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Arguments contre la Suprématie du Pape

Nous avons démontré dans le cours de cet ouvrage, que le Clergé de Constnntinople, dès les premiers jours de la translation du trône Impérial de Morne à Byzance, avait rêvé à la primauté Ecclésiastique, Toutes les intrigues qu'il remuait dans la cour, tous les canons sophistiques qu'il soustrayait de toute manière aux Conciles même les plus légaux , ne visaient qu'à ce but. Tous les décrets , que les Empereurs Byzantins donnaient sur l'Eglise, tâchaient d'aider et de faciliter cette usurpHtion sacrilège, que ceux-ci croyaient favorable à leurs iule-

*M 108 }-aî

rets politiques. Mais malgré, tous ces efforts jamais jusqu'à l'époque du schisme définitif de l'Eglise Orientale, ce Clergé n'osa pas se déclarer ouvertement K et révoquer en doute la suprématie du Pape sur tonte l'Eglise. Photius accusa te Pape Nieolas d'innovation, sous prétexte d'avoir toléré l'addition du mot /ïf toque au symbole, que Photius et ses prédécesseurs toléraient aussi depuis environ 400 ans, et dont Piiotius lui-même ne faisait aucun cas jusqu'à la veille de cette accusation (1). Géra* laire calomnia l'Eglise de Rome comme hérétique, mais il n'osa se baser que sur des arguments uses et surtout sur l'absurde prétexte de l'usage des azymes, question, dont on n'avait jamais parle jusqu'alors. Enfin la séparation définitive des deux Eglise! fut achevée en 10a4 et dura jusqu'à Tau t4S9, mais la suprématie du Pape sur toute TE^lise était tellement incontestable, que pendant long-temps le Clergé de Constautinople, quoi qu'il n'y obéît plus, et qu'il s'en fût ouvertement déclaré indépendant, n'osa pourtant pas alléguer d'arguments pour l'usurper. Plus tard, voyant Uni possibilité de s'en saisir, le Clergé de Constantinople tâcha de la détruire du moins, et s'occupa à prouver qu'elle n'était pas de droit divin. Mais après la chute de l' Empire Byzantin , favorisé par les circonstances politiques et par la crasse ignorance et la dégradation sociale des chrétiens d'Orient, ce même Clergé, se décida à changer de tactique, et à trancher positivement la question; il voulait eu finir. Le pouvoir temporel que le Gouvernement Ottoman lui avait concède à celle époque sur tous ses corrétigionnaires le rendît tellement insolent, qu'au* eu ne considération ne put plus retenir la fougue de son ambition. À défaut de quelque ancien canon synodal de la mauvaise interprétation du quel un Conciliabule aurait tiré tant bien que mal cette conclusion; à défaut d'un Empereur, qui par un dé* cret ridiculement appelé légitime , lui aurait reconnu cette suprématie, Je Clergé de Constantinople s'en empara de vive force, en vertu de l'arbitraire que les circonstances politiques de l'époque lui permettaient d'exercer. Il déclara dune nettement , et sans même aucune espèce de formalité , aux chrétiens places sous sa juridiction et qu'il traitait comme ses ilotes, que Je Patriarche de Umstantinople, de second qui! était dans la bfté-

(i) Yover ses propres lettres au Pape Nicolas 1er,

rarchie Ecclésiastique, passait canoniquetnant a la première place et se constituait chef suprême de toute l'Eglise. Croyant s'adresser toujours à de vils esclaves, forcés de se prosterner devant toutes les volontés de leurs despotes, de louer leurs plus mauvaises actions, et d'admirer leurs raisonnements les plus absurdes, le Cierge de Constantiuople ne rougit pas même d'exposer ces sophismes impertinents , sur les quels il avait l'air d'ap-

r ses actes les plus arbitraires, à la censure de l'opinion publique. Son aveuglement lui faisait supposer que l'opinion publique n'existait partout qu'îniagiuairement, et qu'elle n'existerait Jamais nulle part, comme elle n'existait alors et jusqu'avant peu autour de lui !

