CHAPITRE IV
ETAT SOCIAL DE LEMPIHE BTIANTIN AU RETOU» CE L'El
JEAff PALEOLOGUE ET OU CLERG-É ORIENTAL A CONSTAaTTlMO F LE. L ACTE Dïï CONCILE DE FLORENCE Y EST EXÉCUTÉ ET PROCLAME DANS TOUT L OR ÎENT , ET L'UTWION DE L'EGLISE IB RÉTABLIT.
L'empire Byzantin ayant été fondé sous les auspices d'une nouvelle religion, dont l'origine divine, les préceptes sublimes et les principes vrais, moraux et civilisateurs la rendaient visiblement supérieure à toutes les autres, cet empire s'est basé et pour ainsi dire identifié dès sa fondation avec la religion chrétienne, dont il était sorti. Il conserva par conséquent pendant toute sa durée l'empreinte religieuse que ses premiers fondateurs lui imprimèrent et fut fortement iulluencé pendant toute son existence par certains principes théocr a tiques.
tes principes étaient ceux de l'Evangile, c'est a dire, les principes les plus justes, les plus libéraux, les plus humains et les seuls qui peuvent procurer le vrai bonheur à l'homme social. Ils auraient donc indubitablement élevé l'empire Byzantin au faite de la grandeur et de la puissance, et l'auraient appelé à imposer, ou au moins à donner l'exemple du système politique le plus élevé à toutes les nations de la terre, si ces principes eussent été conservés dans leur pureté primitive.
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Mais il n'en fut pas ainsi. La dépravation des premiers fondateurs de cet empire, qui venaient d'une métropole Imbue de Ions les vices, et qui par conséquent étaient habitués à tontes sortes d'intrigues et préféraient à tout noble sentiment les in*
B indhiducls et vulgaires ; l'affluence d'un grand nombre d'aventuriers, qui accoururent de toute part à la fondation d'une nouvelle ville, qui leur promettait tant d'avantages; PambiUon d'un Clergé, qui de fugitif et persécuté qu'il était jusqu'alors, se vit subitement appelé à prendre part au pouvoir; la vanité qu'eurent les Empereurs de faire de la nouvelle Borne la reine du monde entier, par le seul prestige de la religion: tous ces motifs firent dégénérer en autant d'abus tous les avantages que les principes du Christianisme promettaient au nouvel Etat. Enfin la religion fut réduite, peu après ta fondation de l'empire Byzantin, à n'y servir la plupart du temps, que comme un Instrument que les souverains , le Clergé et tous les intrigants employaient à lour de rôle, et en toute occasion sans le moindre scrupule, ni méuagement. Aussi pas plus tard que 3 G ans seulement après la fondation de Constantinople, Julien l'Apostat, ne*eu de Constantin ter, persécuta le Christianisme et tâcha par tous les moyens possibles de le détruire et de rétablir l'idolâtrie comme religion de l'Etat. Après Julien un grand nombre d'hérésies absurdes inondèrent également le pays. Plusieurs Empereurs embrassèrent et défendirent avec acharnement ces hérésies, versèrent le sang de leurs propres sujets, envoyèrent en exil les gens les plus vertueux, excitèrent des animosités fratricides parmi le peuple, et pnnoquerent des calamités affreuses! L'histoire nous a conservé le plus affligeant tableau de l'état social de cet inqualifiable gouvernement pendant presque toute sa durée. Les vengeances les plus barbares, les cruautés les plus inhumaines , la démoralisation la plus impudente et les crimes les plus inouïs furent comme son inaltérable caractère, La collection même et la rédaction des lois Romaines, ou Basiliques , la seule trace honorable que l'empire Byzantin laissa de son existence, se ressent, surtout dans sa partie pénale, de la barbarie atroce de cet Etat. Les efforts de deux ou trois de ses Souverains, à qui on pourrait accorder quelque mérite personnel, ceux de quelques saints Ecclésiastiques , de quelques gens de lettres et de quelques braves généraux ou bous patriotes, qui de temps a autre apparaissaient comme des météores au milieu de ce pays
complètement corrompu, n'ont pu nullement modifier les vices enracinés qui s'étaient emparés de tous les esprits, avaient envenimé tous les cœurs et étouffé tout sentiment humain. Au contraire, toutes ces personnes de mérite ou de talent furent cruellement persécutées, ou lâchement assassinées. On doit reculer au seul souvenir de ce malheureux empire , qui fut la honte de l'humanité, et dans les faits, lu négation complète de tous les principes de l'Evangile I Le témoignage unanime, de iQGfl les historiens anciens et modernes atteste cette déplorable, mais incontestable vérité.
