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Arguments contre t usage des Azymes

La coutume d'employer du pain fermenté dans le saint sacrement doit son origine à l'extrême dévotion de quelques chrétiens d'Orient, qui auraient cru devoir éviter les azymes, comme un judaïsme. On ne saurait pas fixer précisément l'époque de l'introduction de cette coutume dans l'Eglise Orientale, mais nous avons une preuve irrécusable, qu'elle ne saurait être antérieure au quatrième siècle. Saint-Grégoire (25) ayant été nommé vers la fin du troisième siècle Evêque de l'Arménie par Léontius, Archevêque de Césarée eu Cappadoce, ayant réglé cette Eglise complètement d'après les coutumes du rite Oriental , y introduisit aussi l'usage des azymes , que les Arméniens conservent jusqu'aujourd'hui. Ce Saint ne pouvait donc prendre et introduire en Arménie cette coutume de l'Eglise Occidentale, avec la quelle il n'était pas en relations directes et dont il n'avait pris aucuue coutume. Au contraire il est bien évident, qu'il la prit de l'Eglise Orientale, d'où il a aussi pris et introduit en Arménie la liturgie, les offices, les prières, les cantiques, tous les usages et toutes les pratiques religieuses , comme on voit jusqu'aujourd'hui

(25) L'Eglise Orientale l'appelle Evéque-martyr et célèbre sa fête le 30 Septembre. Les Arméniens lui donnent aussi l'épithcte d' 1 lluminaleur , à cause que c'est lui qui régla et consolida chez eux la religion Chrétienne.

dans l'Eglise Arménienne. Enfin Saint-Grégoire lui-même avait reçu le christianisme par un Evéque Oriental , Léontius , Métropolitain de Césarée, a été élevé et instruit par lui dans le rite de PEgMse Orientale, y passa toute sa vie, y mourut en 325 et fut canonisé par cette Eglise comme saint et martyr* L'Eglise ne confirma, ni ne défendit jamais formellement ce remplace* ment du pain azyme par le pain inzyme: elle le tolérait seulement comme une coutume inoffensive au dogme P Ce n'est qu'au Concile de Florence, ou pour la première fois V Eglise consacra F usage du pain inzyme dans le saint sacrement, pour les populations chrétiennes, chez qui cette coutume était déjà introduite. Voilà quelle doit avoir été l'origine de cette insignifiante controverse. Le Clergé même de Constantinople avait depuis bien long-temps observé, que les Chrétiens du rite Oriental commençaient a en soupçonner l'absurdité* Il fallait par conséquent pour ne pas perdre le prétexte d'une aussi frappante différence entre les deux Eglises, l'appuyer de quelques arguments positifs, qui auraient fermé le chemin à toute réplique, et qu'on ne saurait révoquer en doute, sans être taxé de désobéissance flagrante aux ordres de l'Eglise. Le Clergé de Constantinople mit donc en mouvement toute son intelligence , et il trouva à la fin deux arguments , qu'il inserra , comme preuves irréfragables , dans ses fameuses Notes 1 Les voici ces deux incontestables preuves. « La proposition que tes Latin* a eu ment: c'est à dire que notre Setgneur fit la cène avec du pain azyme , fut trouvée très men* songire ; \ . depuis que l'on découvrit le même pain inzyme que Jésus-Christ donna à ses Apôtres. Car Nicolas d'Hydrountos raconte , dans son ouvrage contre les azymes, que lorsque les Latins prirent Constantinople , ils trouvèrent dans la Trésorerie Impériale les saints-bois } ta couronne d\ptnc$ f les sandales de Jésus-Christ et un clou. De plus ils trouvèrent dans une boite d'or, garnie de perles et d'autres pierres précieuses, du pain, de celui que Jésus-Christ donna aux Apâtres. Cette boite portait cette inscription * Ici est le pain sacré que Jésus-CItrist distribua à ses disciples au moment de la cène sacrée, en leur disant, prenez } mangez: c'est mon corps » et comme c'était du pain inzyme, les Occidentaux qui te trouvèrent, c'est à dire, C Evéque d'Atbestanie et te substitut de Bethléem, voulurent le cacher. Mais, par bienveillance divine, ils tiont pas pu réussir ! La véracité de cette histoire est aussi attestée par Gw

Evéqu* dé Cor/ou, qui invait en 1346 — 2. la proposition des Latins fut prouvée mensongère y depuis que, d'abord Jean Patriarche de Jérusalem et ensuite te savant Eustratius Argenti, écrivirent contre ie$ azymes et prouvèrent par des arguments incontestables, tirés de F Écriture , que notre Seigneur n avait pas mange la Pàque , lorsqu'il fut livré à ses ennemis, et par conséquent qu'il n'avait pas fait la cène avec du pain azyme (26). • Nous nous abstenons de faire la moindre réfutation du premier de ces deux arguments: c'est à dire de cette miraculeuse découverte du pain inzyme , gardé tant de siècles sous le plus grand secret dans la trésorerie Impériale de Constantînople , sans que les Empereurs en aient jamais rien dit à personne, sans que Cérulaire lui-même dans sa prétention contre les azymes ait montré cette preuve incontestable. Cet argument donc étant de sa propre nature de ceux qu'on ne saurait remuer décemment , nous aurions même désiré pouvoir le passer sons silence , pour nous éviter l'humiliation pénible , que , comme chrétien appartenant au rite Oriental , nous ressentons de la publication d'une pareille absurdité ! Cependant pour que le Clergé de Coustantinople ne nous accuse pas d'avoir omis le plus fort et le