Voilà pourquoi ce Clergé s'est entr'autres permis de souil- 1er h recueil des canons de l'Eglise, ou Pcdalium [11*34)***) par des notes insolentes , grossièrement insultantes et visiblement déraisonnables.

Parmi ces notes se trouve aussi celle par la quelle le Clergé de Constisntiiiople a l'air de prouver comment la suprématie du Pape sur toute l'Eglise passa de droit de l'Evêque de Rome à celui de Constantinopie : voici cette note mot à mot. « Le nom

itriarefa commença a se diri du temps de Thcodûse-fc-Jeune, f/t/i nommû FEtiéqUê de Home premier Patriarche. Le nom de Patriarche distingue h s Evéque$ } qui ont le jtremier honneur dans F Eglise et la première dignité à cause de la suprématie

uri trônes t mais cette dignité n*e$t pus personelle, comme

ques: elle appartient à leurs sièges par succession*

Us Patriarche* étaient cinq: celui dé Jhfeto, celui de Constan-

tinopte, celui d'Alexandrie > celui dWntioehe et celui de Jéru-

■ ■■>: ils se sont appelée d'après V acrostiche êe$ noms de leurs

I en langue Grecque « O*xou/v <v ^f Kag»* » (têtes de f Univers}; puisque le K, signifie Constat! tinople , te A y Alexandrie, te P 7 Honte, le  t Anfioche et le I > Jérusalem: mais a cause, que h p re mier Patriarche $ f esi révolté, etitù de Gamtontfaûpte resta le premier. Ensuite on ajouta un cinquième Patriarche, celui de fa grande Moscovie: maïs aussi ce Patriarche ti' existe plus (2). •

(2) w To yaç faofJLOL ïlatçitîçyv}; itç«5tov yjç>£a.TQ XiyevSai «v rolç

éM tio )-€*

II serait superflu npres tout ce que nous avons exposé dans le VIII chapitre du présent ouvrage sur la suprématie du Pape, de dous étendre ici davantage. Aussi ne ferons nous que quelques observations sur la fausse et ridicule opposition, que Ton fait sur ce point dogmatique. ï. Le Concile de Nicée, qui est le plus ancien Concile générât de l'Eglise, atteste que l'Eglise de Rome a toujours eu la suprématie (3). Celui de Calcédoine confirme que la surveillance de toute l'Eglise fut confiée par notre Seigneur lui-même à l'Evéque de Borne (4). SU Jean Chry-

, T ttçutvv TtpTjV tv rn \E*xXrço"ia dwo rviç CfrtQO^riç t«v oïxsiuv dgoiwv, nai n tô wçùtù* «fjufui, otf ffçoffwTTikov o* uç to ixitW, «XX* scvtâxû» toî; M ixthvv 3poWç xaroî ftaSo^V oï rtvtç Wivrt ^cotv % à 'FùfAnç* o Kw»<rra». h TtvounoXeùii' 6 'AXifavîçf/aî* 6 \AvT*oj£e/a4* xai 6 'Iîço<roXu/>ur/ o! ojtoTo* m mal JyO|Li«<T3ij<ra* xarà axpotTTi^/5» O*xou/*|V*)Ç Kagau* tô pu y«ç K, „ faXoî, Kw*ffTavTi>OLnroX«w{* to 5* A t 'ÀXifen^çn'oef* to oV P, 'Partie* to À, *À»Tioj(«'aï* xci» ro I ! *I«ço<roXu/xuv. 'EffeiSij 1 Bi o irpùroç a^^v/ix- „ trif t blilN îrçwî-o; o KAJVtrTayTtvouïroXcwç. IIçonrtdq Si JflTfgfl» xoi n wtfMtTûÇ o ttÎç M«yaXi)ç Moo^ojSiaf. *ÀXXa xa* oorof oJx I <rrj *5t. „ { Pédalhim , ou recueil de toits les canons Ecclésiastiques pas- 71. dans les notes). Quant à la sublime allégorie de têtes de l'univers, elle ne se trouve pas même dans |*acrostidie précité { puisque cet acrostiche des cinq sièges d'après Tordre selon le quel on les cite, ferait PKAAl, ce qui ne signilie rien ï } elle se trouve dans rassemblement et le placement à volonté des lettres initiales des noms des cinq sièges en question* Ainsi cette composition du mot Kapai , n'a pas même le mérite d'un jeu de mots ! car le mot Koiçcu ne signifie que têtes, et le mot Oïxotifu'wif (de l'univers) n'a pas la moin* dre raison d'être souscntcmlu. Quant à nous , nous croyons qu'après que la lettre P , manqua fatalement deux fois à cette prétendue spirituelle acrostiche, les quatre lettres qui restent ne peuvent composer que le mot AIKA t qui dans la même langue signifie Hëlùs! Je mot, ou si on veut l'acrostiche, qui convient le plus maintenant à ces quatre Patriarches !

