xaî 6 iàv „ Irtoyi inl «jç ynç % •otdh Bshtpîvat «y roîf ougavoV x«i o «z> Xtiayç „ «Vrî rit yriç lorai AsAa/Ki'yoy h rôïç Otsçayot; ^ ( idem 19. )

(12) M 'E6W3u> «g* <roû fy* pi} ixAityn q rianç cou' xaî <rû mie àriorçt^aç ornçifoy rovç atôtXçovf cou. „ (Luc. chap. XXII. 32.)

pais ma brebis (13),» Jusqu'aujourd'hui même on plorifte l'Apôtre saint-Pierre, comme coryphée des ÀpAtres et Président de l'Eglise, et on le peint tenant les clefs du Paradis, en lui attribuant dans tous tes cantiques sacrés, chantés le jour de sa fête tous ces êpithètes (14). De plus l'Eglise Orientale continue jusqu'aujourd'hui , en dépit des négations évasives et sous les yeux et avec l'autorisation de ses pasteurs , d'attribuer toujours aux Evêques de [tome par les cantiques sacres qu'elle chante les jours des fêtes de différents saints Papes, les mêmes qualifications de suprématie qu'à Saint Pierre: c'est à dire, elle continue de les appeller successeurs du trône du coryphée des Apôtres, coryphées de F Eglise , présidents de F Eglise , Coryphée du système sacré, etc. etc. Tels sont les cantiques chantés par cette Eglise le jour de la fête de St Léon Pape de Rome, que l'Eglise Orientale célèbre le 18 février f et dont voici la traduction littérale: * Vous fûtes , à très pieux, Successeur du trône du Coryphée Pierre , ayant les mêmes sentiments et le même zèle pour la foi que lui (15). « Ainsi que le suivant au même Saint-Léon i Celui qui fut le successeur de Saint Pierre, et qui enrichit sa présida qui eut son zèle fervent, fut aussi inspiré de Dieu, pour exposer la profession de la Foi , qui confondit le mélange des hérésies confuses {}&}. i

On trouve le même aveu dans les cantiques suivants , chantés par l'Eglise Orientale le jour de la fêle du Pape Saint Silvcstre, que cette Eglise célèbre le 2 Janvier: « O Ml Saint Silvestre, vous avez enrichi le siège du Coryphée* des Apôtres,

(13) „ HoVxt rai àçvla pou' itot^mvt rà jrgojfora pou,» (Jean, rliap. XXI, lit et !«*)

(44) r IToioif ibfigjuuw» â<rpaffjv a>u/xvi)<7w/xiv îltrçov Uêd UaùXw. rô* „ ^t* vç TiT* ceflWToAwv wçotÇâçywr* x. t, X. x. t. X. ., Voyez tous le» cantiques chantés le jour de ta fête des saints-apôtres Pierre ci Paul (le 2» juillet) par l'Eglise Orientale. «

(l&) f> IltTgou tow KùçvÇctiov t Sfû'vov xX»jpovo/ioç i%pn{jLârt<Txç ; W „ *Ctqù tyuv YVu'jtAi!» xow tqv f^Xo*, 3io^ç«* ? rviç wtartu:, „ aui mulines de la liturgie de 1B février eau t. L

(16) „ 'U lltfçov vu* TOtï (Turfoij BtdSo^oç nai *ijif toutou tlçoetfçtiair „ rtfÂfj<raç t nai tof ^ig^td* x#XTiîp/»Gç to» J/âXot, $fox*vijT«ç to» to/xû» „ i x t/9* ra t" aïçta'tw wfâttTtnùv r*y* Çugftû* xai w xçaa"<v o^T^to»** * idem cïianl VI.