Cet état de dégradation sociale de l'empire Byzantin , devait naturellement arriver a son comble à la veille de sa dissolution inévitable: époque à laquelle l'Empereur Jean Paléologue et le Clergé de Constantiuople retournèrent du Concile de Florence
Cependant la force invincible des vérités divines fit que l'acte de ce mémorable Concile fut proclamé et exécuté par Jvletrophane, Patriarche de Constantiuople, qui succéda immédiatement à Joseph, après le retour du Clergé Oriental en eette ville. La réunion des Eglises fut dès lors rétablie dans l'Orient, et le peuple de Constantiuople malgré son abattement moral et les justes terreurs qu'il avait pour sa propre existence, l'entendit avec plaisir. C'était pour lui revenir à une de ses anciennes habitudes qu'il respectait le plus; habitude à laquelle il était si fortement attaché dans les anciens temps, et dont, eomrae nous l'avons vu dans l'histoire du schisme, il défendit toujours avec tant de zèle la stricte observation. Aussi le rétablissement de l'union de l'Eglise fut-il pour lui un trait de consolation et d'espoir.
Le Patriarche Métrophane, après avoir proclamé et exécuté a Constant! no nie racle définitif du Concile de Florence, l'envoya a tous les Evèques d'Orient, avec une circulaire Patriarcale, adressée aux ha bilans de chaque Diocèse. Une copie authentique de cette circulaire, celle que le Patriarche Metrophane avait envoyée aux habitants de Mothon, fut conservée jusqu'à nos jours dans la Bibliothèque Marciennc de Venise. Nous donnons ici la traduction littérale de cette circulaire, et nous plaçons dans h note ci-dessous Ja copie de l'Original en langue Grecque.
»î« a Métrophane, par la miséricorde Divine Archevêque de » Constantinople, nouvelle Rome, et Patriarche Oecuménique. »
« À tous ceux qui habitent Mothon , très-honorables Pères » spirituels, prêtres et religieux, aux nobles et à tout le peuple » chrétien du Seigneur, fils chéris en Jésus-Christ de notre Mé- » diocrité, que la grâce et la paix de Dieu soient avec vous » tous (1).
(1) Le manuscrit qui contient ce document appartenait antre fois au célèbre collecteur des documents Vénitiens Marino Sanudo. Il vint par te* •Umeot à Jérôme Contareni et de là passa à la Bibliothèque Marcienne de Venise, où il se trouve parmi les manuscrits Latins Classe XIV, anciennement y. CCLUI, maintenant N. CV1I, 6 dentro. Voici la copie Grecque de cet original.
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» Nous, selon les ineffables jugements de Dieu par vole 11 saint-Synode, avons été élevé de la très-sainte Métropole de Kyzieos au très-haut siège Patriarcal de Constnutinople , et nous avons reçu la surintendance des âmes de vous tous. \uus vous écrivons cet événement afin qu'en ayant connaissance, vous priiez pour nous , et que vous fassiez mention de notre nom dans les dyptiques de la sainte liturgie selon l'usage consacré. Mais puisque nous avons aussi été en Italie pour la sainte union des Eglises du Christ, il faut que je vous informe aussi de cette union brièvement, puisque vous en serez informés plus amplement par l'acte dîfinitif qui fut fait par ce saint Concile.