(3) Canon VI du Concile de Nkée.

(4) Voilà ce que ce Concile dit au Pape saint Léon, en lui écrivant contre la conduite de Dioscorc* qui, après lotit cela, osa étendre sa manie même contre celui qui est investi par le Sauveur de la garde de son rigtwble, nous entendons contre votre Sainteté, dont il médita de se séparer ; de vous, qui vous occupes de l'union de t Eglise!» èk Kaï wçoç toom rojf âvaaiv in xat x«t* aùroù toù nàç df*.ni\cv m?» çoX*x>jr iraçà roû n ZwTTÀçoç IwiTiTçxpfiJvQu , ttjv pctwotv t {srcivi* Xfyo/xu Si ttïç L^ç 'OaWn tîîtgç , xai dxoi'jcvrjcîay natrd tow to c^fxee rf,; y Exn\y}<rîotç ivùùv <rww* n &wwrp$ «piXjnîCiv. „ ( Acte XVI ilu Concile du Calcédoine. )

sostôme dit aussi « pourquoi Jésus-Christ versa- t-il son sang, si non pour reconquérir ces ouailles qu'il confia à Pierre et à ses successeurs (5) ? » Par conséquent PEvêque de Rome n'avait pas besoin que l'Empereur Théodose le Jeune lui conférât une suprématie, qu'il tenait du Sauveur lui-même, et que les Conciles généraux lui avaient reconnue.

2. Le Clergé de Constantinople avoue dans son raisonnement, que la dignité de la suprématie n'est pas personnelle, mais qu'elle appartient au siège. Or, puisque d'après la croyance de toute l'Eglise, notre Seigneur consolida son Eglise sur Pierre, et le constitua son Président et son administrateur (6), il est bien évident, que ceux qui lui succèdent sur le siège de Rome, ayant ce droit de Dieu lui-même , n'ont pas besoin que personne le leur accorde.

3. Comment le Clergé de Constantinople donne-t-il cinq chefs à l'Eglise de l'univers , lorsque Photius lui-même dit « puisque la surveillance suprême de F Eglise devait être confiée au grand Pierre (7) ? »

4. Comment, lorsque les Conciles et les Pères ne reconnaissent dans l'ordre hiérarchique de l'Eglise qu'un seul chef, sur qui Jésus-Christ Ta fondé, le Clergé de Constantinople a-t-il pu faire de cette Eglise un monstre à cinq têtes ? car entre autres St. Grégoire de Nazianze dit bien clairement « Voulez vous que je vous présente un ordre digne de mémoire et de notre sujet? voyez les disciples de Jésus-Christ; ils excellent tous, et sont tous dignes de choix : mais Pierre est appelé la pierre de la Foi, et V Eglise lui est confiée et les autres souffrent la préférence (8). »