(26) „ 1 ftuSi<rTaro¥ &i dvêhi^n to wctpà tùïv Aarîvuv ?rçoTijyo^WToy ( „ ot* o Kt/ç*oç ittktat Toy fxu<m*o* îenryoy oV otfJ^tot/ apTot*, m, *AçoO „ tuqt^ tvÇvfÂQî açroç, aVToç o ùltè rou Kuçi'ou iraç«5o3*iç. hinytlrtu m ycq> NiXo'Xoot o 'TS^oiïyTOÇ h t« xbtb dÇùfAuv , on oVay oT $çayyoi *Xa- „ |9oy tt}* TjttvrravTtvouiroXiv , éuçov sic to BatcrtXixo* o"x*t»oçt/Xax*oy Ta t/- „ fua JvAa, tov àxaV^jyoy o-Tefavav, Tct <7ayîàXi« roO Zvtrjçoç, xai ha „ netffîï tuçov ôe xat ïy tivi vxiua ^çu^w XiSop.aç'yaçiToxoAAiîTw, aprov „ ard Toy oVoIov rSuxfy o' Kugioç toÎç 'ÀïfacrTdAoïç" £*o xat ffnyçaÇijv „ T©*at*Ttjy fi^fy* ** fvSaoe xiÏTai o Siïo£ o^toç, o> o Xçicrrdç toij paSij- „ t«îç tv T19 4i^a roù StiirvQU StîvttfÂ&v tljrùv' XajScrf, Çayin, touto ictti M to ffJfta ^tou. „ 'Eirufitj $i ifaqy tïÇy^toç rç(2oyXi}Sï50"ay ya toV xçttyotiv „ oî etîço'xTeç aJxov Atmxot, 5 'ÀA&o-Tay/aç 'Eirtffxoarof, xai g BnSW/Jt n tîiro\Jrtj\ptoç, aAA* oJx i?£t/y*]'3)5ffay 0*otJ fu£ox*a. ( Ma^Tupiî 47 aAijSi? rrç* n 40-TogiVy Tavrtjy xai rW^ytoç Ktgxugaf, aXfAa'ffaî xara to itoç apfxç'' ) n xai (3' dviBsi/^Tj àçoù n-gwToy 'Iû/amjç 'IfpotroAjjuutfy , xat jrap 1 atJTOÛ „ ucTsçoy njy a^poçju^y XapJy iraXu/xaâ^; EucTçario^ \Apyt\tvC) xaxa n â^ûfjLuv truytyça\}/e, xat À0701Ç rçatpixor^ xai ayavTi^'ïjTûiç aîTîîïifeyj on „ Kv^tûç oux sÇctys vofÂiKÙv ITaV^a, «y J ïraçeft&Si? xço*w, xai âxoXourt 3wç oJo*# îi 1 afw/juu» toV jmiotixo» Sttwvoir hiKtaw. „ (Pctlalium. Page 54 Rota. )

meilleur de ses arguments , nous le rapportons , mai* sans aucune remarque. Nous espérons néanmoins que nos lecteurs impartiaux n'attribueront point à cette glorieuse Eglise Orientale, les impertinentes absurdités, que ses ennemis osent fabriquer pour consolider sa séparation de celle de Rome, et par conséquent leur impie despotisme sur cette infortunée Eglise et le peuple de ce rite.

Quant au second argument , cité par les Notes susmentionnées, savoir, que Jésus-Christ n'a pas mangé la Pâque. avant d'être livré à ses ennemis, d'après le témoignage incontestable du savant Eustratius Argenti, malheureusement pour la véracité et l'impartialité des Notes du Clergé de Constantinople , et la valeur du témoignage de Mr. Argenti , notre Seigneur Jésus-Christ et les Evangélistes nous disent bien clairement tout le contraire. Aussi nous citons simplement Jes propres paroles de notre Seigneur et de ses Apôtres, ainsi que le témoignage écrit des Evangélistes, laissant à notre lecteur la liberté de choisir entre la déclaration authentique de ceux-ci, et les Notes du Clergé de Constantinople, basées sur le témoignage de Mr. Argenti. Voilà comment les Evangélistes racontent ce fait « Or il était .venu le jour des azymes , dans le quel il fallait sacrifier la Pâque; Jésus donc envoya Pierre et Jean en leur disant: allez nous préparer la Pâque } afin que nous la mangions: ceux-ci lui dirent: où voulez-vous que nous la préparions ? et Jésus leur dit: lorsque vous entrerez dans lu ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau: suivez le dans la maison où il entrera, et dites au maître de la maison: le Maître vous envoie dire » où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? et il vous montrera une chambre meublée à reloge supérieur y là vous préparerez la Pâque. Les disciples étant allés, trouvèrent les choses comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. Et quand V heure fut arrivée, il se mit à table et les douze Apôtres avec lui, et il leur dit: j'avais fort désiré de manger cette Pâque avec vous avant ma passion: car je vous dis que je n'en mangerai plus, jusqu'à ce qu'elle soit célébrée dans le royaume des deux. Ayant alors pris le pain et rayant béni, il le brisa cl leur donna en disant: c'est mon corps qui est donné pour vous etc. etc. (27).