montré très admirable Ministre de Dieu, en embellissant, en affermissant et en glorifiant tEgiise par des dogmes divins. Vans apparûtes comme une brillante étoile jetant ta lumière des vertus , en enseignant à respecter ta sainte Trinité comme une seule divinité indivisible, et en expulsant les hérésies des malveillants ; 6 très Saint Silvestre, priez Dieu pour nom (17), * De même dans le suivant adressé au même saint «6 Pontife! vous fûtes coryphée du système sacré, et vous avez cmbel H le siège du coryphée des Apôtres en criant: que toutes les ceuvres glorifient le Seigneur (18). » De maniera que vouloir insister à De pas reconnaître après ces preuves la suprématie du Pape, ce serait prétendre expulser des Liturgies Orientales tous ces cantiques sacrés, chantés jusqu'aujourd'hui à cette Eglise, et condamner à l'anathème de Thérèse les Pères les plus distingués de l'Eglise d'Orient, qui eo furent les auteurs et les introducteurs.

Enfin une des preuves les plus solennelles de cette suprématie des Papes de Rome sur toute l'Eglise, est aussi l'usage très ancien d'appel 1er à eux. toutes les affaires importantes de l'Eglise. Du temps encore des Apôtres, les Corinthiens soumirent à la décision du Pape St-Clément leurs contestations , que celui-ci régla par une lettre aux Corinthiens tellement admirée, que dans la suite on la lisait solennellement dans plusieurs Eglises, comme nous rapporte Photius dans sa Myriobihle (19). Saint Athanase, Patriarche d'Alexandrie, et plusieurs autres Evêques d'Orient condamnés au quatrième siècle par le Concile local de

(17) M Tov KofvÇaiou ru* 'AwQ<rtô\uv T>&* KoS/fyav 'TifUfVac, fou 3«u

n «tçiTJtf, rptaîa atfim èiÇatfxuv, y; â/AtgtO'Tov pj'av $f onj™ , tc*î tàç „ «*ç*<rnç rùv èwpêw aVféiwfaç, ▼j'Xpierrçi wdva-ope^ $w tïirie iftSt „ hwjùiru tôt Kt/fiov „ aui mations de la fête de uiot Sikestre Pape de Home.

(IS) „ Ko^ÇocToç ûfânc uçoù m/(TT7îptn>^ *J<pofwVr«t, «ai «J Koçt/-

rt tov Kuçiov „ (idem cantique Vil).

(19) ,, OCtoç xa« *V»ffToX»jv yça^ei àfioXoyoy irpoç Kop**3*ot/ç, iï t»; H irapei iroXXoK aVo$o#ï5ç ij£W>9* , «j xaï fiijftOOTWc. dvaywûtttffSui, 1t Photius Myriob p. 113.

feK 44 )-€*

Tyr comme hérétiques, allèrent à Rome , et se justifièrent devan ■j 1 le Pape Jules : et comme Sosomène raconte • VEvêque de Rom

Jules y $' étant informé de ce qui regardait chacun, comme i trouta que tous pensaient conformément aux dogmes du Concil de yicéCy il les admit à sa communion. Mais comme c'était auss à lui de prendre soin de tous, à cause de la dignité du trône d Rome y il rendit à chacun son diocèse (20).» Egalement, lorsqu l'Empereur Constaotius déposa le Patriarche de Constantinopl Paul, Pan 353, et le fit remplacer par l'Arien Macédonius, 1 Patriarche Paul alla à Rome et porta plainte au même Pap Jules, qui l'envoya à Gonstantinople avec des lettres de recom x mandatkm pour cet Empereur. Il est vrai que celui-ci au liei

de le réintingrer sur son siège, l'envoya en exil; mais le Pap insista et le rétablit peu après sur le trône Patriarcal de Con stantinople (21). Saint Jean Chrysostôme lui même ayant été dé possédé et exilé par les intrigues de l'impératrice Eudoxie , eu aussi recours au Pape Innocent 1er et lui exposa ses plaintes Le Pape alors écrivit à l'Empereur une lettre, qui est un che d'œuvre de courage et de dignité Apostolique, car elle com mence par ces termes « 6 Roi! la voix du sang de mon frère Jcm iii * crie contre toi envers l)ieu } comme autre fois celle du sang d\

juste A bel criait contre le fratricide Caïn : elle sera exaucé et il sera vengé de toute manière (22). » Mais comme l'Empe reur Arcadius, sourd à la voix du saint-Père, n'a point vouh rappeler de l'exil saint Jean Chrysostôme, le Pape excommunia l'Empereur et l'Impératrice. Le peuple s'en émut tellement, qui l'Empereur fut forcé de rappeler St-Jean , et de le réinstaller sui son trône (23). Le Pape Innocent n'aurait sans doute pas excom