(5) „ Aiarî to oiïp* o Xçioto'ç «ff'x«»; $ Tv* t* *ço(5*t« xryjcrjrat „ rotCra, a rû Uitçu xai rolç pr' avroù m^t/gio-cy. „ (St. Jean Cbry- BOêlàme Ht. II sur la prêtrise. )

(6) „ Kai ûç ar/JotSçov xai itwmç rrjç 'ExxXWaç 8«£«/aivov t« «ij- „ fcéXia „ c'est à dire « comme Président et qui devait avoir entre ses mains le gouvernement de toute l'Eglise. » ( Jean le Dainascène discoure sur la transfiguration du Sauveur. »

(7) „ 'Eirti$ij *«g ifxtXXiv 6 pîyaç Ilcrçoç wâcvç rrjç Oixoufurnç „ Tijy irçoeruata* xarajrtartvtaSai. „ ( Photius. Arophil. chap. 96. )

(S) „ Bot/Xfi xai oXAyjy KoqaaTrjau coi to£iv, xai raÛTrjv â£j'ety rrjç „ ttç to vaçov pvrifXTjç xai vouSf oVof ; opàç rtiv Xçiaroù /aoSjjtwv vâvruv

Kniio qui est celui qui jugea le chef suprême de l'Eglise et le condamna à perdre le droit impérissable, que Dieu lui même lui conféra? quelle tradition Apostolique, quelle institution de l'Eglise, quel canon cîes Conciles accorde-t-il à un Evéque iuférrrur, et même à plusieurs, la compétence de juger, de condamner, et de déclarer apostat et déçu le chef suprême de l'Eglise? et a quel Clergé appartenaient-ils, ces juges suprêmes du chef de l'Eglise? à un Clergé, dont un grand nombre de Patriarches et d'Evêques furent des Iconoclastes, des Ariens et des Nestor iens, et troublèrent continuellement l'Eglise du Christ par leurs hérésies et leurs intrigues! vérité que toutes les feuilles de l'hirtoire Byzantine attestent, et que tous les Pères de l'Eglise Orientale déplorent dans leurs écrits !

2. Arguments contre la procession du saint- Esprit du Père et du fils*

Nous avons vu dana le chapitre VI que la discussion sur ce dogme roulait pendant bien long- temps sur l'addition du mot frfioque au symbole. Aussi le seul argument, que quelques Orientaux soulevaient de temps en temps contre les Occidentaux , ou pour mieux dire, le seul sophisme, que les perturbateurs de la paix de l'Eglise employaient, était jusqu'à un certain temps, que l'Eglise de Rome ne devait pas tolérer cette addition , à cause que les Conciles avaient prononcé des anathemes contre quiconque aurait ajouté ou retranché quelque chose du symbole établi par le Concile de Nicée.

La fausseté de cet argument est bien évidente. Le premier Concile de Constantinople , quoiqu'il ajoutât , retranchât et modifiât non seulement des mots, maïs des phrases et des idées entières du symbole de Nicée, il approuva pourtant les mêmes anathemes contre quiconque oserait changer quelque chose du symbole de Nicée. Long-temps même avant que les Conciles de Nicée, d'Ephése et de Constantinople eussent prononcé ces aua-

„ otruf ùfyrikûv, x*i rriç txXoyn; *{/«¥, d /xev irirça naXttrcu xai rwç g SifxiXtQijç Tiiç ^xxXrivîctç marsûira^ xai Çtçwtrtv 01* Xouroî ni* »fo- „ rifiumv. m ( SL Grêgmrc (3c Sazianïti. Discours .sur ionln

férmom, )