(>7) St. Luc. cliap. XXII 7-1».

Conformément aux Evangelistes , l'Eglise Orientale chante jusqu'aujourd'hui que notre Seigneur mangea la Pâque de l'ancienne loi. Le jeudi saint, par exemple, elle chante un cantique qui dit « celui qui écrivit sur le mont Sinaï les tables de la loi } voulant accomplir la loi, mangea la Pâque vieille et figurative ^ tt en même temps il s'est offert comme Pâque et mystérieux sacrifice (28). »

Un. autre cantique du même jour dit: « la chambre haute où Jésus-Christ fit la Pâque , devint une demeure céleste (29). »

Un autre dit a La cène fut double: 'car elle comprenait la Pâque de f ancienne loi, et la Pâque nouvelle, qui est le corps et le sang du Seigneur (30). »

Mais les plus sublimes de ces cantiques sont les deux suivants : le premier nous explique, que Jésus-Christ ordonna à ses disciples de préparer la Pâque dans une chambre haute, pour signifier l'intelligence , et avec du pain azyme pour signifier la vérité de ce grand mystère; ce qui est d'ailleurs très conforme à la défense que lui-même leur fait « de s'abstenir du levain des Pharisiens, qui est V hypocrisie (31)» voici ce cantique « Allez, dit Jésus-Christ à ses disciples, préparez la Pâque en faveur de ceux que f initie, dans une chambre haute, qui représente V intelligence , avec du pain azyme qui représente la vérité, et glorifiez la fermeté de la grâce (32). »

Le second cantique nous explique que la Pâque représente Jésus-Christ lui même, et que c'est pour cela qu'il se donnait

(28) „ T>jy vo/xixijv ixir\r)çv<raç yçoVrafiy o vkdxaç roi* voptxàç yça- „ >|*k «» 2i»à, eÇatyi /xiv to Tid^a to irolXat xai vxtuSiç, yîyovt Si lian a%a xai puaux* ÇuoSvda „ (chant. S.)

(29) „ 2xr)*o «TTOc/çaytoç «Se/^Srj to aWyeoy, Ma to* HaV^a Xçi- „ or 6; iiriTt\i<Tsv „ (idem.)

(30) „ AurXoù; ô Asjtvo;, Tlao^a yàç No/uov ft'çfi, xai ïla'o^a xai- „ vôy, atua, e£pa àtavôrov „ (hymne au jeudi Saint par st-Cosmas l'hymnographe. )

(SI) „ ITço<rf^fT« àVô rn; fu/xijç rwy Qxçuraiuv , iJtiç êcriv unin xçiatç. v (Mathieu chap. XYI 6. )

(32) „ "Arirf , toiç MaSTjraîç 6 Aoyoç içq , to Ilao^a «y fatçû* „ Toffj», J yotjç f y/âgUTat , olç fi.ua'rayuyù axtuolffan , d^vfxu àXvBtîaç „ Xoyu" rô creppov Bi tt}; ^agiTo; /ufyaAt/yarc „ ( cantique d« jeudi Saint o<1t IX par St-Cosmai» riitinnographc. )

*a-( 130 )^ à manger à ses disciples, en leur donnant à manger la Pâque « et vous proposiez à ceux pour qui vous allies mourir, la Mque qui ne représentait que vous même , en leur disant : mangez mon corps et vous serez affermis (33). »

D'après donc les propres paroles du Sauveur et de ses Apôtres, le témoignage des Evangélistes et tous les cantiques de l'Eglise Orientale , Jésus-Christ mangea-t-il la Pâque, ou non ? le Clergé de Constantinople répondra encore que non f mais comment ?.. il n'y a pas de comment I Jésus-Christ n'a pas mangé la Pâqye: car la Pâque consistait dans les azymes, et alors les Occidentaux auraient raison de les employer sans être taxés d'hérésie: tandis que les intérêts matériels du Clergé de Constantinople exigent que le peuple Oriental croit, que les Occidentaux sont dts hérétiques, qu'il doit détester.

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