(20) „ MoSàlv ht 6 "Pufxcueoy 'EmVxorof 'IouXtof ri ixâarov cyxXij „ fiarct , ivtiBq zâvraç tvpn o//oyo©CvT«ç «-«ci to îoy/xa «jç h Nixo/j „ £uvd$ot;, uç ôfto$o£ot/f uOtouç §\ç xoivcniap irçocrixaro' oTa £c r^ç wà» w xw9 x-nStfxoviaç aùrù «rpocnjxooo^ç îià xrp àf/a* roù Oçovou , f xcwttw t« „ lï/av 'ExxXWav àtrt îa*tv. „ (Sosomène livre II! chap. 8).

(?f) Zonaras. Anal ton). 111, et Coumas hist. des actions humaine Toin. III pag. 517.

(29) „ gfcvij oupaTos roù aScAÇoù pou 'Iuayvou fioà irçoç tov Bio ,, xara Zov haaiXsC ! uç jtoté "AfitX toÔ foxaiov xarà toû ààsAf oxtovoi 1 „ KaiV xat iravri rçoarw €x5/x>»Srî<r«rai. ,,

\ ■ (23) Voyez la propre correspondance de saint Jean Chrysostôme avet

munie l'Empereur et l'Impératrice, surtout pour cette affaire, si 1rs Papes n'avaient pas, de droit, une jurisdiction suprême sur rivalise de CoustanUoople, et par conséquent sur toutes les EgilM Chrétiennes.

Cette prérogative de F Eglise de Home fut tellement incontestable, que ceux même parmi les Patriarches, qui sa sont montrés les plus arrogants dans leurs prétentions ambitieuses ne purent s'y soustraire ouvertement. Le Patriarche de On- Etautinopie Aeacius fut le premier, qui comptant sur l'aveugle protection que l'Empereur Zéuou accordait à toutes ses démarches contre les droits de Borne, se déclara contre les Papes: et pourtant nous avons vu ce même Aeacius priant le Pape Félix III de pardonner à Pierre Mongos, excommunié par le Pape Simplice, et de le confirmer dans la dignité du Patriarche d'Antioche , à la quelle Aeacius l'avait nommé arbitrairement. Comme le Pape s'y refusa, ce fut alors qu'Acaclus, fort de la grande faveur de V Empereur, osa donner lui-même l'absolution à Mongos et l'installer Patriarche d'Antioche t en vertu d'un décret Impérial. Alors le Pape ordonna à Aeacius de venir à Rome, et sur son refus, il l'excommunia* De même lorsque le Patriarche Anatolius , qui intrigua pour l'insertion du XXVIII canon au Concile général de Calcédoine, fut menacé d'excommunication par le Pape St-Léon , il tâcha de se justifier en jetant la faute sur le Clergé d'Orient et en écrivant au Pape que tant dépend de sa confirmation , et que rien ne peut avoir quelque valeur sans Fautarîsafia?i de sa Sainteté. Nous avons mu dans te chapitre ter de cet ouvrage, que ce n'est que par cette excuse et par l'intervention de l'Empereur Martien qu* Anatolius évita l'excommunication du Saint-Siège. Enfin Photius luimême demanda de la manière la plus humble et la plus respectueuse sa prope confirmation au Pape Nicolas I, comme atteste l'histoire, ainsi que les deux longues lettres qu'il adressa au Pape successivement sur ce sujet. Dans ces lettres Photius traite le Pape de chef de l'Eglise, et tâche longuement de lui prouver l'Orthodoxie de ses propres opinions par leur conformité avec les dogmes de l'Eglise de Rome. Ce n'est que lorsqu'il fut excommunié, qu'il s'emporta contre le Pape Nicolas. Ce même Pa-