thèmes contre quiconque oserait ajouter ou retrancher quelque chose du symbole de la Fol établi par eux , Saint Paul avait fait la même défense en disant « qui vous annoncerait autre chose que ce que vous avez reçu, qu'il soit analhètne (9). » Cependant le Concile de Nicée, aussi bien que celui de Constantinople, ajoutèrent au symbole de la Foi des expressions et des idées, qui, considérées dans leur forme, ne se trouvent ni dans l'Evangile, ni dans les écrits des Apôtres. Car, où dans l'Evangile, ou dans les actes des Apôtres , trouvez-vous le root o/*ooo<nov ? où l'expression des deux énergies? où la qualification de la Sainte Vierge comme 0«otoxoç (Mère de Dieu) et non Xquttqt6xqs ? (Mère du Christ), et tant d'autres phrases et des termes, dont les uns se trouvent insérés dans le symbole de Nicée, et les autres dans celui de Constantinople , ou ils sont considérés jusqu'aujourd'hui par l'Eglise comme des dogmes de la Foi. Or, ou il faut supposer que ces Conciles, en faisant toutes ces additions et modifications dans le symbole de la Foi , contrairement aux défenses de St. Paul , sont tombés sous leurs propres anathèmes et celui de l'Apôtre des nations : ce qui serait une absurdité et un grossier blasphème; ou il faut admettre que ces Conciles, en introduisant dans le symbole de pareilles additions et modifications, ne faisaient qu'analyser, ou expliquer, conformément au sens de la Foi, les expressions difficiles de ces dogmes. Saint Grégoire de Nazianze , dans sa lettre à Clédonius , tranche cette question de la manière la plus concluante: voilà ce qu'il en dit « nous n'avons jamais admis, ni ne saurions admettre quelque chose, qui soie différent de la Foi établie au Concile de Nicée par les Saints Pères, qui y ont été réunis pour abattre T hérésie des Ariens. Nous sommes et nous serons , avec Vaide de Dieu , de cette mime Foi y en éclaircissant par des additions, ou des explications Fcxpression de ce qui y fut dit incomplètement sur U Saint' Esprit (10). »

(9) „ E? tjç tùayyeXîÇirai a\Xo trotç* o flraçeAa(3eT* , dvoiStfxa 1<tt«. „

(10) „ 'H/auç rrjç xarà N/xaiav iriaxtuç xùv dyiuv Haripuv rav txtlat „ <r&*iA3oyfa>y *Vi xaSaiçiasi rrjç 'Aggiav^f aiçé<reuç y ovSiv otfrt ffgotw rif*i}Voc/Afv xroTt , ouvt irporifxôiv $t/»ajn«3a* àAV txtiitrjç io-piv «rijç iri- „ artvç au* 6<«, xai «Vo'/xtSa, s-ço<r$*ap3çoû>Tiç t* iXkwrôiç ilçrjfxîvov n wtçi toù 'Ayiou Uvitifiaroç. „

Quoique le sens de cette déclaration de St-Gregoire de Na-

zianze soit assez claîr , pour ne pas avoir besoin de commentaires , nous rapporterons pourtant, comme une preuve de plus, l'explication que donne sur ce passage uo Docteur de l'Eglise Orientale, Élîe, Archevêque de Candie; voilà ses propi'es paroles: - car il y avait de la défectuosité dans la partie matérielle des mots , mais dans la partie intellectuelle, c'est a tfïrc, dam le sens, il ny en avait point. C'est pour quoi Saint-Grégoire dit, quit faut corriger mou ce qui avait été omis, mais ce qui dans la partie matérielle des mots avait été exprimé elliptiquement: c'est à dire, il promit de (expliquer et de le façonner (11). •