■ Sachez donc que par la grâce de Dieu l'union des Chrétiens est déjà fuite , et entre nous et tes Latins il n'est plus resté aucun scandale, mais nous sommes maintenant réciproquement amis et frères. Puisque après plusieurs recherches et discussions qui ont eu lieu dans le saint Concile tenu à Florence, au sujet des doutes qui étaient entre nous, il en est ressorti par les écrits de nombreux et grands saints Occidentaux, de ceux que nous mêmes reeonnaisons, révérons et acceptons comme Docteurs de l'Eglise, que cela même que les Latins disent maintenant sur la procession du Saint-Esprit, fut et est la formule et la doctrine de ces bienheureux saints et Docteurs. C'est pour ces motifs que nous nous sommes unis à eu* et déjà nous sommes par Ja grâce de Dieu un seul trou-
„ Taira irjW3irjfi*v aurolç , xai «V^tiv i?Îïj ry £ocçiti rou Osov, TQtfiw» h 9 vif ht sroj^fVi tw Xvrriçt Xg«rr*. ^AvaÇtpùfitx W xai té ovofjL* tqù M*- „ na^tardrou Iïarra Kt/g/aer Evytv/ow h roif ÎiïttJjçoiç xard n»x 'ExiAn- „ uiacrrixii» BMÊfrlUH, *O0** xai ûfAilç oÇtïktrt wâxrtç sr*£*irTi/£a<r$a* nj* „ dyiav tvuviv rai/njy, xai t£ Btà %oî(>iTaç àvctTrifXKtiv itrl ttj rQt X^i- „ crnavwv ftgijVi} rt xai âpono/a, xai pvmjutovitjic» roù Maxa^rwrcirou ïldwa. „ xard ré fàoç, vç x%i tjftilç iroioûfuy, xa! iravra râ h rû oç* iyyin y palpera (rrÉfytit xai dnofa'xtoSat , w£ xaXùç xai dytuç ytyerqpêra rt p xocl EtQgiffpu>ct. Ytvù<rxtw 8» ofaXirt f on s-avra tj/zwv t* 'ExxAvjo-tao-rità ,» JS*ï t h ry rt ry ieçà nXtry roù dyiott owfiaTOf too XçiffroC xai YmTf „ aXXaiç âxoXoi/3/aiç, xai ttjv to£ ugoû Zu/*fîoXou àWyxwa-ix, r^çovpo #< „ wportpov t evBh ro cuvqXùv ivctWoiÇatVTtç. *H 3t roû Sêûtï X*C'* *** ** H àVf rp ov tXto^ t avv ry rj/xiT«ça nJ^ij xai iJXoy/a t7fl ft«Ta raWi»? Vf£*v. ,» Mjï*i 'Iotm'*>, 'IvSixnwyof r£''n|f , Sut lurrjpiu *vpa\
peau sons un seul Pasteur notre Sauveur Jésus-Christ. Nous faisons aussi mention du nom du bienheureux Pape Eugène dans les diptyques selon la coutume Ecclésiastique. Par conséquent vous tous aussi, vous devez embrasser cette sainte union, et rendre grâce à Dieu pour la paix et la concorde des chrétiens et faire commémoration du bienheureux Pape, selon l'usage, comme nous-mêmes la faisons, et accueillir et obéir à toutes les prescriptions de l'acte définitif, comme bien et saintement faites et définies. Vous devez en outre savoir que nous conservons comme ils étaient auparavant, tous nos rites Ecclésiastiques dans la consécration du saint corps du Christ, dans nos autres offices et dans la lecture du sacré symbole, sans y faire absolument aucun changement. La grâce et la miséricorde infinie de Dieu et notre bénédiction soit avec vous tous. •
Dans le mois de Juin. Troisième d'Indiction , Tan du salut 1441.
Cependant ni la ferme volonté du Gouvernement, ni les bonnes dispositions du peuple ne suffisaient point à mettre cette réunion à l'abri de tout danger et à la consolider d'une manière inébranlable. Car le Gouvernement faible et chancelant avait déjà perdu tout son prestige et n'était réellement qu'un vrai fantôme; le Clergé voyant sa faiblesse n'avait plus une grande confiance en lui, et le peuple consterné de l'abyme qu'il voyait s'ouvrir devant lui , et n'ayant pas le courage de prendre un parti décisif, s'était abandonné à la funeste indifférence d'un peuple qui a perdu tout espoir. Dans cet état de choses il n'y avait de succès que pour les intrigants, qui toujours en quête des circonstances, qui pouvaient favoriser leurs machinations, ne durent pas négliger de se saisir d'une. question aussi délicate que celle de la réunion des deux Eglises. En effet ils s'en emparèrent avec empressement et tâchèrent d'en faire un instrument de leurs propres intérêts.