le Pape Innocent et k Clergé «i le peuple de Constant inouïe et acte» *ynoriaui Volum. IV édition de Maur ptg, M I,

trinrche Photius fit plus tard (a même demande et fa même homologation sur L'Orthodoxie de la Foi de l'Eglise de Rome, en écrivant au Pape Jean VIII , et 11 ne suscita la dispute sur l'addition du mot Fitioque, qu'après que celui-ci l'excommunia pour la dernière fois.

Nous avons suffisamment constaté que la suprématie sur toute l'Eglise, accordée par le droit divin aux Evoques de Rome, dès la première fondation de l'Eglise et consacrée par les Apôtres , fut toujours également reconnue par tous les Conciles , ainsi que par tous les Pères de l'Eglise Orientale; que le peuple de ces contrées lui accorda constamment un respect religieux ; et enfin qu'elle se conserve et se proclame solenellement jusqu'aujourd'hui dans tous les cantiques sacrés de cette même Eglise de Gonstantinople , bien que son Clergé, contrairement à toute évidence , prétend ne pas la reconnaître.

Examinons maintenant quelles sont les bases sur les quelles les Patriarches de Constantînople se sont appuyés, et s'appuient encore jusqu'aujourd'hui , pour s'arroger le titre pompeux et ridicule de Patriarche Universel (24) , croyant pouvoir usurper réellement par ce titre la suprématie sur toute V Eglise.

Nous avons vu dans les premiers chapitres de cet ouvrage, que dès la fondation de l'Empire de Byzance, les ambitieux Evoques de ce pays avaient pour but de parvenir d'abord à partager l'honneur réservé aux Papes \ ensuite de se constituer chefs de toutes les autres Eglises d'Orient , et d'y être considérés comme

(24) Comment le Patriarche de Constantinople peut-fl se. qualifier Pontife de tout l'univers, lorsqu'il n'a pas sous sa juridiction spirituelle non seulement tous les chrétiens catholiques, mais même la shîème partie de ceux du rite Orientai? Car la Russie, qui a cinquante millions rie chrétiens appartenant à te rite, est administrée par un Synode des Evéques , qui ne dépend pas vraiment de lui. La Grèce également neriépeut pas du Patriarche de Constantinople. Les chrétiens du rite Oriental, habitant l'Autriche t sont administrés par le Patriarche de Carlovitz , qui ne dépend pas non plus du Patriarche «te Constantinople; les chrétiens du nie Oriental de Naples, de Sicile, de Corse t de la Hongrie, de la Transi] vanie et de la Pologne reconnaissent pour chef spirituel h* Pan*?, Ceux de Monjenegro et de plusit-ur» antres pays sont également hors de la juridiction spirituelle du Patriarche de Constantinople, Quelle est donc la juridiction universelle de r. k Patriarche ? Elle se borne aui chrétiens du rile Oriental habitant la Turquie; juridiction conquise jadis par la grâce des décrets des Empereurs de Byzance, et conservée à présent par la grâce des finit ans des Sultans Mahontetans!!!