Lorsqu'on poussa la discussion sur le fond du dogme, c'est à dire, lorsqu'on s'est mis à examiner, si le Saint-Esprit procédait du PèM et du Fils, ou du Père exclusivement, alors le Clerçzé de Constantinople et ses partisants , pour soutenir leur innovation , sa\oir , que le Saint-Esprit ne procédait que du Père seulement, avancèrent l'argument, que le mot filioque ne se trouvait ni dans l'Evangile, ni dans le symbole des Conciles de Nicce et de Constantinople. Maïs comme cet argument était réfuté , soit par les endroits de l'Evangile , où il e.st clairement énoncé que le Saint-Esprit procède du l'ère et du Fils, soit par les explications et les déclarations que tous tes Pères de FElIim , sur tout ceux d'Orient, donnent de ce dogme, comme nous Pavons longuement exposé dans les VI et VIII chapitres de cet ouvrage, les sophistes ont alors eu recours a une autre e d'argument Ils ont allégué que la plupart des ccrils des Pères Orientaux, ainsi que la plupart des cantiques, que cette I chante jusqu'aujourd'hui, et ou il est dit que le Saint* Bt| rît procède du Fils, ne disent pas que le Saint-Esprit procède du fils [in toù ï*w>) , mais ils disent qu'il procède par le Fils [lut r&ù Tjoe> ) > et ils ont ainsi prétendu établir une différence entre ces deux expressions*

Nous allons réfuter complètement ce dernier sophisme, par une analyse logique et par les écrits des Pères de l'Eglise Orientale,

(II) „ Tû fAtv y cep crwfutTi tm Xîf-iïtiv iruqs\e\iurro , ty &■ 4 V X? ♦ „ Xtyu 5ij rat t«* to^^tarw» É oùhafJuà^ 5*ô xai 6 "ÀyiOf où to vapak*knp.~ m ptyov, ilXXà ts iXXitirù; i^^fvov xoG o-w/Aaro;, \tytt Ji^Sçoù** n*

Ce qui donna motif aux Pères de l'Eglise Orientale de faire usage dans leurs écrits plutôt de l'expression « S*à to«J Tioâ » par le Fils 9 est le sens principal de la préposition ix (de). Cette préposition est employée dans la langue Grecque pour signifier proprement, la cause primitive, tandis que la préposition £<« ( par ) signifie la cause organique. Car, quoique dans la langue Grecque on peut dire « «x roù âsvëçou x«» rcO x\xbou 6 xa^irài » (le fruit vient de l'arbre et de la branche), et « « roC 'ilA/ou xat rnç àxvlvoç tc çt»ç » ( la lumière vient du soleil et du rayon ) , cependant dans le strict idiome de cette langue, on doit dire « ix roù tirtpou Sis roô xkû$ou 6 xaçroç » (le fruit vient de l'arbre par la branche ) , et « *x roC 'haiVj Std rrjç àxrtvoç r6 çù; » ( la lumière vient du soleil par le rayon) etc. Aussi la plupart des Pères, qui voulaient écrire dans l'idiome le plus correct de cette langue , employaient de préférence la préposition ix ( de ) pour exprimer la procession du Saint-Esprit du Père, comme cause primitive; et pour exprimer la même procession du Fils, ils employaient la préposition £««' (par). Autrement ce serait une absurdité, et des plus inqualifiables, que de supposer, que les Pères de l'Eglise Orientale en disant, que le Saint-Esprit procède du Père par le Fils , entendaient que le Fils servait au Père comme un tuyau ou un canal , enfin comme un instrument de communication , pour faire procéder son Esprit ! Les Pères voulaient donner à comprendre par ces deux expressions, dont le sens est le même, que le Saint-Esprit procède du Père comme d'une cause primitive, et également du Fils, puisqu'il est consabstantiel au Père, qu'il a communs avec lui tous les caractéristiques, excepté seulement la paternité , et puisqu'ils sont l'un dans l'autre, et que le Père et le Fils sont de la même nature: Ils disaient donc que le saint-Esprit procède ix roù n-arçrfç (du Père), et pour attribuer la même procession au Fils, quelques uns, comme nous avons vu dans les chapitres précédents, disaient également *x roO r: où (du Fils). Mais d'autres plus scrupuleusement appliqués à éviter la confusion de l'ordre des personnes de la Trinité, ou pour ne pas donner motif de supposer qu'ils attribuaient la procession au Fils comme à une cause primitive, selon l'hérésie des Eunomiens, ou pour ne pas être soupçonnés d'admettre deux principes de procession , préféraient plutôt l'expression &« toJ VioQ (par le Fils). Cette uuance paraissait aux Pères Orientaux d'autant plus permise , que dans la

Sainte Écriture ces deux prépositions «x et $■« se rencontrent très souvent employées indifféremment l'une pour l'autre et signifiant la même chose.