tas Papes en Occident , pour arriver ainsi graduellement à se placer au dessus d'eux , en se déclarant chefs suprêmes de toute l'Eglise. Nous avons vu que la vanité des Empereurs Byzantins, qui considéraient l'augmentation des droits et privilèges de l'Eglise de Constant! nople comme un agrandissement de leur propre gloire, se combinait parfaitement avec l'ambition démesurée des Patriarches de Constantinople * et faisait que le pouvoir temporel devenait toujours l'organe et le défenseur aveugle de tous les Empiétements et de toutes les usurpations, que cet ambitieux Clergé commettait sur les droits et les privilèges du Siège de Rome. Que tous les Conciles généraux tenus en Orient, et par conséquent devant être influencés par le pouvoir temporel des Empereurs Byzantins et par celui du Clergé Oriental , tâchèrent de parvenir à leur but commun , eu faisant des canons synodaux tendant à cet but, canons qu'ils remplaçaient même quelques fois , c'est à dire lorsque le Siège de Rome leur refusait la confirmation, par la provocation des décrets impériaux. Nous avons ira que ces canons , ou décrets consacraient ou légitimaient tous les empiétement et toutes les usurpations des Patriarches de Constantinople , au détriment des droits et privilèges du Siège de Rome. On peut aussi observer dans tous les faits qui se sont passés avant la séparation des deux Eglises, que si les Patriarches de Constantinople ne purent parvenir à la réalisation complète de leur but, et se déclarer supérieurs aux Papes, pendant que l'union de l'Eglise existait encore, c'était à cause que ni les Empereurs t dî les Patriarches eux-mêmes n'osaient s'excuser aux yeux du peuple d'Orient d'une aussi flagrante déviation des institutions primitives, et d'une aussi impie destruction d'un des principaux fondements , sur les quels Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même appuya son Eglise, en alléguant pour raison l'absurde prétexte des droits de la capitale de l'Empire sur ceux de l'Eglise Universelle, Enfin nous avons fait observer que les Patriarches de Constantinople, ne pouvant être poussés plus avant dans leurs usurpations au moyen des canons des Conciles, qu'ils appelaient ridiculement cationiqucs (25), ou au moyen des décrets impériaux,

(25) On sail bien que la plupart des canons sur J< s droits de l'Eglise clé Constantinople étaient fabriqués clandestinement par le Clergé U)zan(in, ou iJs. etaieat rejetés par Je Pape, lorsqu'on les lui présentai! pour les confirmer.

aux quels »Js donnaient te titre faux de légitimes (26) , les Patriarches de Constantinopte furent réduits à arriver r du moins imaiiïnaimm'nt, à leur but ambitieux, par uoe «épuration définitive de l'Eglita Orientale de celle de Borne,

IN'ous avons également rapporté dans plusieurs endroits de nos Chapitres précédents, que Fuaiqae argument et le seul prétexte que les Patriarchca de ConstanUnople alléguaient, comme base et raison de toutes leurs usurpations et de tous leurs empiétements sur les droits divins du Siège de Borne, furent toujours que: Conttantinopte étant d*: venue le siège de P Empire. 9 cette ville (h rail être, aussi élevée et glorifiée dans tes affaires Ecclésiastiques, qu'elle té fait dans les affûtes politiques, pendant que ces mêmes Patriarches admettaient, et admettent encore jusqu'aujourd'hui, Je principe Inaltérable que, tes choses divines ne se règlent point sur les dispositions des choses humaines. En effet si les changements politiques avaient droit d'entraîner le changement de l'ordre hiérarchique des sièpes Eptscopaux de J'Eg|fse, comme le Clergé de Constant! riople Je prétend dans la question entre Rome et Constant! nople , d'après les lots de la logique, on devrait tirer également de l'application de ce principe les conséquences suivantes.

1. Les Métropolitains de Calcédoine, d'Ephèse, deDerques, d'Héracîia, de Kîzicos et de INieomédie, sont du nombre des huit Métropolitains (27), qui de droit sont memhres du Conseil suprême ou st-Svnode du Patriarcat de Constantinoulc. Ils ont entre leurs mains l'administration de toute F Eglise du rite Orientale en Turquie , la caisse de la communauté générale des chrétiens de ce rite et celle des communes des provinces (28) des

(2fi) Les décrets, du pouvoir temporel sur le» dispositions religieuses ne peu cent jamais n'appeler légitimes t car il n'y a que l'Eglise seule, qui peut MflUlmfriiflrt disposer des choses divines.