Voilà quelques preuves de l'identité de la signification de ces deux prépositions en style Théolosftque.

L'Écriture fait dire à Joseph lorsque , dans la prison , il parie

des Songes « o'J^i Btd 3*oC »? ^laaâçna-iç aCrûv sari; » ( leur CXpti-

eation ne vient-elle pas par Dieu > ) au lieu de dire *x S««ù (de Dieu).

St-Jean le Damaseène dans ses cantiques dit « o*o> iyiw

<raç, M^t«ç ayv>? , aeaaçv.ufxhov ix coù » (6 Mère pure , tu fUÎS OU

monde Dicu y qui prit la chair de toi); et pour exprimer la même chose , le même Père de l'Eglise dit dans un autre cantique « £<« <tov\ MiJtsç 7raç9s'v* , <pwç àvsrsiXi nourri rrj OlxoVfxéyn »

{par toi, 6 Mère Vierge, apparut In lumière à tout l'univers) et ailleurs le même Saint dit « *x aoù rr)ç dy»f t q vpojix^sv àçça**«» aaçxwSfiiç » fil est sorti de toi, la pure, dont il prit la chair d'une manière inexprimable) et dans un autre cantique pour exprimer la même idée, il dit « &«* <roJ, Uafîtvs . (-hd< à»3ç»*oiç ufjuXnatv » f par toi, 6 Vierge, Dieu communiqua avec les hommes). Saint Paul lui-même dans sa lettre aux Romains, parlant des Juifs et des payens, et voulant exprimer que les Juifs comme les payens seront sauvés par la Foi, emploie dans la même phrase et dans le même sens ces deux prépositions «x et

Btàl Car il dit « irtèiiriQ tïç Oiô^, 0; oixatûasi îr«çiTo/xrjv ix wimtHç

xai axçop^o-Tiav Si* tô; nivrsui « (car il iiy a qu'un Dieu qui sauvera les circoncis de la Foi, et les incirconcis j)ar la Foi) et parlant sur le même sujet dans sa lettre aux Galates, le

même Apôtre dit « n^"ÎHoù(Jx Ùi ri VçaÇr) on ix irivriu; ixxaioî xà

"Kbvn c-)*o; » f l'Ecriture ayant prévu que Dieu sauve les nations de la Foi) au lieu de dire par la Foi. Ainsi, dans l'une de ces deux phrases l'Apôtre emploie la préposition «x (de), et dans l'autre la préposition $<à ( par ) , pour exprimer la même chose.

Saint Maxime l'homologète nous dit aussi, dans ses discours à Anomius, que ces deux prépositions ont absolument la même signification « s»' où ruOrôv eVW tù *{ où » (la phrase, par qui, signifie la même chose que celle, de qui.)

Saint-Basile, dans le cinquième chapitre de ses lettres à Àmphilochius dit en propres termes « En Théologie, non seule-

te-( 117 )<ei

ment les prépositions se Mettent tes wics pour les autres, mais souvent les objets même qu'elles rejjrésentent changent de place , lorsque Tune prend la signification de l'autre: par exemple rÉcriture fait dire à Adam « ixmaàfxvY âySçamov h* 0«&ù » fai acquis un homme par Dieu: au lieu de dire « ixrv<rx[xnv avSçwxot ix 0foù » j'ai acquis un homme de Dieu, et ailleurs « o<ra