(27) Lis 4mi autres di*s ImiLs Métropolitains , qui p.irlicijM-nt a ces droits exceptionnels sonl bètaf de CY*sarée (en Cappadoce) et celui d'Adrinople,

(28) Cette calese fut «l'abord rrveV pour subvenir aux amendes, que les autorités locales, et plus sou? eut les particuliers Musulmans, exigeaient» du temps des Janissaire» , des cliréliens indigents sous iiiffcmiL* prétextes 1J y a deu* raJWlOI flîrrrnilr la caisse de la communauté générale de tous les chrétiens dut rite Orïenlal de ITninire Ottoman, et la eaiftft Communes îles Provinces des chrétiens de ce même rite, <pii fut Çttfa aussi dans le même but. Ces caisses sont toutes deux administra» par ces Métropolitains privilégiés, et quelques laïques, pris parmi les anciens dniueati-

mêmes chrétiens, habitons de l'Empire Ottoman; ce sont eux seuls qui peuvent être Ephores y ou Agents de tous les autres Evêques des provinces de la Turquie, qui appartiennent à la juridiction de l'Eglise de Constantinople; eux seuls peuvent aussi établir des banques d'argent, nommées par eux *E<p çtxui Kao-o-ai , émettre des lettres de change, faire des traites, des remises, des envois en groupes d'argent, des endossements et autres pareilles opérations de banquier avec leurs clients Clercs, le peuple, les juifs et les négociants étrangers de toute nation (29) ; de même

qoes de leurs Eminences. Ces individus forment une espèce de bande de voleurs appelée par bienséance « Commission des dettes de la communauté nationale! Le capital de ces caisses est formé des sommes, plus ou moins grandes, mais journellement versées, surtout à la caisse de la communauté générale, par tous les chrétiens de l'Empire Ottoman, sons titre de legs, gratili cal ions , aecoors, amendes etc. et des emprunts que leurs Eminences, et même les Evéques des Provinces, font au nom de la communauté et des Provinces, en livrant des obligations payables au porteur et à la charge de la communauté générale ou celle de la Province. Le peuple est responsable pour l'extinction de cette dette: leurs Eminences lui rendraient même un compte exact de l'emploi des énormes sommes qui tombent entre leurs mains, ainsi que de celles qu'ils empruntent, si, malheureusement et par la malveillance ordinaire du démon, les flammes des différents incendies ne dévoraient de temps à autre tous les archives de la commission , et si la prudence ne commandait pas à ces excellents Pasteurs , de ne jamais porter sur les mémoires de la commission ni les noms des différents Musulmans, à qui ils donnent continuellement de fortes sommes en cadeau, ni les circonstances dans les quelles ces cadeaux sont donnés. Que connaitil donc ce bon peuple sur la comptabilité des sommes qu'il offre, et de celles qui sont empruntées à sa charge et qu'un jour il doit payer une seconde fois pour l'extinction de cette dette? Tout ce que le peuple connaît sur cette dette, c'est qu'en 1830 elle s'élevait à la somme de 400,000 piastres , et que depuis cette époque jusqu'à Fan 1 851 , quoiqu'il n'y avait plus en Turquie ni Janissaires, ni amendes pécuniaires de la part des autorités locales, ou des particuliers Musulmans, la somme de cette dette s'éleva subitement an chiffre exorbitant de 7,000,000 piastres!!! Sans doute ce n'est pas à de tels administrateurs que le Seigneur dira « Cest bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je f établirai sur beaucoup, entre dans la joie de ton Seigneur. » (Math. chapitre XXV. 23.)

(29) Les susdits huit éminents Métropolitains partagèrent entre eux depuis environ 60 ans la surveillance et la protection des autres 134 Evéques des Provinces , dont il se disent les Ephores. Le nombre des Evéques des Provinces qoe chaque Métropolitain Ephore a sous sa surveillance, ou protection spéciale, mais officielle, est très variable. Il n'est réglé par rapport, on proportion: il dépend absolument de l'adresse et du

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