f yf riiXaro MutJo-qç. T«"'lo~çai}X Zià irQOŒTâyfjLdroç Kuçiou » tout CC qU€

Moïse avait ordonné à Israël par ordre de Dieu: au lieu de dire « «x s-çoo-Tay^aTo; Kuçioo. » Joseph encore en parlant à ceux qui étaient avec lui en prison leur dit « où^î Bià *où 0«oG * fiia- <rà$ ij<nç aiÎT«v «Vr/j fcwr explication ne vient-elle pas par dieti? au lieu de dire « s\ (-)zoù « de dieu. De même on emploie indifféremment la préposition U (de) au lieu de h* (par), comme Si. Paul lorsqu'il dit « ysvouivov ix ywatxà; » au liai de « $ià yt/»a«oç m pendant qu'ailleurs il nous fait distinguer clairement ces deux phrases en disant: on dit « *f av£go\- ysy^ïaSai » né de V homme y et « Btà yuy«ixo\- ysy^v^Sai » «e jpar /a femme: ) où il dit en U' au très « comme la femme vie?it de l'homme, ainsi vient rhomme par la femme. » Or ce n'est point par contradiction que l'Apôtre s'exprime ainsi, mais pour montrer que les prépositions très-souvent sont employées les unes pour les autres (12). »

St. Cyrille dit également « le Saint-Esprit appartient à dieu le Père, et sans doute au Fils: essentiellement il dérive de tous

(12) „ Où /xovov li , iirl Tijç QêoXoyixç, al XZ*** 1 * ™ v Ç wv « v *nak- „ AaTToyrai , aXX' -nBr) xai rd utt' aXXv'Xay enj/^aivo/xcya roXXaxj; dvTtfjLt- „ SiVrayrai, oray iriça tijv 717; iri^u^ <n9//a<7iav àvrikat>yL$à»&i' oloy ixti?- „ <ra/x7}> avSçwff^y S/à to£ Seot/, ^?c"iy WSa/x, iVoy Xiyuv t«, «x toô „ ©«où' xai *T«'f«Si, cVa iysreîXaTo Nuv<niç rà 'lo'çarçX ci à 7rpo<TToiyfxcc- „ toç Kt/£iW xai iraXiy' 00^1* £ià toù 0«où >? Siao'aÇrîO'iç aJrùy eor/y; „ 'I&kttjÇ toIç l'y BscixoTvipiu diaXsyôfxsvo;' cuçùi «yag xai aiÎTo'ç ayri rcù, „ tx 3«ot7, iitùv, 5ià to*j 3*o5 ÉigTîXsy* xaî dvouraXiv t>j «f ou jrgoScVfi, „ «yri t^ç oY oJ xéy^vjrat' «> o-ray X/yn IlaGXoç , «yeyd/xsyoy t x «yt/yaixoç* „ rotfro «yctg i?/x' v s reçu Si <raÇùç BuarsiXaro , T19 yuvaixi /xs'y jrpoayjxuv , w Ar/»y , to f x too ayîgô; y«y«y^<rSa« , ây$gi 5« tÔ Ôià «yvyouxoV «y olç „ ÇTja»y, «<7JTfç xai ytm? if a>5pdç, ovruf àyrjç 5jà yuva<x&'ç* .... oti^ H iavrù trot; ^LayJ>^oe, , ccXXa Sfixyù; ort faàiuç olXXn'Xaiç àvritri^upioi- „ Çouat? ai Cuvai. „ ( St. Basile à Ampliilocliius i:hap. V. )

ÉM US )-e* les deux, ou du Père par le Fils (13) » et plus bas ■ toutes les choses se font et se terminent par les deux également (14). » Le même St. Père en donne la même raison que les autres dans les termes suivants « car, dit-il , quelques fois la Sainte Écriture ne met pas de différence entre les mots , lorsqu'ils ne nuisent pas au sujet (15). C'est à dire St. Cyrille en parlant du Père et du Fils, dans Tune de ces deux phrases emploie l'expression «f dpçoh (de tous les deux) et dans foutre &Y à/xçoî» (par tous les deux), et dit que c'est la même chose dans le style de l'Écriture.

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